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L'irritant accomplissement
«Ces poussières»
De la pièce de Catherine Diverrès Ces poussières, créée en 1993, Didier-Georges Gabily, écrivain et homme de théâtre, voit «l'irritant accomplissement» d'une danse qui ne veut plus se nommer.
Je vois des hommes et des femmes. Ils bavardent. Je les vois. Bavardant sur, à propos de. Ces poussières. Ce doit être de Ces poussières, bien nommées, de Diverrès, dont ils parlent. Ces poussières. J'en ai vu un peu partout, en beaucoup de lieux, de ces as de la glose, de ces champions criticailleurs, de ces verbalisants. Ces poussières. Ça devrait faire rire. Je ne ris pas. On ne rit pas de l'obscénité. Ces poussières. J'ai vu de la danse. De la danse. Après cela on peut bien aller se coucher et réfléchir un peu, seul. Se dire que dans cet immense champ de la perte et de l'interrogation sur la perte, il y a encore heureusement des arpenteurs, de ceux qui interrogent l'espace - et évidemment cet espace ne concerne pas uniquement celui de la danse, je ne connais pas le vocabulaire de la danse, je ne suis pas le seul, j'y vais seulement depuis quelques années au moins autant que je vais au théâtre, ce qui n'est pas difficile, a priori, aujourd'hui. Mais bon. Devait y avoir des spécialistes, ce jour-là, de la danse. J'écoutais. Ça ne parlait que d'émotion. Un peu comme au théâtre quand ça ne sait quoi trop bien vouloir dire. Il n'y avait pas assez d'émotion, je croyais comprendre, dans ce que j'avais vu. Et, comme chacun sait, l'émotion, c'est tout. Il est recommandé de sortir ses mouchoirs. Il est recommandé de prendre le train zolien des revisitations-exhumations ou celui des vieilles gloires de la danse «contemporaine» qu'on ressort, qu'on essore jusqu'à plus. . . c'est possible. Je dois être sans coeur J'aime pourtant bien les vieilles gloires, les vieilles gares désaffectées, les entrepôts à (justement) poussière, à tous les trous de la mémoire ancienne. Mais ça ne fait le plus souvent rien réfléchir Ça ne réfléchit à rien. On est étreint par l'émotion il devait y avoir du théâtre, de la danse, ici par là, de bien belles images. . . circulez, etc. . . sortez vos mouchoirs si ça émotionne comme il faut, dégainez le fusil à pompe si besoin est, si ça n'émotionne pas assez et TIREZ A VUE!. . . Tirez à vue sur ce qui n'innove peut-être même pas -se méfier de ce terme (innovation), de ce fourre-tout à soit-disant modernité-; mais sur ce qui interroge, sur ce qui (s')irrite à force d'interroger l'espace (il me semble que la danse ne parle que de ça), le corps (il me semble que la danse ne parle aussi et dans le même temps que de ça) et ce qui, toujours, s'oppose à ta grâce (il me semble que la danse devrait en parler encore plus puisqu'il s'agit justement le plus souvent de son refuge ultime) même quand la grâce est là, comme par hasard, en un détour, en un tournoiement, en une apparition. Même et surtout. Surtout quand la grâce, en plus, est là et qu'elle ne nous empêche pas de voir. Nous sommes «ces poussières», je crois.
Didier-Geoges GABILY,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : texte d'artiste
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : chorégraphie, corps, émotion,
Artiste(s) : Catherine DIVERRES (chorégraphe), Didier-Geoges GABILY (auteur), Didier-Geoges GABILY (rédacteur), Bernardo MONTET (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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