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Andreas Gursky, exposition
Le photographe allemand Andreas Gursky présente une sélection de ses travaux, photographies monumentales, saturées de couleur et de détails. Au Centre Pompidou jusqu'au 29 avril.
L'exposition que le Centre Pompidou consacre à Andreas Gursky rend compte de l'évolution depuis 1984 jusqu'à nos jours des recherches de l'artiste quant aux choix des sujets, des formats et des techniques de traitement de ses images. Chaque mur de la galerie sud (niveau 1) porte une photographie. Dès le début de l'exposition, les spectateurs sont confrontés à la nécessaire mise au point de leur position: ils n'auront de cesse de chercher la meilleure distance à adopter avec ses très grands formats «hyperréalistes». Les tableaux, comme les appelle leur auteur, sont accrochés très bas. Face à ces grandes représentations d'objets ou de moments de vie, le corps du visiteur se trouve comme devant l'embrasure d'une porte. N'y aurait-il que soixante centimètres à enjamber pour mettre un pied dans ces paysages, tendre la main pour attraper une chaussure sur l'étagère, une boîte de conserve dans les rayons d'un supermarché, ou se fondre dans la foule en liesse d'un concert?
Les personnages de Tote Hausen (2000; 204,4 x 508 cm) guident de leurs milliers de bras tendus le regard du spectateur vers la gauche du tableau où est représentée la scène du concert sur laquelle se distordent les corps d'un chanteur et de son bassiste. Le contraste est violent entre ce petit morceau de vide que constitue la scène et cette interminable salle tournée comme un seul corps vers elle. Les fans s'enchevêtrent, se pressent dans la direction des idoles: le mouvement est massif, spectaculaire. Cet effet est accentué par la répétition de certains groupes de spectateurs grâce à l'emploi de la technique du collage numérique. Les corps de ces personnages perdent ainsi toute individualité et ne forment plus qu'une sorte de monstrueuse créature aux milles mains ondulant dans le même sens. S'il l'on regarde de plus près, au risque de perdre la vue d'ensemble, on pourra voir quelques rebelles à contre-courant de la posture générale. Ces quelques éléments presque imperceptibles de ruptures permettent la perception du mouvement principal. Celle-ci est en outre conditionnée par l'angle de la prise de vue qui est zénithale et latérale. Cette coupe pratiquement longitudinale de la scène laisse le regard du spectateur à sa marge, ainsi il la décrypte plus qu'il n'y pénètre. La frontalité, l'indifférente netteté du premier au dernier plan, et son imposante dimension semble paradoxalement rendre cette image «opaque», impénétrable par le regard et le corps du spectateur. La question de la proximité au sol de l'oeuvre reste en suspend. Le dispositif du grand format ne suffirait pas à impliquer pleinement le regardeur, à le faire passer de l'autre côté du miroir. En outre ne faudrait-il pas examiner le choix de l'angle de la prise de vue par le photographe, déterminante dans la perception de l'oeuvre par le public?
Aux thématiques et rendu technique proches, présentées en 1999 à la galerie du Jour-Agnès b. à Paris, il semblerait que les photos de l'artiste italien Massimo Vitali se distinguent de celles de Gursky par la réponse apportée à cette question. En effet la démarche de Vitali se concentre exclusivement sur la représentation de la foule, notamment dans le contexte des discothèques. Les formats de ses photos, également «hyperréalistes», sont sensiblement plus petits que ceux de Gursky et leurs accrochages sont classiques: la ligne d'horizon dans l'image est proche de la hauteur moyenne du regard d'un spectateur. Le point de vue adopté par l'artiste n'est ni frontal, ni latéral mais «central»: il se situe juste au-dessus de la foule et en elle: son flux le contourne, passe à côté, autour de lui. Dans les images de Vitali, le regard du spectateur se glisse d'individu en individu, se fraie un chemin parmi eux et se perd dans le paysage. Il est parvenu à y entrer par une «classique» fenêtre. Chez Gursky, la collection des grands formats présentés à Beaubourg prend une tournure de surenchère. Par ailleurs, les quelques petits formats des premières heures rivalisent facilement de préciosité avec l'exploit technique des «supertirages».
Exposition Andreas Gursky
Héloïse LAURAIRE,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : photographie,
Mot(s) Important(s) : point de vue, tableau,
Artiste(s) : Héloïse LAURAIRE (rédacteur), Andreas GURSKY (photographe), Massimo Vitali (photographe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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