Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Chercher l'antivirus au populisme de la pensée




Depuis le Monument contre le fascisme (Hambourg, 1986), Jochen Gerz se consacre essentiellement à des projets d'art public. Il avance ici quelques «critiques» pour ne pas laisser le terrain du sens (et notamment le «besoin de compréhension» de l'art) aux seuls populistes de la pensée.


Face à l'éternel retour possible du fascisme, face à la banalisation accélérée du racisme et de la xénophobie, de l'intégrisme et de l'ethnocentrisme, Jochen Gerz «cherche l'antivirus»: Monument contre le fascisme à Hambourg (1986), Monument contre le racisme à Sarrebruck (1993), etc.
Car tout peut arriver à tout instant. En Italie comme en Autriche. En Carinthie comme en Languedoc-Roussillon. À Vitrolles comme à Anvers. D'où viennent les votes qui poussent au pouvoir, un peu partout en Europe, les couples Haider-Schüssel, Blocher-Ogi, Berlusconi-Bossi, Blanc-Martinez?. . . Comment expliquer qu'en règle générale, qu'ils soient d'extrême droite ou bien de droite extrême, les populistes tribuns de la pensée fermée pratiquent avec les mêmes mots la chasse à l'étranger et à l'artiste contemporain? Pour explorer ce jeu de questions, le forum itinérant (1) a souhaité engager la conversation avec différents artistes contemporains, vivant et travaillant ici-là-bas. Aujourd'hui, Jochen Gerz. Demain Dominique Gonzalez-Foerster, Rainer Ganahl, Tania Mouraud (2). . .


(1). Collectif d'artistes tél. 03 88 40 29 91
le-forum@le-maillon.com
(2). Entretiens également disponibles en version vidéo.


Mouvement : Lors d'un colloque en Allemagne, en 1989, vous définissiez la barbarie nationale-socialiste comme un fait de culture. Peut-on aujourd'hui encore analyser la montée en puissance de l'extrême-droite comme un fait de culture?
Jochen Gerz : L'extrême-droite devient dangereuse lorsqu'elle s'identifie à la tradition culturelle occidentale, lorsqu'elle puise dans cette tradition ses arguments, pour critiquer le présent, le contemporain, au nom de la culture. C'est ce qui s'est passé en Allemagne. Lorsqu'on utilise le terme barbarie, c'est pour dire que des gens de la culture deviennent des barbares. Les barbares en soi n'existent pas. Ce qu'on appelle barbarie, c'est la brisure -via des actes qu'on qualifie de barbares- de l'image que nous avons de la culture. Depuis la fin de la guerre en Europe, il y a eu pas mal de tendances et tentations en France pour reprendre le fil perdu de la tradition de droite, mais le geste consistant à se réclamer de la culture, à s'identifier à la culture n'a jamais été aussi loin. Ce qui est récent, c'est la profondeur, l'intellectualisme aussi avec lesquels la droite se rappelle et fait appel à la culture comme un passé et une référence de droite. Pendant des années les gens ont pensé que parler de culture signifiait être de gauche. Les conservateurs ont d'ailleurs toujours été minés par le fait qu'ils ne pouvaient pas spontanément, et de façon créative, réclamer la culture, ni critiquer l'état de la culture contemporaine, sans être immédiatement taxés de fachos. La culture exerce maintenant sur les gens de droite une sorte d'attrait, mais pas uniquement en France: partout où des gouvernements ont subi le tabou et le traumatisme de la guerre. En même temps, on constate un certain essoufflement de l'élan moderniste de la culture contemporaine qui, et cela s'est toujours passé ainsi, devient la cible de la critique de droite. Tout présent, toute contemporanéité est toujours par définition la cible de cette marginalité qu'est l'extrême-droite qui, comme toute marginalité, rêve évidemment d'occuper le centre.


Mouvement : Lorsque vous définissez la barbarie nationale-socialiste, vous dites qu'elle était animée d'un double mouvement, à la fois expression culturelle et critique culturelle. Pensez-vous que l'on retrouve ce double mouvement aujourd'hui?
Jochen Gerz : Absolument pas. C'est bien de le mentionner parce que ça nous aide à comprendre les échelons que gravit l'extrême-droite dans son installation, mais je ne crois pas qu'on soit dans ce cas de figure pour le moment. J'ai entendu, à Tours, lors des journées de la culture, des gens qui se réclamaient d'une pratique culturelle qui se voulait de droite -«une esthétique comme une autre», comme ils disaient. . .-et qui réclamaient au nom d'un pluralisme- au début les marges réclament toujours le pluralisme. . .- le droit d'avoir voix au cha

Karine VONNA,
Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : installation,
Mot(s) Important(s) : installation, politique, social, europe, extrême-droite, culture, esthétique,
Artiste(s) : Jochen GERZ (plasticien), Karine VONNA (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :