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Un territoire brûlé
Parcours 2 C (Vobiscum), de Bernardo Montet.
Chapeau : La chorégraphie de Bernardo Montet transcende l’hypothèse d’une pensée contemporaine du sacré en acte. Au Théâtre de la Ville, à Paris, du 30 mars au 3 avril.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2005
Gérard MAYEN rédacteur
Bernardo Montet / Association Mawguerite chorégraphe
du 30/03/2005 00:00 au 03/04/2005 00:00
Salle : Théâtre de la Ville
2, pl du Châtelet
01 42 74 22 77
Paris 75001 France (Ile-de-France)
Texte : Parcours 2 C (Vobiscum), de Bernardo Montet : un chef d’œuvre ? On sait bien l’accent démiurgique et romantique recélé par pareil vocable, banni de toute critique déconstructiviste et post-moderne qui se tienne. On se reporte donc humblement vers le Petit Robert. Qui indique : «
La meilleure œuvre d’un auteur » (à ce jour, peut-on rajouter), ou encore « œuvre accomplie en son genre ». Pour le moins.
De la pièce
Issê Timossé (1996),
Parcours 2 C (Vobiscum) aurait gardé la violence imprécatoire d’un propos lancé au monde comme tragique prémonition. Et du plus récent
O.More (2002), la texture d’une fusion archaïque et suffocante, aux sources organiques du mouvement. Mais cette nouvelle pièce se tend comme en retraite éthique, refusant les surabondances qui paraissaient guetter ces deux précédents opus. Ainsi sa musique – piano, trompette – tend un palimpseste à ses transes sèches, à ses stances rôdant à l’entour d’un plateau exhaussé par une courbure du monde ; un territoire brûlé, désert, où rehausser les âmes. Inscription d’un art brut en train de se tracer à l’écran ; artistes handicapés, plus suspendus encore que les autres interprètes (neuf au total), cérémoniant.
Cette pièce dérive lointainement des stations de la passion du Christ, revécues notamment au contact inédit de récits oubliées de la tradition juive populaire. L’espace des voix et des corps se creuse, dans de lentes dynamiques parfois fauchées, plaquées, abandonnées. Brefs embrasements gestuels. Ou lentes invocations tremblées, d’une sourde énergie remémorée, haletante. Remontées aux jour crépusculaire, d’antiques images enfouies, après qu’elles semblent décrochées de fresques sacrées.
Dans cette compression chorégraphique, Bernardo Montet tutoie trois risques majeurs : le primitivisme en danse, comme art dispensé de pensée ; le magnétisme d’une spiritualité exaltée ; enfin l’illusion du métissage rédempteur (de par la composition multiculturelle de sa compagnie). Autant d’écueils qu’il dépasse, magistral.
Parcours 2 C (Vobiscum) transcende l’hypothèse d’une pensée contemporaine du sacré en acte, affranchie des divinités, et porteuse d’un universel qui enfin ne serait pas synonyme d’occidental.
Parcours 2 C (Vobiscum), chorégraphie de Bernardo Montet, au Théâtre de la Ville, à Paris, du 30 mars au 2 avril.
Date de publication : 31/03/2005
Inséré le : 30/03/2005 00:00
Thèmes : danse,