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Exploratrice de danse




Invitée à 84 ans pour la première fois en France par le festival d'Automne à Paris, Anna Halprin a posé les premiers jalons de la post-modern dance. Et depuis les années 70, elle se consacre en grande partie à la maladie dont témoigne Intensive care, chorégraphie surprenante et dérangeante.


Agée de 84 ans, Anna Halprin ne s'est jamais produite en France. Elle sera sur scène en septembre au Centre Pompidou – dans le cadre du festival d'Automne – dans l'une de ses récentes créations, Intensive care, reflections on Death and Dying. Cette pièce, qu'elle a créée en l'an 2000, est le résultat du long travail avec des personnes atteintes du cancer ou du sida et de l'observation attentive de leur gestuelle qu'elle a menés dans les services de soins intensifs. En outre, Anna Halprin reprend une pièce historique, Parades and Changes. Fruit d'un travail commencé sur son plateau de danse en plein air à partir de 1957, cette pièce – qui met en scène la nudité – fut montée à New York en 1966. Elle fit scandale et fut interdite aux Etats-Unis pendant plus de vingt ans.
Née le 13 juillet 1920 à Winnetka, dans l'Illinois, Anna Halprin a grandi dans la banlieue de Chicago et vit depuis 1945 à Kentfield, en Californie. Ses premiers souvenirs ayant trait à la danse sont associés à son grand-père qui, à la synagogue lors des offices, levait les bras, agitait la tête, tapait dans ses mains et gesticulait joyeusement... Sa mère l'inscrit très tôt dans des classes de danse. Enfant, elle travaille la barre fixe dans le style d'Isadora Duncan, puis prend des cours avec des professeurs de la très innovante Denishawn School créée en 1915 par Ruth Saint Denis et Ted Shawn.
De 1938 à 1941, alors que la modern dance est en pleine effervescence, Anna étudie la kinésiologie et l'anatomie sous la direction d'une étonnante spécialiste de la danse également biologiste, Margaret H'Doubler(1). Sous son impulsion, elle se défie du « beau mouvement » et s'intéresse essentiellement au mouvement généré par la sensation interne du danseur, quelle qu'elle soit, et commence très vite à mener des recherches en ce sens à partir d'incessantes improvisations.
En 1949, refusant l'idée de diriger une compagnie dont elle serait la chorégraphe attitrée, Anna Halprin fonde la Dance Cooperative qui, en 1955, prendra le nom de San Francisco Dancer's Workshop. Dès 1956, Anna est rejointe par John Graham, AA Leath, Simone Forti et le mari de celle-ci, le performer et sculpteur Robert Morris.
En 1957, elle opère une rupture capitale en introduisant la très importante notion de « tâche »(2). Avec ce concept, elle définit un des axes majeurs de ce que sera la post-modern dance : l'entrée des gestes du quotidien dans le champ de la danse. Grâce à cette nouvelle approche, elle s'arroge le droit de s'intéresser à des activités ordinaires telles que se laver, s'alimenter, se vêtir, se dévêtir... Le concept de « tâche » lui permet de désubjectiviser le mouvement, de le débarrasser des trop pesantes préoccupations stylistiques et aussi – ce qui lui sera vivement reproché – de désacraliser la danse et de remettre en cause la notion de virtuosité qui lui était jusque-là attachée.
En 1959, Simone Forti propose à Yvonne Rainer de rallier, en Californie, le studio d'Anna Halprin. Trisha Brown est déjà présente. Elles seront bientôt rejointes par Meredith Monk, Josephine Landor, Soto Hoffman... Les recherches menées avec Anna Halprin seront déterminantes pour le choix de certaines orientations stylistiques de celles et de ceux qui deviendront à New York les acteurs de la post-modern dance.
Yvonne Rainer a considéré comme cruciales et extrêmement formatrices ces expérimentations menées avec Anna Halprin. Elle a tenu à lui rendre hommage par une longue interview sur ses conceptions chorégraphiques révolutionnaires, parue dans le numéro spécial, consacré aux nouvelles scènes américaines, du magazine Tulane Drama Review de 1965(3). Elle lui demande entre autres : « Quelle était pour vous la signification de cette notion de “tâche” ? – Dans les tâches, répond Anna, la contrainte d'une consigne interdit toute initiative subjective directe et fait de l'organisation chorégraphique un parcours non prémédité, dont les structures dépendent entièrement de l'accomplissement de la tâche. La mise en application des tâches barre la route au retour du connu et à la mise en application des acquis. »



Jacqueline CAUX,
Publié le 2004-09-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : biographie
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : post-modern-dance,
Artiste(s) : Ann HALPRIN (chorégraphe), Jacqueline CAUX (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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