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Artistes en diaspora
Le KunstenFESTIVALdesArts à Bruxelles.
Chapeau : Bruxelles, capitale culturelle : le KunstenFESTIVALdesArts y contribue grandement en ouvrant très fort, loin de tout « européocentrisme », des clichés et des repérages habituels, les frontières de la création artistique contemporaine. Du 6 au 28 mai.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2005
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
du 06/05/2005 00:00 au 28/05/2005 00:00
Bruxelles 1000 Belgique
Texte : « En tant que festival international basé en Europe et travaillant régulièrement avec des artistes en diaspora , le KunstenFESTIVALdesArts soutient les individus avec ou sans papiers contraints à traverser les frontières. Nous restons solidaires de leur combat pour vivre dans la dignité et la liberté ». Avec ces quelques lignes figurant parmi les « crédits » de son programme, tout n’est pas dit – loin s’en faut - du KunstenFESTIVALdesArts, mais au moins le ton est-il donné. Créé par l’infatigable Frie Leysen, le festival bruxellois a d’abord su s’élever au-dessus des querelles politico-linguistiques qui divisent et racornissent la Belgique. Trop ou pas assez « flamand », trop ou pas assez « wallon » ? Qu’importe… Le Kunsten -comme on l’appelle en raccourci - est au diapason du vaste monde, bien loin de tout repli « européocentriste ».
A feuilleter le programme de l’édition 2005, contrairement à bien d’autres festivals importants qui se contentent d’afficher un catalogue de noms connus et semblent avoir mis en berne leur esprit de curiosité, on se réjouit d’avance de pouvoir embarquer vers des destinations moins repérées. Car les artistes « en diaspora » réunis par le KunstenFESTIVALdesArts viennent de toute l’Europe, y compris d’Helsinki (avec un spectacle/installation du metteur en scène Kristian Smeds, de l’artiste vocal Juha Valkeapää et de l’artiste visuel Tero Nauha), mais aussi d’Iran (Amir Reza Koohestani), d’Argentine (El Periferico de Objetos, Beatriz Catani & Gabriel Garrido), d’Inde (Padmini Chettur), du Brésil (Bruno Beltrao), d’Afrique du Sud (Brett Bailey), de Chine (les cinéastes Jia Zhang-Ke et Yang Fudong) et de Thaïlande (Apichatong Weerasethakul, le danseur et chorégraphe Pichet Klunchun). C’est là un
tourisme sensible, intelligent, qui crée de l’échange et ne cherche pas tant le
dépaysement (artificiellement mis en boîte) qu’une culture de l’altérité, avec des artistes eux-mêmes porteurs, au sein même de leur culture d’origine, de cette notion d’altérité. Un exemple parmi d’autres : Bangkok. Pour beaucoup d’Européens, une ville de transit aéroportuaire vers l’Asie du Sud-est. Loin de la facilité vacancière, le KunstenFESTIVALdesArts réunit huit artistes thaï, qui vont utiliser le cinéma, la photographie et la vidéo pour évoquer le déclin et la renaissance de cette ville internationale, avec humour et sarcasme.
Faute de pouvoir annoncer de façon exhaustive le copieux menu du prochain KunstenFESTIVALdesArts, on se contentera de signaler ici quelques « morceaux choisis » en dehors de quelques noms incontournables (le metteur en scène berlinois René Pollesch, Heiner Goebbels et son
Musée des phrases inspiré par des textes d’Elias Canetti, Rodrigo Garcia et les grimaces de son clown Ronald, William Forsythe avec la toute première création de la nouvelle compagnie qu’il vient de former, et Anne Teresa De Keersmaeker aux prises avec la musique de John Coltrane et les sonorités indiennes du raga).
Une bonne entrée en matière pourrait être un opéra baroque de Francesco Cavalli sur un livret du vénitien Gian Francesco Busenello !
