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Le verbe au corps


«L'Origine rouge»



La «parole dansée» de Valère Novarina ponctuera la saison 2000-2001. Rencontre avec ce poète de la combustion des mots, quelques-uns de ses traducteurs et des acteurs de L'Origine rouge, son dernier spectacle.


«Ce qui pousse en avant, ce qui libère notre langue des mots, c'est le verbe: il propulse; il suscite, renverse, il agit». Le théâtre de Valère Novarina a le verbe au corps. Le langage, enraciné dans la chair de l'homme comme plante proliférante, grimpante, sauvage. Théâtre de la parole dansée, cadencée, musicale: une langue vivante, aux antipodes de ces «Machines à dire voici», que figure Novarina dans sa dernière pièce, L'Origine Rouge, en pseudo-présentateurs de télévision.
Avec Le Monologue d'Adramelech, et Pour Louis de Funès, dans les années quatre-vingt, l'acteur André Marcon a pleinement révélé l'épaisseur charnelle de cette écriture qui demande à être mise en bouche plutôt que lue en silence. Plus récemment, les mises en scène de Claude Buchvald ont su déployer, au-delà de la seule «performance» d'acteur, les ressources dramaturgiques des pièces de Novarina, jusqu'à l'éclatant succès de L'Opérette Imaginaire, l'an passé.
Poète de la combustion des mots, Valère Novarina a besoin de la «liturgie» scénique pour que fuse dans l'espace le rythme vif, burlesque, d'une parole qui semble prendre la pensée de vitesse; que se déploie l'allant chorégraphique des rebonds, sinuosités, bifurcations que des syllabes étrangement recomposées tracent dans la mémoire. Un plain-chant en précipités et dérives.
Jeu avec le temps, jeu avec l'espace. L'acteur, pour Novarina, n'est pas là pour représenter de l'humain, du réel et de la psychologie. À l'intersection de l'animal et du pantin, il est le corps conducteur de l'énergie protéiforme charriée par le langage. Il est le dessin du verbe, sa chanson de geste, sa trajectoire dans la construction du sens. «Acteur est un mot qu'il faut renverser», dit Valère Novarina dans l'entretien qu'il confie à Mouvement: «Nous assistons, non à son action mais à sa passion. L'acteur est agi».
Acteurs-passeurs, chargés de nuances, d'inflexions, de corporéités et de densités: ils sont huit, dans L'Origine Rouge (Michel Baudinat, Didier Dugast, André Marcon, Laurence Mayor, Dominique Parent, Dominique Pinon, Agnès Sourdillon, Léopold von Verschuer, Valérie Vinci, Daniel Znyk), à frayer d'improbables figures telles que le Bonhomme Nihil, Jean Terrier, la Femme du Séparacide, Jean Chronodule, l'Homme en matière vide, ou encore les Hommes d'hécatombe; mais surtout à répandre le cirque polyphonique de ce qui origine l'humain dans son sempiternel recommencement tragi-comique.

Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2000-10-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : langage, écriture, dramaturgie, humain, psychologie,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Valère NOVARINA (metteur en scène), André MARCON (acteur), Claude BUCHWALD (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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