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Art / politique?
Rencontres européennes pour l'action culturelle et politique
Chapeau : A l'initiative du groupe Reflex(e), trois journées de débats ont eu lieu à Montreuil du 24 au 26 mai. Comment réinventer les rapports de l'art avec le politique? La question est restée en suspens.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Perrine MAURIN rédacteur
Texte : Les trois jours des Rencontres européennes pour l'action culturelle et politique organisées du 24 au 26 mai par le groupe Reflex(e) (1) à la Maison de l'Arbre de Montreuil s'étaient donné comme objectif de réactiver le débat politique sur l'art, débat qui brille par son absence chez les hommes politiques et qui se pose de façon aiguë depuis que le désespoir et la désorientation des citoyens se sont exprimés de façon manifeste au cours des élections présidentielles.
Pourtant structurées autour de thématiques définies (les enjeux culturels dans le débat politique, l'art dans les marges et les lieux de la difficulté, culture de l'audimat ou relations d'échange? etc.), ces journées ont surtout été l'occasion de prises de paroles multiples et contradictoires, chacun suivant son fil d'Ariane sans toujours chercher à comprendre ensemble le labyrinthe. Tribune politique juxtaposant expériences et positions plus que lieu de progression en commun de la réflexion, ces journées de la parole débordante ont fait jaillir tant des explications philosophiques élaborées que des invectives et apostrophes en tout genre, parfois violentes, en passant par l'inévitable polémique sur les futures législatives, relayées par le passage éclair du maire de Montreuil. En donnant la priorité à l'expression en toute liberté de chacun, les organisateurs ont favorisé l'individualisme de la parole tout en créant un débat dont la multiplicité et la vitalité furent surprenantes.
Cette foire à la parole s'explique également, pour le sociologue Patrick Champagne, par l'intitulé volontairement polémique de ces journées: «L'Art est politique». Art, politique, des mots génériques qui recouvrent selon les individus et leur champ d'expérimentation des réalités différentes et qui auraient nécessité des définitions communes sur lesquelles s'accorder pour faire progresser la pensée des relations art/politique. Pourtant, certains participants ont exprimé leur attachement au langage et mis l'accent sur les fréquentes dérives sémantiques qui étouffent le sens et les valeurs communes. La question centrale du rapport art/politique est aussi, surtout, celle du langage. Comment parler ensemble, faire progresser la pensée ensemble? telles furent les interrogations transversales à toutes les discussions qui n'ont pas toujours trouvé de réponse concrète.
Quant à comment agir (ensemble ou non), les réponses furent là aussi tout aussi partielles. Si les constats et débats furent nombreux, on aurait souhaité que, malgré les dérives et difficultés du dialogue, des postures éclairées, en prises avec de nouvelles émergences politiques et artistiques, surgissent. C'était pourtant des thématiques qui étaient au c?ur de certains débats («Quelle refondation des politiques culturelles? Face à l'instrumentalisation de l'art par le politique, réinventer la démocratie culturelle» etc.). Parmi les nombreux artistes, critiques, auteurs, sociologues présents, rares ont été ceux qui ont mis l'accent sur les nouvelles formes d'engagement contre la mondialisation libérale. Ce relatif oubli de mouvements capables de fédérer comme à Porto Alegre des associations luttant dans tous les pays du monde reste le signe le plus absolu d'un manque de perspective contemporaine. Les notions de transversalité, de pluridisciplinarité ont également rarement été abordées, les artistes présents (majoritairement issus du théâtre ou des arts plastiques, ce qui pose également question) parlant essentiellement depuis leur propre champ. S'il apparaît, aujourd'hui, plus que nécessaire de réinterroger, réinventer les rapports de l'art avec la politique, cette ré-invention ne peut se faire dans un relatif oubli des formes actuelles d'engagement qu'elles soient politiques ou artistiques. Cette démarche ne peut pas non plus faire l'économie d'un langage commun.
(1)Refle(x)Le groupe Refle(x) se définit comme une force d'analyse et de réflexion sur la place de l'art dans la société contemporaine. Il réunit des personnalités diverses (artistes, journalistes, sociologues, architectes, agitateurs culturels et sociaux) et
Date de publication : 27/05/2002
Mots-clés : culture, polémique
Inséré le : 28/05/2002 00:00
Thèmes : politique, politique générale,