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L'envers du rock
Portrait de Bark Psychosis.
Groupe doué et mésestimé de la scène rock britannique des années 90, Bark Psychosis revient avec un nouvel album. Codename: Dustsucker, réalisé sur cinq ans par Graham Sutton , témoigne d’une inspiration dont la fluidité résulte d’un véritable travail d’orfèvre sonore.
A l’orée des années 90, un journaliste anglais en mal de mots pour caractériser un groupe dont la musique mélangeait les guitares éthérées des Cocteau Twins avec celles, acérées, des Swans, une mélancolie très new wave avec des éléments empruntés au jazz et à la musique répétitive américaine, employa pour la première fois – au moins depuis les années 60 – le terme de « post-rock ». Si l’expression a depuis fait florès, ce n’est pas le cas du groupe en question, Bark Psychosis. Au milieu des années 1990, peu après l’enregistrement de Hex, unique et magnifique album couronnant une série de maxis, Graham Sutton mettait en stand by le groupe qu’il avait formé à l’âge de quinze ans, en 1986. S’il fait aujourd’hui l’objet d’un culte tenace, entretenu par la parution de deux compilations, Bark Psychosis, à l’époque, se rattachait à toute cette lignée de glorieux dissidents – dilettantes géniaux et vaguement psychédéliques – de la pop anglaise qui va de A.R. Kane (des amis de Sutton) à Disco Inferno (dont un membre, Daniel Gish, fit partie de Bark Psychosis), de Spiritualized (avec lequel le groupe a partagé l’affiche) à Slowdive. Aujourd’hui, le projet de Graham Sutton apparaît comme le chaînon manquant entre Talk Talk et Godspeed You ! Black Emperor. Avec ces deux groupes, il partage l’amour des formes longues, le sens de l’espace (« L’espace et le silence sont les outils les plus importants que l’on peut utiliser en musique », a un jour déclaré Sutton), l’art de mélanger les textures et surtout les niveaux sonores suivant de longs crescendos, et d’enchâsser à l’infini les motifs rythmiques et thématiques les plus complexes.
L’album Hex s’écoule avec une fluidité qui ne laisse guère deviner le travail d’un véritable maniaque du son : Sutton, en plus d’être chanteur et multi-instrumentiste, est en effet un fanatique de l’ordinateur, du découpage et de l’assemblage de données musicales. Ce n’est pas un hasard – Bark Psychosis empruntait déjà, et aussi, au dub et à la techno – s’il s’orientera ensuite vers la drum’n’bass, royaume des manipulations sonores microscopiques : avec l’album Balance of the Force, sous le nom de Boymerang, il livre au genre, dès 1997, l’un de ses chefs-d’œuvre. Parallèlement, il collabore aussi à O’rang, l’excellent groupe de Lee Harris, batteur de Talk Talk, que l’on retrouve aujourd’hui à ses côtés… En 1999, Sutton entrait en studio. Il aura fallu attendre cinq ans avant de découvrir le fruit de son labeur, et de son inspiration intacte, de nouveau sous le nom Bark Psychosis : Codename: Dustsucker.
Un disque intemporel, unique tant dans sa conception que son exécution, dont chacun des morceaux annihile les efforts des meilleures formations actuelles, de Hood à Tortoise en passant par Broadcast ou même les derniers essais de Kevin Shields (My Bloody Valentine). Toute la supériorité de Bark Psychosis en 2004 tient dans le geste créatif quasi spirituel de Sutton : « Ce qui m’intéresse, c’est tout le processus que représente un album. Je ne peux séparer la composition de la production ou du mixage – de l’enregistrement au mastering, j’ai d’ailleurs tout réalisé moi-même. Et je ne considère absolument pas la musique comme une manière de “m’exprimer”, pour moi, la musique possède une vie propre. » A l’instar d’un Mark Hollis ou d’un Scott Walker, l’art de Sutton, qui de son propre aveu est plus que jamais comparable à celui d’un sculpteur, est désormais empli des spectres et du chaos qui jalonnent et hantent la carrière de ces génies éreintés par une industrie musicale à jamais trop étroite : « Travailler pendant cinq ans sur le même projet peut parfois vous rendre fou. Mais mon unique ambition était de réaliser le meilleur album possible, celui que j’avais en tête, et non de me contenter de “sortir un disque pour sortir un disque”, comme le font la plupart des gens aujourd’hui. » Nul doute que ce disque-là, on le vénérera encore longtemps comme au premier jour.
Discographie : Albums Hex (1994, Caroline Records), Independency (compilation, 1994), Game Over (compilation, 1997, 3rd Stone Ltd.) et Codename: Dustsucker (2004, Soulfire). Informations : u> www.barkpsychosis.com
David SANSON, Frédéric FOREAU,
Publié le 2004-09-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : Rock, Angleterre, années 90,
Artiste(s) : David SANSON (rédacteur), Frédéric FOREAU (rédacteur), BARK PSYCHOSIS (groupe de musique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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