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Flashing Ball


Sarkozy en terre nationaliste



La chronique de notre «agitateur clandestin», Tzotzil Trema, écartelée entre Sarkozy et le festival de Cannes. De toute façon, tout ça, c'est du cinéma.


La première fois que j'ai entendu parler des balles en caoutchouc, c'était en 1973, à Barcelone. La police franquiste en faisait usage pour disperser la manifestation à laquelle je participais. C'est que ça ne rigolait pas, à cette époque. . .
Et bien, voilà qu'elles reviennent, les balles en caoutchouc, «flashing ball» s'il vous plaît, en anglais. Il fallait l'entendre, le Sarkozy, faire la grosse voix pour annoncer que les policiers «de proximité» auraient désormais droit aux «flashing balls» pour mettre en pièce les voyous. C'était pour amuser la galerie, en attendant les «centres éducatifs fermés» que la droite a promis pour bientôt. Sarkozy se voyait premier des ministres, il se retrouve dernier des cons, obligé d'endosser la panoplie du cow-boy de service. Mais voilà, il flotte un peu dans le costume. Alors il se hausse du col. Sarkozy à l'intérieur et à la sécurité, c'est un peu la fable du roquet qui se prend pour un bulldog. . .
Cela ne suffira sans doute pas à enrayer la nouvelle épidémie européenne. Il n'y a pas qu'en France: en Italie, les post-fascistes d'Alliance nationale sont déjà au pouvoir; en Hollande, les épigones de Pim Fortuyn y arrivent. Partout l'extrême-droite gonfle ses muscles; et partout, les réponses sont dérisoires. Lors de l'effondrement du communisme dans certains pays de l'Est, après la chute du Mur de Berlin, l'Europe «libérale» n'a pas su éviter la montée des nationalismes, jouant au contraire parfois avec le feu, dans le cas de l'ex-Yougoslavie notamment. La démocratie n'est pas un modèle à acheter ou à vendre, c'est un chantier qui doit constamment s'inventer. Ce que l'Europe n'a pas su faire au-delà de ses frontières «communautaires», elle n'a pas mieux su le faire à l'intérieur. Et nous n'en sommes qu'au début d'une vaste entreprise de balkanisation libérale. L'extrême-droite, c'est le prix que certaines forces du marché sont prêtes à payer pour continuer à dominer une situation éclatée. Question: combien de temps ça peut «encore» tenir?
Dans ce cadre, le débat sur «l'exception culturelle» n'a pas lieu être. Vu que la culture ne devrait pas être une «exception». Je ne parle pas des productions du marché culturel, mais de la culture comme fondement d'un «être ensemble». Européen, par exemple. Or, une «culture» n'est pas (ou en tout cas pas seulement) une juxtaposition de «diversités». Dans toute culture existent heureusement des «diversités». Jouer cette diversité contre «l'exception» d'être au monde, c'est entrer dans la ronde infernale des quotas et des ghettos. Jeudi dernier, c'est une ministre québecoise, chargée des relations internationales, qui a déclaré que la «notion d'exception culturelle» était «désormais désuète» et qu'il fallait promouvoir «la diversité culturelle». Elle inaugurait un bureau destiné à favoriser «les échanges de tous ordres» entre le Québec et la côte ouest des Etats-Unis. C'est beau, «les échanges de tous ordres». Sauf qu'il n'y a pas besoin de les favoriser, ils existent déjà. La diversité culturelle aussi. Il faut toujours gratter les discours. Tout ça, c'est du cinéma, ce qui, naturellement, m'amène à Cannes.
Je connais au moins deux films qui n'auront pas la Palme d'Or: deux documentaires italiens consacrés aux violences policières lors du sommet du G8 en juillet 2001 à Gênes. «Bella Ciao» de Marco Giusti et Roberto Torelli, réalisé en collaboration avec ATTAC, a été produit par la RAI, mais est interdit de diffusion en Italie. Il n'y a pourtant aucun commentaire désobligeant: le film est une simple «reconstitution visuelle» des émeutes , à partir de centaines d'heures de rushes tournés par différents cameramen. Sur le même thème, «Carlo Giuliani, ragazzo», de Francesca Comencini, reconstitue la dernière journée du jeune manifestant tué par balle. Ces deux films ont été présentés lors de séances spéciales lors de la Semaine de la Critique et de la sélection officielle. Bien moins médiatique que l'arrivée de Leonardo Di Caprio.
Cependant, un Américain sympathique a eu droit, Cannes, à une «standing ovation». Michael Moore, que la Maison Blanche


Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : politique culturelle, politique,
Mot(s) Important(s) : fascisme, europe, cinéma, Etats-Unis,
Artiste(s) : Tzotzil TREMA (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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