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Marco Berrettini, Nietzsche on the beach
«Une histoire sauvage de la danse»
Voir un spectacle de Marco Berrettini, c'est un peu comme se retrouver sur une plage naturiste en maillot de bain. . .
Voir un spectacle de Marco Berrettini, c'est un peu comme se retrouver sur une plage naturiste en maillot de bain. Non pas que tous les danseurs y présentent systématiquement leurs meilleurs atours. Mais parce que l'on s'y sent dépourvu d'appareil critique tant les catégories esthétiques et théoriques de la danse contemporaines y sont revisitées. Nul besoin d'être initié cependant pour être rapidement habité par les moeurs étranges et burlesques du chorégraphe cosmopolite.
Ce transfuge transalpin des dance floors berlinois avant la chute du disco (il fut champion d'Allemagne de danse disco à quinze ans), cet ancien disciple de Pina Bausch et collaborateur de Georges Appaix ou de François Verret, n'affiche en effet aucun dogmatisme particulier. Les fondateurs de la compagnie Tanzplantation (1986), aujourd'hui déshabillée en Sion ne cherche pas simplement à expérimenter des formes chorégraphiques nouvelles dans un Parnasse isolé. Il s'efforce plutôt d'étendre constamment son territoire de jeu vers des zones d'échange et de tension, vers ces espaces interstitiels où l'interdisciplinarité offre les plus grandes potentialités de création artistique et d'expression scénique.
Les multiples points de contact entre la danse sous toutes ses formes, le théâtre, la performance, la vidéo, la philosophie, le réel et son double, fournissent à Marco Berrettini autant de points d'appui pour décaler ses créations au-delà des horizons d'attente sans toutefois perdre de vue son public. Sa profession de foi «une danse pour tous» mettait déjà en exergue il y a trois ans une ambition d'élargissement du champ chorégraphique aux divers domaines de l'activité humaine en plaçant le Sujet au coeur de sa réflexion. En termes scénographiques, il réintroduisait la notion de Personnage dans la danse contemporaine. Les fans du pathétique Emil Sturmwetter et de la délicieuse Maryvonne von Srudelberg ne s'en plaindront pas et pourront s'en féliciter de nouveau à Ajaccio puisque ces personnages seront téléportés dans différentes enveloppes charnelles au cours de solos téléguidés dans la ville par leur créateur avant d'être réincorporés sur scène lors d'une représentation et sans trucage (Emil et Maryvonne dans la ville). Avec Multi(s)mes, farce satirique sur les relations complexes et parfois perverses d'un metteur en scène avec ses interprètes (dont la chorégraphe Ami Garmon), il prolonge son travail amorcé avec Petits Robert(s) où la représentation des petites mécaniques humaines et professionnelles à l'oeuvre dans les cercles de la danse ne propose pas seulement une vision tragi-comique du statut du danseur mais aussi peut-être une certaine idée de la condition de l'homme post-moderne. Lecteur précoce du nietzschéen Peter Sloterdijk, Marco Berrettini, en mettant en scène les illusions perdues d'une équipée chorégraphique, diagnostique avec une grâce nonchalante et une ironie tranquille les symptômes d'une époque en proie au kitsch de ses mythologies (amour, gloire et prospérité) et confrontée à ses réalités (confort matériel, solitude et éternel retour).
C'est ce que suggère encore sa vidéo, Une histoire sauvage de la danse qui, à la manière d'un détournement néo-situ met à nu les mouvements de la pensée par les représentations stéréotypées du corps.
Hugues Ghenassia,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : interdisciplinarité, personnage, rire,
Artiste(s) : Hugues Ghenassia (rédacteur), Marco BERRETTINI (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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