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La fuite hors du temps




Chorégraphe israélien, Haïm Adri poursuit sa réflexion sur la mémoire et les corps.


Biographie : Haïm Adri est né en 1968 à Jaffa. Après des études de théâtre en Israël, et en France avec Jacques Lecoq, il s’est intéressé aux danses orientales (kyogen, kathakali…) et au masque. L’improvisation l’a conduit vers Steve Paxton et la danse-contact, vers Julyen Hamilton et l’écriture chorégraphique instantanée. En 1998, il fonde la compagnie Sisyphe Heureux, liée au théâtre de Champigny-sur-Marne, et se penche sur le texte, la musique et l’image. Palpitations et L’Absent précèdent la trilogie Bribes (2002), qui se poursuivra en 2006 avec une forme élargie de Back up, son dernier volet.

A l’heure de la mondialisation, source de frottements identitaires, l’un des enjeux majeurs est celui de l’autre, du tout autre. L’art, dont la langue est celle des choses singulières, peut en témoigner, mais aussi énoncer leur nécessité. Haïm Adri, chorégraphe, interprète et vidéaste, a rencontré ces questions au cours d’une trilogie dédiée à la mémoire. Entamée il y a quatre ans, Bribes a dialectisé dans ses premiers volets (Anamnèse Acte 1 et Anamnèse Acte 2) les tiraillements entre les déterminations propres à l’espèce, à l’hérédité, à l’histoire familiale, et l’inventivité humaine qui pourrait chercher à s’en déprendre. Il manquait à ce panorama d’évoquer comment l’Histoire investit nos corps. Le troisième volet, Back up, a ainsi conduit Haïm Adri, Israélien, à évoquer le conflit propre à son pays et à réunir dans une forme mobile des interprètes israéliens et palestiniens. Ce travail sera joué dans les territoires occupés et se prolongera à travers plusieurs workshops en France et en Israël. Loin de tout pacifisme bien-pensant, si Back up met en présence des personnes appartenant à des communautés hostiles, il s’agit de revenir à l’expression d’un vécu individualisé pour créer la possibilité d’un espace d’hospitalité, de reconnaissance de l’altérité individuelle. Bribes organise les modalités d’une transmission fictive entre deux générations d’interprètes. La première, hors champ, est celle d’interprètes filmés. Dix vidéodanses ont été réalisées selon une méthode documentaire. Chaque vidéo synthétise chorégraphiquement la mémoire d’un interprète. La minutie du montage, la portée réfléchie des bandes-son en font des performances filmiques et poétiques. A partir d’elles, Haïm Adri élabore une écriture chorégraphique de plateau (six solos dans les Actes 1 et 2 et un quatuor dans Back up) qui (re)transmet la kinesthésie chorégraphique des premiers interprètes. La complexité de Bribes sert une poétique du regard. L’ensemble constitue une machine à diffracter qui amène à apercevoir le corps dansant autrement. Le jeu entre le visionnage des films et la représentation favorise une déstabilisation des conventions visuelles. Le spectateur est pris à témoin d’une dépossession, de l’étrangeté des corps, de cette dépossession qui passe par l’appropriation d’une corporéité autre. Dans Back up, l’humain apparaît dans une attente frontale, replié, inapte à prendre de la hauteur, idiot(1). Danser, pour Haïm Adri, c’est danser malgré tout, malgré l’Histoire. C’est attendre le mouvement singulier, c’est se décaler, passer par des failles, affronter des murs…

Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2005-03-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : Israël, Palestine, mémoire,
Artiste(s) : Haïm ADRI (chorégraphe), Mari-Mai CORBEL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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