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Heil tanz !, de Caterina Sagna

Outrage à la danse.

Chapeau : Après Relation publique, qui maniait déjà une ironie grinçante à l’encontre de la danse et de ses faux-semblants, la chorégraphe italienne pousse encore plus loin le jeu de massacre avec Heil Tanz !. Un spectacle décapant, en clôture de la saison de l’Opéra de Lille, les 9 et 10 juin.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 2005

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Roberto Fratini Serafide dramaturge
Caterina SAGNA chorégraphe

du 09/06/2005 00:00 au 10/06/2005 00:00
Salle : Opéra de Lille
Lille 59000 France (Nord-Est)




Texte : Chorégraphe vénitienne, Caterina Sagna brocarde joyeusement les vanités dont s’affublent nos habituelles comédies de l’être et du paraître. Nourrie dans ses premières pièces de sources littéraires (Genet, Kafka, Rilke, etc.), elle puise aujourd’hui dans les ressources du simulacre les épices d’un véritable festin, où la danse se joue d’elle même. Dans Relation publique, nous étions conviés à la « conférence-spectacle » d’une compagnie préparant une création inspirée par les temples khmers d’Angkor Vat ! Et l’on nous promettait « des révélations fondamentales sur la danse, l’amour, la religion, le monde et l’homme ». Entreprise herculéenne, qui se délitait au fur et à mesure qu’elle s’expose : Relation publique se tenait en permanence sur le fil d’une dérision consentie, et se moquait délicieusement des grandes idées dont sont parfois cousus les discours et commentaires sur l’art. Pourtant, dans cette fable ironique, rien n’était totalement faux, et les séquences dansées qui venaient ponctuer la « conférence-spectacle », étaient même prodigieusement investies par des interprètes généreux et malicieux qui donnaient forme à de stupéfiantes figures et détraquaient certains clichés archaïques, de la méditation à la transe, en passant par l’étreinte amoureuse…
Avec Heil tanz !, créée l’été dernier, Caterina Sagna pousse encore plus loin le bouchon d’une dérision grinçante sur l’univers de la danse, ses faux-semblants et les non-dits qui se dissimulent derrière le spectacle des corps. Quitte à poser des questions qui fâchent. Par exemple : « La vérité inacceptable est que Danse et Pouvoir se partagent depuis des siècles l’impératif primaire d’asservir les corps ». Chahut, injures, simulacres de prise en otage, hallucinante confession vidéo d’un tortionnaire (qui est aussi un danseur fort connu), humiliations répétées… : avec Heil Tanz ! Caterina Sagna malmène avec un humour cinglant toutes les qualités d’humanité que la danse a la prétention de véhiculer avec elle. L’exercice est décapant, salutaire, drôle et troublant. Dans un entretien recueilli par Benjamin Bibas pour le site www.flucuat.net, Roberto Fratini Serafide, dramaturge du spectacle, explique notamment : « Pourquoi faire outrage à la danse ? Primo : parce que dans un siècle où toutes les formes ont été outragées sans pitié, y compris par ceux-là mêmes qui les pratiquaient, on ne voit pas pourquoi la danse devrait faire exception - la danse est-elle si faible et fragile qu'elle ne saurait survivre à cet affront ? Secondo : parce que faire outrage aux choses sert à les rendre vivantes, à les faire réagir. C'est par l'insulte que nous cherchons à forcer la danse à assumer une responsabilité, formelle et éthique. (…) Dans la mesure où la danse implique quelque chose s'approchant d'un "prestige du corps", qui s'exprime avec un taux élevé de "spécialisation" et de "virtuosité", aucun public de théâtre n'est potentiellement plus voyeur que le public de la danse. "Voyeur" dans un sens étymologique, et pas seulement psychologique : le public de la danse tend à répudier tous les attentats faits contre son droit - qu'il considère sacré - de VOIR d'une manière absolue et exclusive, en observant la seule et unique règle de la vision (souvent sans penser, sans "thématiser" la vision). En agissant ainsi, il oublie toutes les formes de parenté existant entre son "voir" et les dynamiques du pouvoir (qui lui aussi tend, constamment, à manipuler, à contrôler le corps). En obligeant le public à se rendre complice, en le traînant sur scène, ou en lui montrant qu'il peut très bien rire et pleurer au mauvais moment, nous cherchons seulement à réveiller sa conscience critique, son instinct éthique. Ce rapprochement artificiel, violent, sert à produire du détachement ».

Heil Tanz !, chorégraphie de Caterina Sagna, à l’Opéra de Lille, les 9 et 10 juin. Tél : 03 28 38 40 40 - www.opera-lille.fr


Date de publication : 09/06/2005


Inséré le : 07/06/2005 00:00
Thèmes : danse,