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Vers « une politique industrielle de l’esprit ».

Chapeau : Associé à Georges Collins, Marc Crépon, Catherine Perret, et Caroline Stiegler, le philosophe Bernard Stiegler se lance dans une nouvelle association internationale, ARS INDUSTRIALIS. Première réunion publique, à Paris, le 18 juin.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Bernard Stiegler philosophe

du 18/06/2005 00:00 au 18/06/2005 00:00
Salle : Théâtre de la Colline
15, rue Malte-Brun
01 44 62 52 52
Paris 75020 France (Ile-de-France)




Texte : Dans l’entretien qu’il a récemment accordé à Mouvement (n° 33-34, mars-juin 2005), Bernard Stiegler, philosophe et directeur de l’Ircam, déclarait notamment : « Nous vivons en ce début de 21e siècle une époque de déliaison des pulsions, et conséquemment de ruine de l’économie libidinale. C’est extrêmement grave : une société qui n’arrive pas à produire de singularités n’a plus d’avenir. Le singulier est de l’ordre de l’incalculable, et plus précisément de l’ordre de ce que j’appelle les plans de consistance. L’être humain ne se contente pas de jouir de la satisfaction de ses besoins pour garantir sa subsistance : il est un désir, et en tant qu’il a des désirs, il veut être aussi et surtout une ex-sistence, c’est à dire symboliser. Pour cela, il faut que le plan de l’existence – qui n’est donc pas celui de la subsistance – accède à un autre plan : le plan de la consistance. Pour que mon existence soit une existence, pour qu’elle se distingue du plan de la subsistance, il faut qu’elle soit en relation avec des choses qui n’existent pas. Des siècles durant on a cru à Dieu, puis à d’autres choses, aux idéalités, à la Révolution, à la justice, à l’émancipation, au progrès, toutes choses sublimes. C’est ce qui est en cours de liquidation. Or, une société qui n’a pas de tels plans de consistance est condamnée. C’est pourquoi que je parle de décadence des démocraties industrielles. Nous vivons dans une société qui a organisé toute son économie symbolique pour capter la libido des consommateurs, mais en captant cette libido, elle a rabattu les existences sur le plan de la subsistance, ce qui est un avilissement. L’économie libidinale de ce système de consommation et de production est épuisée : elle arrive en fin de course. Il faut donc inventer un autre modèle. Là est la tâche, avant toute autre ».
Pour contribuer à inventer cet autre modèle, Bernard Stiegler vient de créer, avec Georges Collins, Marc Crépon, Catherine Perret, et Caroline Stiegler une « Association internationale pour une politique industrielle de l'esprit », Ars Industrialis, qui tient sa première réunion publique le 18 juin au Théâtre de la Colline, à Paris, qui accueillera à partir de septembre prochain des réunions mensuelles.
Le manifeste fondateur d’ARS INDUSTRALIS précise notamment : « Notre époque est menacée, dans le monde entier, par le fait que la vie de l'esprit a été intégralement soumise aux impératifs de l'économie de marché, c’est à dire à la loi de l’amortissement rapide, à travers la monopolisation des technologies de l’information et de la communication, dites aussi culturelles et cognitives, et qui forment le secteur de ce que nous appellerons ici des technologies de l’esprit. Or, ces technologies peuvent et doivent devenir un nouvel âge de l’esprit, un renouveau de la « vie de l’esprit ». Tandis que le modèle classique de la société industrielle paraît caduc, cet objectif doit constituer le motif d’une économie politique et industrielle de l’esprit – qui doit aussi être une écologie industrielle de l’esprit.
Ces technologies visent aujourd’hui à contrôler et à façonner hégémoniquement les modes d’existence individuels et collectifs, et ce, à tous les âges de la vie. Or, ce contrôle des existences est un contrôle et une manipulation des désirs des individus et des groupes et conduit à détruire les possibilités mêmes, pour ces individus et pour ces groupes, d’exister et de désirer : la démotivation empoisonne le monde. Le capitalisme, au XXè siècle, en vue d’absorber les excédents de la production industrielle, a fait de la libido sa principale énergie en la canalisant sur les objets de la consommation. Or, aujourd’hui, cette captation de la libido a fini par la détruire. Ce fait majeur constitue une immense menace pour la civilisation industrielle. Reste que les technologies d’information et de communication sont précisément les technologies spirituelles, et cela signifie tout aussi bien qu’elles relèvent de la question des techniques de la mémoire dont Michel Foucault analysa le sens comme techniques de « l’écriture de soi ». La relation des hommes à ces technologies ne peut en aucun cas continuer de se limiter aux usages prescrits par les modes d’emploi et les campagnes de marketing : ce sont, comme disait Foucault, des hypomnémata.
La question d’économie politique que pose l’avenir industriel est la relance du désir – et non simplement la relance de la consommation. Et dans la mesure où le désir est en son essence orienté vers la sublimation, une politique industrielle de l’esprit peut et doit devenir une politique industrielle de relance du désir – à l’heure des technologies de l’esprit. Nous sommes convaincus, en particulier, que là est l’avenir de l’Europe – et- au-delà, des démocraties industrielles.
ARS INDUSTRIALIS (…) entend porter sa réflexion au niveau mondial, pour ce qui concerne tous les points évoqués précédemment, et, par voie de conséquence, dans les domaines de l'enseignement, de la recherche, de la science, de l'art, des médias, de l'organisation des services publics de l'audiovisuel, des industries culturelles et des industries de programmes privées, et des politiques d’aménagement du territoire ».


ARTS INDUSTRIALIS, première réunion public au Théâtre National de la Colline, le samedi 18 juin, de 16 h à 19 h. www.arsindustrialis.org

Date de publication : 09/06/2005


Inséré le : 07/06/2005 00:00