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«Triptyk»
«Le sacre du printemps»
Profondément ancrés dans les rites de passage, de régénérescence, les spectacles de Bartabas nous ont habitués à leurs cycles de métamorphoses. Entretien avec Bartabas sur Tryptik, sa dernière création.
Mouvement : Pouvez-vous nous rappeler la genèse de Triptyk, un spectacle qui est finalement bien plus qu'une adaptation équestre du «Sacre du printemps»?
Bartabas: La musique du Sacre du printemps m'obsède depuis sept ou huit ans, je n'arrêtais pas d'y penser en me disant qu'il faudrait pouvoir la jouer avec des chevaux. Le Sacre aurait fait une heure trente, je n'aurais monté que le Sacre. Mais la pièce de Stravinski ne dure que trente minutes. . . Ma grande question a donc été: qu'est-ce que je peux construire autour? Il m'est vite apparu qu'il fallait chercher l'autre face de cette fête païenne, trouver sa version sacrée. Je suis alors tombé sur la Symphonie des psaumes que je trouve particulièrement sublime dans l'oeuvre de Stravinski.
Mouvement : Pourquoi avez-vous choisi la version du Sacre par Pierre Boulez ?
Bartabas Parce qu'il est incontestable qu'elle est la plus limpide, la plus lumineuse. Après avoir fait le choix des deux oeuvres de Stravinski, je suis allé voir Pierre Boulez, qui venait d'enregistrer la Symphonie des psaumes (on va d'ailleurs entendre pour la première fois cette interprétation). Je lui ai ensuite parlé de la notion de cercle: «Qu'est-ce que ça signifie d'écouter de la musique dans un espace circu-laire?». Je lui ai expliqué le sens que cela avait pour moi au niveau de la mise en scène: l'importance égale du dos, de la face, de chaque partie du corps. À chaque seconde, chacun assiste au même spectacle, mais personne n'en a la même perception. Je lui ai dit, de manière un peu théorique, qu'il serait intéressant de retrouver ces variations d'angles dans la musique. Il m'a signalé qu'il avait lui-même écrit une oeuvre à diffusion circulaire, Dialogue de l'ombre double, que j'ai choisi d'insérer entre le Sacre et la Symphonie des Psaumes.
Mouvement : Dans l'esthétique de Zingaro, cette utilisation de la musique contemporaine est nouvelle. Comment voyez-vous cet alliage avec le Sacre qui garde quelque chose de très archaïque, d'explicitement violent?
Bartabas Tout d'abord, dans les spectacles précédents de Zingaro, je choisissais un style de musique pour former un puzzle, qui aboutissait à une sorte d'opéra. Avec Triptyk, c'est la première fois qu'il a fallu s'inscrire dans une musique préécrite. J'ai toujours travaillé avec des musiques très anciennes, des musiques de voyageurs, en pensant que le cheval renvoie aux origines. L'inspiration du Sacre du printemps est dans cette lignée, par ses influences chamaniques -thème récurrent chez Zingaro-, par sa violence barbare, très sophistiquée. On y trouve aussi des traces de musiques populaires russes. . . C'est une oeuvre extrêmement moderne dans sa conception, mais attachée aux origines. J'ai fait une longue recherche sur Stravinski, sur sa musique, et beaucoup, aussi, sur Nijinsky et toutes les chorégraphies du Sacre ayant existé. La première fois que Nijinsky a entendu le Sacre du printemps, joué au piano par Stravinsky, il était furieux. Il est parti en disant: «Jamais aucun danseur humain ne pourra soutenir ce rythme-là». Je me suis dit que si aucun homme ne pouvait le faire, alors un animal le pourrait. Il y a dans cette musique une énergie animale, quelque chose de surhumain.
Yan Ciret, Olivier Kaepplin,
Publié le 2000-07-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : musique, théâtre,
Mot(s) Important(s) : origine, rituel, territoire, Kalaripayatt, arts martiaux, chorégraphie,
Artiste(s) : BARTABAS (cirque), Yan Ciret (rédacteur), Olivier Kaepplin (rédacteur), Françoise Gründ (auteur), Pierre BOULEZ (compositeur), Igor Stravinski (musicien), Zingaro (cirque),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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