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Jeu de regards


Olafur Eliasson, exposition



Le Musée d'art moderne de la ville de Paris propose jusqu'au 12 mai à ses visiteurs de faire l'expérience d'un voyage initiatique dans l'univers de l'Islandais Olafur Eliasson.


Le parcours proposé par le Musée d'art moderne de la ville de Paris à travers l'oeuvre d'Olafur Eliason est composé de douze des plus récentes installations de l'artiste (dont certaines sont le fruit de collaborations avec un philosophe, une architecte urbaniste ou encore un ingénieur). La mise en scène de ces espaces est une oeuvre à part entière: bien que les expériences se suivent et ne se ressemblent pas, il se dégage de l'ensemble une forte impression de cohérence. Chaque moment passé dans une partie de ce système composé est bénéfique, si ce n'est nécessaire, aux visiteurs dans l'appréhension de ses mises en situation suivantes. Les oeuvres éveillent, tour à tour, notre aptitude à «percevoir» véritablement une terre, un ciel, des murs (au sens propre comme au sens figuré). Cette gymnastique de l'esprit et du corps ouvre doucement notre capacité à «re-sentir».
Tout commence avec Lavafloor (2002), étendue de roches de lave importée d'Islande. Les visiteurs arpentent bruyamment le sol destabilisé et destabilisant du musée. La traversée du hall les conduit vers l'acide et violent bain de lumière du Yellow Corridor (1997). Les rayons des lampes de sodium de ce premier sas préparent les rétines à leurs prochaines mises à l'épreuve. Après Remagine (2002), espace consacré à l'illusion optique et à l'anamorphose, elles seront confrontées à leurs propres visions. En effet Regardez dans la boîte! (2002) projette à l'échelle d'un mur l'image des pupilles qui se seront laissées prendre au piège par l'appareil photo du dispositif. Dans l'image qui nous regarde s'ouvre la porte de la Camera Obscura (2000). Nous pénétrons une petite chambre occupée en son centre par une grande table ronde. Une lumière zénithale, faible et bleutée, vient déposer à sa surface l'image des deux derniers étages de la tour Eiffel. Après quelques instants, lorsqu'il s'est habitué à l'environnement, l'oeil perçoit le mouvement des nuages, les flashs des touristes, le déplacement de l'ascenseur. Au bout de Fivehold tunnel (2000), vestibule métallique ajouré, le sens de l'équilibre du visiteur est de nouveau mis à l'épreuve avec l'apparition de deux horizons mobiles (Horizon instabile (2002)). En empruntant un second tunnel (Die dinge die du nicht siehst, die du nicht siesht, (Tunnel) (2001)), gigantesque pliage, nous arrivons sous une voûte de nuages de cartons et non loin d'une étrange machine à fabriquer de véritables petits cyclones (Die Dinge die du nicht siesht, die du nicht siesht (Windhose), (2001)). Nous pénétrons enfin 360° room for all colours (2002), corridor circulaire où des néons multicolores transforment l'apparence des corps et les inscrivent en les contaminant de leurs lumières dans un espace indéfini, improbable. Les ultimes pièces de la série: The structural evolution project (2001) et Models mettent en scène un espace de création pour les visiteurs, qui après avoir subi les expériences précédentes, sont invités à développer à partir de jeux de constructions de petites architectures miniatures. Il s'opère alors dans le processus de la visite une sorte de retournement de situation: ce n'est plus l'oeuvre qui «impressionne» le corps du spectateur mais l'inverse. La forme qu'il aura développée sera ensuite exposée, entrant à son tour dans le cercle des oeuvres «opérantes» sur les participants à venir.
Didactique et pédagogique, le parcours élaboré par Olafur Eliasson, Hans Ulrich Olbrist et Angeline Scherf, commissaire de l'exposition, nous incite à considérer avec attention notre regard, la façon dont ce dernier se construit et construit le monde, y compris les oeuvres d'art, qui l'entoure.

Héloïse LAURAIRE,
Publié le 2002-05-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : notice d'oeuvre
Thème(s) : art visuel,
Mot(s) Important(s) : perception, point de vue, interaction, lumière,
Artiste(s) : Héloïse LAURAIRE (rédacteur), Olafur ELIASSON (sculpteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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