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Vivre. Faire face.

Chapeau : Raimund Hoghe comprime le Sacre du Printemps en duo ; turbulence ordonnée de ruines.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 33-34

Raimund Hoghe chorégraphe-interprète
Gérard MAYEN rédacteur

Texte : Raimund Hoghe se lasse et se méfie qu'on ressasse à son propos toujours à peu près les mêmes choses. Pour avoir sacrifié encore récemment à cet exercice sur ce même site (à propos de Lettere amorose ; hebdo du 26 mai 2004 sur Mouvement.net), on se permettra d'estimer, devant sa création du Sacre du printemps, que son art pourrait inspirer de renoncer au commentaire critique, qui fait toujours du bruit, quand lui ne cesse d'étirer un silence d'évidence effarante.
Ce n'est pas que la musique de Stravinsky soit poussée à très fort volume, rendant oppressantes, obsédantes, les surrections tourmentées qui agitent l'antienne de ses frappes harcelantes, irrémédiablement plaquées dans la mémoire culturelle. Cet orage – si distinct des bandes-son habituelles de l'artiste allemand qui préfère les rengaines et ritournelles du répertoire glamour de la chanson populaire –, cet orage foisonnant n'en rend que plus implacable la nudité dépeuplée d'un immense plateau que ne ponctue, tout au fond de ses perspectives, qu'un minuscule olivier en pot.
Un tout petit tapis rouge (sang ?), et une vasque d'eau (purifiante ?) concluent rapidement la liste des objets ici réunis, quand on s'était habitué à une profusion dans ce registre. Restent deux présences. Un duo. D'emblée, on se souvient de Dialogue with Charlotte, où Raimund Hoghe, homme de très petite taille, processionnait au côté d'une gigantesque belle plante suédoise. Un dispositif tout en verticalité.
Dans le Sacre du printemps, c'est différent. C'est un jeune homme, Lorenzo, qui évolue au côté de Raimund Hoghe. Un jeune homme habillé en survêtement Puma, tee-shirt et baskets, beau comme on l'est à son âge, sans plus, de taille moyenne, banal en fait, au côté du chorégraphe toujours à son uniforme pantalon/chemise noir, comme à un principe de contrainte abstraite. De quoi s'animent ces deux êtres de même sexe, d'âges distincts, d'apparences violemment différentes (un corps de jeune footballeur, un autre d'adulte difforme) et d'univers autres ? De nos fantasmes sûrement. A présent, on ne veut plus savoir, on ne sait pas ce qu'on peut écrire. On s'épuise. On se tait. Tant mieux.
Le printemps gronde là. Et Raimund Hoghe n'a jamais autant dansé. Là est la nouvelle. Il rampe en grimaçant sur sa bosse, quand Lorenzo court en étrange virtuose gymnique à quatre pattes de dos. Raimund Hoghe se précipite à petits pas, empressé, fendant l'espace, pour prendre la position. Chamane, il scande l'air d'une battue de métronome, pendant que son jeune partenaire s'essouffle en cercles immenses autour de la scène et sauts fantastiques de kangourou quand il passe à son niveau. L'envoie en portés en l'air. Des mains se touchent. Toute une symbolique, tamisée par l'eau. La composition se géométrise, en symétries de dédoublements ou d'inversions, d'espacements et d'identiques, trajectoires parallèles, ou méthodiquement croisées, de postures espacées, ou exposées rapprochées. Deux appuis se soutiennent, mais en directions opposées, comme pour deux chutes d'autant mieux contrariées. La pièce commence sur ces deux corps étendus au sol, croisés à la perpendiculaire au niveau des pieds. Elle se termine alors qu'ils se font face au-dessus d'une rouge énigme. Vivre. Faire face.
Profusion d'alphabet simple, embrasement de syntaxe minimaliste. On conclura : etc. Pour mieux laisser entrapercevoir que dans le vide existentiel auquel Raimund Hoghe nous renvoie imperturbablement, on a ressenti cette fois une limite ultime, un pressentiment dernier, une prémonition définitivement tragique. En Afrique, l'actuel bon mot est de s'exclamer : « Eh, on est où, là ? » Puis ici tout se glace.

Sacre –The rite of spring, de Raimund Hoghe, a été présenté le 28 juin au couvent des Ursulines à Montpellier, dans le cadre du festival Montpellierdanse04. www.montpellierdanse.com


Date de publication : 07/07/2004


Inséré le : 06/07/2004 00:00
Thèmes : danse, danse-théâtre,