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Un Cartoun au pays de Shakespeare
Le conte d'hiver
Après avoir malmené, pour leur plus grand bien, Feydeau et Molière, Cartoun Sardines Théâtre, compagnie installée à Marseille, s'attaque sans complexe à Shakespeare.
Cartoun Sardines est une compagnie joueuse à l'insolence réjouissante. Même si parfois elle en fait un peu trop dans la dérision, son théâtre reste radicalement populaire. Le Cartoun Sardines puise aux sources de références partagées par tous pour mieux les mettre en doute. Plus subversive qu'il n'y paraît, cette troupe marseillaise a construit sa réputation en déconstruisant quelques monuments du théâtre classique. Molière et son Malade imaginaire (rebaptisé pour l'occasion Malade imaginée), Feydeau et sa Puce à l'oreille, comptent parmi les plus belles réussites de cette compagnie iconoclaste. On peut même affirmer que Philippe Car, qui signe la plupart des mises en scène du Cartoun, est parfois singulièrement inspiré. Il décape le vernis culturel, bouscule l'oeuvre et d'une certaine manière retourne aux sources de la représentation. Du coup, la poésie et la surprise reviennent là où l'on ne les attendait plus. On assiste, avec une indéniable jubilation, non plus à la représentation de l'oeuvre, mais à l'exécution de la mécanique théâtrale qui est censée conduire à cette fameuse oeuvre. On prend alors d'autres chemins, finalement plus aventureux. Moins culturellement correct. Le jeu se construit sur ce qu'habituellement on cache. Tout ce qui procure de l'illusion, tout ce qui participe à l'artifice, devient un matériau dramaturgique pour éclairer le sens profond du spectacle. Car le Cartoun trahit le pied de la lettre, pour être d'autant plus fidèle à l'esprit de la pièce. Les sentiments controversés et ambigus se traduisent par des éléments scénographiques toujours mouvants, jamais stables. Les personnages changent de caractère comme ils changent de costumes, à vue. Et la frontière entre le spectacle et la vraie vie n'est pas plus épaisse que la ligne qui sépare le plateau des coulisses. Certes, il arrive que les ficelles soient un peu trop grosses, que l'effet l'emporte sur la nécessité de créer du trouble. Mais la surenchère est toujours généreuse, rarement racoleuse.
Pour sa dernière escapade, le Cartoun a convoqué Shakespeare. Le Théâtre de la Criée accueille, du 16 au 21 avril, un Conte d'hiver, moins théâtral que jamais. «Il faut traiter cette pièce comme un conte, avec tous les ingrédiens du conte: le merveilleux, l'extraordinaire et la magie, même dans les moments les plus terribles, justement, dans les moments les plus terribles», affirme Philippe Car. Puis, en mai, la compagnie, démystifiera Roméo et Juliette, dans un autre lieu marseillais (L'usine Corot). Les deux spectacles seront ensuite en Avignon, du 5 au 28 juillet. Le Cartoun investira alors l'île de la Barthelasse. Implantera un chapiteau-théâtre et construira un village tout autour. Et place au jeu.
Le Conte d'hiver d'après William Shakespeare / mise en scène Philippe Car, du 16 au 21 avril au Théâtre de la Criée à Marseille. 04 91 54 70 54
Frédéric KAHN,
Publié le 2002-00-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : subversif, artifice, classique,
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), Cartoun Sardines (compagnie de théâtre), Philippe Car (metteur en scène), William SHAKESPEARE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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