Gli amori d’Apollo e di Dafne (une fable pastorale inspirée des
Métamorphoses d’Ovide) a été créé dans une banlieue de Buenos Aires, dans une mise en scène de Beatriz Catani et sous la direction musicale de Gabriel Garrido. Loin des productions d’opéra bon chic-bon genre, le résultat est, paraît-il, tout à fait étonnant. (Au Kaaitheater, du 21 au 25 mai).
Le voyage peut continuer en compagnie d’Isabelle Soupart, une artiste bruxelloise relativement discrète, qui s’éloigne d’ailleurs du tapage spectaculaire pour créer avec
In the wind of time un puzzle de paroles, de gestes, d’images et de sons (au Théâtre Les Tanneurs, du 16 au 22 mai). A moins que l’on ne préfère goûter aux excentricités du Sud-africain Brett Bailey, présent avec une farce ubuesque sur le caricatural Idi Amin Dada, ex-despote ougandais (
Big Dada, au Théâtre 140, du 17 au 19 mai), et avec une sorte de cabaret déjanté de l’Afrique du Sud aujourd’hui (
The House of the Holy Afro, au Beursschouwburg, les 13 et 14 mai).
Au chapitre des « performances » dûment estampillées (mais rarement invitées dans des festivals de théâtre et de danse), on peut prendre rendez-vous avec une unique exhibition du britannique Franko B. et de son corps meurtri (au Palais des Beaux-Arts, le 14 mai), ou encore autour d’une table, avec la berlinoise Eva Meyer-Keller pour un « minutieux miracle de création et de destruction » (au Beursschouwburg, du 25 au 28 mai).
De toute façon, pas de voyage organisé ; l’excursion est libre parmi tous les univers d’artistes proposés par le KunstenFESTIVALdesArts. A chacun sa méthode pour éprouver les bonheurs et les déchirements de « l’espèce humaine ». La référence ici faite au titre de l’ouvrage de Robert Antelme, écrit pour témoigner de son expérience des camps de concentration nazis, n’est pas vraiment fortuite. On retrouve des fragments de ce texte dans une extraordinaire performance de Jean-Luc Ducourt,
I/O Solo, présentée au Parc Maximilien à la toute fin du KunstenFESTIVALdesArts, du 26 au 28 mai. Danseur français aujourd’hui exilé en Belgique (où il fut sur quelques pièces le compagnon de route d’Anne Teresa De Keersmaeker), Jean-Luc Ducourt avait créé voici quelques années ce solo à Courtrai, où il nous fut donné de le voir. On en garde la sensation d’un bouleversement très fort. Mais en dehors de quelques représentations sporadiques,
I/O Solo n’a jamais eu la diffusion que ce travail d’extrême acuité aurait dû avoir. Il faut donc se féliciter de ce que le KunstenFESTIVALdesArts lui offre la chance d’une seconde vie. Seul au milieu d’un terrain grillagé surplombé d’éclairages de surveillance, Jean-Luc Ducourt, d’abord en combinaison de travail, évoque l’espace concentrationnaire non pas comme un lieu hors-de-soi, mais comme une prison que chacun porte en soi et dont on ne peut se défaire qu’au prix d’un labeur harassant, mené parfois aux frontières de la plus extrême solitude et de la folie. Dans son vertigineux dénuement,
I/O Solo est finalement une cinglante parabole de ce « combat pour la dignité et la liberté » que revendique le KunstenFESTIVALdesArts : ce que des frontières ethniques, politiques, économiques, religieuses, étouffent ; il faut sans cesse l’oxygéner d’échange et d’esprit d’ouverture. Le combat n’est pas gagné, mais il emprunte, du 6 au 28 mai à Bruxelles, des voies fort engageantes…
KunstenFESTIVALdesArts, à Bruxelles, du 6 au 28 mai. Tél : +32 (0)70 / 222 199 - www.kunstenfestivaldesarts.be
Date de publication : 28/04/2005
Inséré le : 18/04/2005 00:00