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L'art et la culture contre Le Pen


Bilan du rassemblement au Zénith



A Paris, le 28 avril dernier, un rassemblement large et ouvert avait lieu au Zénith pour exprimer le rejet de l'extrême-droite. Un chantier à poursuivre, dès le 6 mai, pour repenser la place de la culture dans la société.


Dimanche soir, 28 avril 2002, les artisans de l'art et de la culture se retrouvaient dans la salle du Zénith, à Paris, pour faire front contre le front national. Un regroupement presque naturel, organisé en un temps record, et appelé par plus d'une centaine d'organisations culturelles, tous arts confondus: arts plastiques, musique, chanson, cinéma, danse, théâtre, cirque, édition, radio. Difficile d'imaginer un rassemblement plus large et plus ouvert.
Toutes les sensibilités et toutes les esthétiques se sont retrouvées sur la même scène, unies par la seule volonté de dire non au Front National. Personnalités et artistes se sont relayés, quatre heures durant, devant 8000 personnes, pour exprimer leur rejet de toute politique extrémiste désavouant les principes de la démocratie.
Maintenant que ces mêmes principes ont permis au leader de l'extrême droite de défendre, au second tour des élections présidentielles françaises, un programme fondé sur la haine et l'exclusion de l'autre, tous les autres, des dizaines d'artistes se sont succédés pour affirmer, comme une sorte de leitmotiv, leur décision de voter pour Jacques Chirac, comme un acte politique délibéré contre le Front National. Très conscients que le travail de l'art apparaît nécessairement comme un corps étranger, et salutaire, une altérité qui échappe à tout ordre disciplinaire, ils ont décliné les arguments qui poussent à voter pour le candidat «démocrate» -même s'il ne correspond en rien à leurs aspirations et à leurs rêves. S'est d'ailleurs posée une question épineuse, peu évoquée dans les débats publics de ces derniers jours: comment Jacques Chirac, une fois élu, tiendra-t-il compte des voix de gauche qui l'auront élu?
Pour rythmer ces prises de paroles, des musiciens et des chanteurs ont mis en mots et en musique les questions que pose la crise politique actuelle. Peut-être justement pris par la force d'une manifestation largement improvisée, les gens de l'art ont su trouver les mots justes, en dehors des chapelles et des territoires. Les gens d'appareils, producteurs et médiateurs, ont eu l'élégance de laisser la pleine place à ceux qui les font vivre, les artistes, ceux qui s'exposent en pleine lumière -mais qu'on a trop souvent vu secondarisés, voire instrumentalisés ces dernières années.
La salle du Zénith a fait passer un beau courant d'espoir, dans des milieux largement désorientés (et cela bien avant le 21 avril 2002). Des forces esseulées reprenaient forme, une forme collective, prête à affronter des questions difficiles et pas toujours confortables. Dans le mouvement de cette manifestation chaleureuse et de belle tenue, de larges chantiers doivent être ouverts, pour repenser la place (les places) de la culture dans la société. Dès le 6 mai.

Bruno TACKELS,
Publié le 2002-04-30

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : extrême-droite, culture, fascisme, démocratie,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), Bruno MEGRET (personnage politique), Jean-Marie LE PEN (personnage politique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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