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Rosas
20 ans de création chorégraphique
Vingt ans après le solo fondateur Violin Fase, Anne Teresa de Keersmaeker crée Once et puise dans la voix et les chansons de Joan Baez la valeur d'un engagement profondément humaniste.
En vingt années de créations, chacun de ses spectacles a été une fête d'intelligence et de vivacité, le ruissellement électrique d'une danse vigoureusement lucide et généreuse qui aura gonflé son cours des affluents de la musique et du théâtre. Anne Teresa de Keersmaeker célèbre cette année le 20e anniversaire de sa compagnie, Rosas, avec la satisfaction de n'avoir jamais cédé à la facilité pour construire le succès et la notoriété qui sont les siens aujourd'hui. On croit avoir tout dit de la chorégraphe flamande, des «corps conducteurs» qu'elle cultive en les irriguant de rythmes, d'intensités et de nuances, de sa capacité à transposer la matière musicale dans la dynamique du mouvement, de son sens dramaturgique aigu, et surtout, de cette éloquence farouche qui confère à la danse qu'elle compose une sorte de nécessité absolue, sans mièvrerie ni complaisance. Le sillon que creuse Anne Teresa de Keersmaeker depuis Fase (1982) et Rosas danst Rosas (1983) n'est pourtant pas un trait continu; de constantes digressions ont permis à la chorégraphe de revenir chaque fois plus affûtée à l'énergie des corps, allant du plus complexe et du plus hybride au plus épuré.
Alors qu'après Cunningham, le divorce semblait définitivement consommé entre danse et musique, Anne Teresa de Keersmaeker s'est employée à retrouver le chemin d'un dialogue fructueux, mettant la composition chorégraphique au défi de structures rythmiques et musicales. Des pièces répétitives de Steve Reich aux «Suites» de Bach, en passant par les quatuors à cordes de Bela Bartok, la chorégraphe de Rosas a joyeusement suivi une ligne de cœur musicale qui ne s'est jamais épuisée en vaines redondances. Vingt ans après le solo fondateur Violin Fase, sur une musique de Steve Reich, à la dynamique impétueuse de la Grande Fugue de Beethoven dans Erts, en 1992, Anne Teresa de Keersmaeker revient au solo avec la création de Once. Elle, et elle seule, sera maître d'ouvrage et interprète de ce solo. Pour ce nouveau défi qu'elle s'impose, la chorégraphe sait seulement qu'elle cherchera dans la voix et les chansons de Joan Baez les ressources d'une affinité que l'on pourrait qualifier d'inédite, mais certainement pas de factice. Il traduit de la part d'Anne Teresa de Keersmaeker la valeur d'un engagement qui, s'il n'est pas de bruit et de fureur, n'en est pas moins profondément humaniste et réactif aux injustices et violences qui attisent les haines. Danse d'une douce révolte chevillée au corps, à la fois humble et exigeante, habitée par une obstination qui écarte toute forme de résignation.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2002-12-04
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : musicalité, rythme, mouvement,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Anne Teresa de KEERSMAEKER (chorégraphe), Thierry de MEY (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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