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De la stance à la substance


«Corpus»



Pièce pour huit danseurs et un comédien, Corpus s'attache à ce qui nous meut aujourd'hui. Du vivant à l'exsangue, dans les vibrations d'une traversée du temps, résonnent un à un différents lieux du corps.


Il faudrait partir d'un peu plus loin. Il y a dans l'oeuvre de Catherine Diverrès une fracture profonde, visible. Un sentiment tragique de la vie qui donne à ses pièces ses couleurs hallucinées, leur caractère hérissé, portant avec constance un questionnement sur le monde, le temps, la fonction de l'art. De part et d'autre de cette cassure, deux pôles extrêmes maintiennent la tension de leur dualité. Dans cet espace sensible, des éclats, des fulgurances. Avec Corpus (pièce de 1998), les aspects de l'opposition, contradiction et rupture s'estompent au profit d'autres accents, d'envols, dans un déploiement de styles et de matières mystérieuses danses de chamans, transes, rituels mais aussi lyrisme, abstraction. Ces traits passent du noir au blanc et laissent voir le trajet de leur mouvement par une série continue d'états de conscience portés par les danseurs. Drogue, maladie, folie, mais aussi quotidien, réalité, travail, de la profusion au vide, autant de sentiments et d'expériences qui ressurgissent dans les gestes des interprètes.
Corpus s'étire sur une ligne continue du temps et maintient une même problématique par une succession de danses qui sont autant d'essais en parallèles où faire apparaître les lieux du corps et Sa parole. Son déroulement est porteur de cette appréhension tragique du temps. Corpus n'a pas directement recours à la fonction tragique et n'utilise pas la narration pour en livrer les caractéristiques. La profondeur du noir propulse visions métaphysiques, élans poétiques, jusqu'à l'enfermement de la blancheur aveuglante. Les extrêmes se rejoignent sur un même fond, organique, intemporel, le corps, la substance humaine. De toutes ces corporéités déclinées dans l'espace et le temps, dans les multiples langages du corps au théâtre et dans la danse, de toutes ces écritures croisées dans un corpus de textes chorégraphique, philosophique et poétique, Catherine Diverrès fait une oeuvre tactile dont elle tient les fils en silence, comme une action qui échapperait à chacun: parler à l'amour de sa vie.

Irène FILIBERTI,
Publié le 1999-01-02

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : couple, création, état, conscience, organique, tension,
Artiste(s) : Catherine DIVERRES (chorégraphe), Irène FILIBERTI (rédacteur), Henri MICHAUX (auteur), Jean-Luc NANCY (philosophe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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