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Collecter, assembler, virvoucher




Virvoucher est un projet initié par le chorégraphe Alain Michard, ce processus de «création permanente» propose une exploration urbaine tout en cherchant de nouvelles configurations d'activité artistique. Entretien.


Après une session d'ouverture de onze jours réalisée en collaboration avec Michel Séméniako à Gare-au-Théâtre à Vitry-sur-Seine fin janvier 1999, une autre étape de Virvoucher se déroule à Dieppe depuis le début de l'année 2000. Une première session dite «Les Habitants» - inaugurale à chaque arrivée dans une nouvelle ville - s'est d'abord échelonnée sur cinq week-end d'affilée. Proposée à des non-professionnels, cette session essentielle fonde le travail dans une histoire commune entre les artistes présents dans la ville et ses habitants. Véritable pratique artistique (collectes d'objets et d'impressions photographiques, sonores, textuelles, puis recyclage de ces objets dans un travail d'installation et d'improvisation), cette session engage leur regard et leur imaginaire sur Dieppe. Une seconde session sur trois semaines en mai, intitulée «Outillage», réservée cette fois à l'équipe artistique proprement dite (Catherine Legrand, Julia Cima, Samuel Letellier, Annabelle Pulcini, Yves Godin, Manuel Coursin, Michel Séméniako, Agnès Dahan, Théo Koojman, Nadine Michard, Lou Silhol, Margot Rident) lui a permis d'approfondir cette «investigation des réalités et des imaginaires humains, urbains, historiques et symboliques» de la ville et d'en interpréter les matériaux collectés ainsi que d'identifier et de choisir dans Dieppe un lieu d'inscription du travail et des temps de visibilité publics à venir: une ancienne coopérative maritime.
Mouvement : «Virvoucher» est un projet qui ne s'inscrit pas dans un modèle classique de création et de diffusion. Il se développe sur plusieurs années par variations et étapes successives nommées sessions et vous le qualifiez de projet de création permanente. Pouvez-vous préciser ce concept et expliquer en quoi ce mode particulier de travail interpelle les structures d'accueil dans leur mode de fonctionnement?
Alain Michard : Depuis que je conçois des projets, je suis confronté à une survalorisation du moment spectaculaire. La notion d'oeuvre me pose sans cesse question. Le spectacle ne me semble jamais un aboutissement. Pourtant, c'est lui qui va déterminer l'appréciation et le jugement sur mon travail. Mais pour moi, réaliser des objets spectaculaires pour ensuite les diffuser n'est pas une fin. Ce qui m'intéresse, c'est de travailler des formes par la mise en place de dispositifs. J'attache tellement d'importance aux temps de travail que je ne peux, en arrivant au moment du spectacle, balayer tout ce qui a précédé. Nous restons pourtant tributaires d'un système où l'on est ramené en permanence à un schéma de fabrication et de commercialisation d'objets, alors même que les possibilités de diffusion sont limitées, et qu'en tant qu'art, la danse n'a rien à faire avec le marché ni la notion d'objet. Pour ma part, je cherche davantage à travailler sur les processus. La question, c'est peut-être moins ce qu'on crée que ce qui se crée entre des personnes qui travaillent ensemble et avec des spectateurs. J'ai donc cherché à renverser cette situation pour accorder plus de valeur au travail lui-même, penser en terme de projets plutôt qu'en terme de pièces. J'ai récupéré ce concept de création permanente chez Robert Filliou, un artiste qui a réalisé peu d'objets. Les traces qu'il a laissées sont plus des témoignages et des écrits sur sa manière d'être artiste. J'ai moins envie de faire oeuvre que d'initier des modes de relations entre des choses et des personnes, d'observer et de travailler avec elles sur notre environnement. C'est pourquoi je ne sépare pas les moments d'atelier avec des amateurs, enfants ou adultes, des moments de répétition avec une équipe artistique ou des moments de spectacle. Je me vis en état de création permanente. Sur «Virvoucher», je suis arrivé à imposer l'idée de ne pas travailler sur une seule période pour la production d'une pièce mais sous forme de sessions. Le temps est fractionné. Chaque session est consacrée à une manière, à une idée ou à un lieu donnés, et trouve son aboutissement propre. Même si de l'une à l'autre, quelque chose se construit, il n'y a a priori pas de

Carole BODIN,
Publié le 2000-10-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : expérimentation, esthétique, politique, création, variation, villes,
Artiste(s) : Carole BODIN (rédacteur), Alain MICHARD (chorégraphe), Claudia TRIOZZI (danseur), Michel SEMAKO (plasticien), LES SIGNATAIRES DU 20 AOUT (collectif),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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