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Oreilles de traverse
Chapeau : Des festivals comme MIMI, qui souffle ses 20 bougies, NPAI à Parthenay ou les Siestes Electroniques à Toulouse sont autant d’initiatives à la fois militantes et passionnantes qui célèbrent les plaisirs de la musique sous toutes ses formes, et dans toutes les positions. Propositions pour l’été.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2005
David SANSON rédacteur
du 01/07/2005 00:00 au 10/07/2005 00:00
Toulouse 31000 France (Sud-Ouest)
du 21/07/2005 00:00 au 24/07/2005 00:00
Parthenay 79200 France (Sud-Ouest)
du 28/07/2005 00:00 au 31/07/2005 00:00
Marseille France (Sud-Est)
Texte : MIMI, échanges équitablesIl y a deux décennies, Ferdinand Richard, animateur d’une émission consacrée aux musiques de traverse sur une petite radio de Saint-Rémy-de-Provence, se voit proposer par le maire de la ville de concevoir une manifestation en remplacement d’un festival de jazz local qui venait de mettre la clef sous la porte : c’est de cette manière inhabituelle qu’est né MIMI, festival nomade qui, depuis, a transité par Saint-Martin de Cros et Arles avant de s’établir, depuis 5 ans, dans le cadre enchanteur de l’hôpital Caroline, sur les îles du Frioul, face à Marseille. Un festival qui a su, chose rare, résister à l’appel du gigantisme, rester à échelle humaine :
« Pour moi, déclare Ferdinand Richard,
saucissonner un marathon faisant se succéder les musiciens n’a pas de sens. Ne pas augmenter le nombre d’artistes présents – deux ou trois concerts par soir sur quatre soirs – me paraît important pour des raisons musicales. S’il y a eu évolution, elle concerne la politique de création et l’exploitation des œuvres, surtout dans le domaine de la musique contemporaine, où nombre de créations ne sont jamais rejouées : il s’agit de faire circuler les répertoires, les pièces que nous commandons – même si, malheureusement, ce que j’ai fait jusqu’à présent n’a pas intéressé grand monde… » Sa réussite, MIMI la doit en partie au fait que Richard a pu mettre à profit un
« point de vue de musicien », son expérience des festivals
« de tout poil ». C’est ce qui l’a conduit à privilégier
« un rapport intime entre spectateur et musicien ». C’est aussi ce qui motive ce désir d’échange, de partage, cette « échelle humaine » : composée autour de la venue d’un grand aîné (en l’occurrence, après Moondog ou Ornette Coleman, c’est l’immense Américaine Meredith Monk, dont il ne faut rater le passage, en quatuor vocal, sous aucun prétexte), cette 20e édition fait la part belle aux rencontres, entre les styles et les cultures. Ainsi de ce Newtopia Project, formé autour de deux saxophonistes, le Français Raphaël Imbert et le Sud-Africain Zim Ngqawana, ou de cette confrontation entre le duo libanais Soap Kills et un ensemble de chanteuse d’Europe centrale… Plus remarquable encore est le désir d’équité qui préside à ces échanges. Ferdinand Richard aime à définir l’A.M.I. (Aide aux Musiques Innovatrices), l’association créée en 1994 et dont MIMI reste l’emblème, comme
« une auto-entreprise » faisant travailler, en amont et en aval, tout un réseau de micro-entreprises satellites, et il s’est attaché à fédérer les énergies autour de projets de « terrain » visant à faire circuler les artistes au-delà des frontières : un MIMI-Nord est implanté en Russie, un MIMI-Sud à Kinshasa, et cet automne, un petit festival itinérant devrait sillonner le Moyen-Orient, d’Amman à Damas. Loin de toute stratégie expansionniste, ces initiatives ambitionnent surtout de stimuler et de pérenniser des infrastructures locales. Richard, que des années de travail en Afrique ont convaincu des
« énormes problèmes éthiques » que pose la « coopération » lorsqu’elle est envisagée d’un point de vue européano-centriste, insiste ainsi sur la nécessité d’
« inverser complètement notre rapport de travail avec les musiciens africains. L’A.M.I. est un centre national de développement pour les musiques actuelles : cela veut bien dire que notre but n’est pas de repérer de jeunes musiciens brillants pour les développer ailleurs, mais de les aider à développer leur talent en restant chez eux et en vivant dans des conditions dignes. »Symbole de ce désir d’enraciner MIMI dans des actions pérennes – une dynamique continue dont témoignent les studios de répétitions, résidences et ateliers organisés tout au long de l’année : le slammeur Frédéric Nevchehirlian est ainsi, comme Raphaël Imbert,
« passé par toute la chaîne » ; d’abord spectateur du festival puis participant aux ateliers d’écritures et aux studios de répétition. Aujourd’hui, son projet Vibrion est à l’affiche de cette 20e édition. A l’expression de « modèle économique », on pourrait substituer, dans le cas de MIMI, celle de « modèle artistique » : à suivre, donc, bien au-delà de ces quatre nuits.
Farniente artistiqueUne semaine avant de cingler pour les îles du Frioul, le festivalier mélomane aura pu traîner ses oreilles du côté des Deux-Sèvres et de la petite cité médiévale de Parthenay, où se tient, depuis près de 20 ans là aussi, une autre manifestation vouée aux musiques innovatrices. Depuis 2003, le festival Jazz au fil de l’eau est devenu NPAI, pour « Nouvelles Pistes Artistiques Inclassables », et propose des rencontres au sommet entre improvisateurs de tous les pays et de toutes les disciplines (musique, danse et poésie sonore). La détonante Québécoise Diane Labrosse et le guitariste Fred Frith (en solo et en duo avec Camel Zekri), Jean-Luc Guionnet et Daunik Lazro, Lionel Marchetti et Xavier Garcia, mais aussi Michael Lonsdale et Yann Lheureux sont au menu de cette 19e édition, qui fait la part belle
à Joëlle Léandre : dans le sillage de son dernier enregistrement avec le regretté Steve Lacy (voir dans le numéro 35), la compositrice et contrebassiste se produira aux côtés de Carlos Zingaro, et elle animera également un stage d’improvisation musicale.
L’un des grands privilèges de la musique est qu’elle peut s’apprécier partout, dans les cadres les plus divers et les positions les plus improbables. C’est ce qu’ont bien compris les Toulousains des Siestes Electroniques, dont la nouvelle édition propose une manière bien agréable de commencer son été : allongé sur les pelouses du jardin Raymond VI, à déguster le dub atmosphérique de l’Allemand Thomas Fehlman, l’electronica délicate de Phonem, les digressions poétiques de la Berlinoise AGF succédant aux scansions déstructurées de son amoureux, le Finlandais Vladislav Delay, l’électro-folk « matmossienne » du Mancunien Brooks (protégé de Matthew Herbert)… Les Français Marc Collin, DAT Politics ou Nôze, les Autrichiens de Trapist (formation regroupant notamment des membres de l’excellent trio Radian), le duo britannique Magnétophone feront également rimer électronique avec bucolique. Point d’orgue de cette 4e édition : le concert « électroacoustique » du 7 juillet, regroupant François Bayle, Bernard Parmeggiani et Robert Wyatt…
> 20e festival MIMI, du 28 au 31 juillet à Marseille, îles du Frioul. Tél. 04 95 04 95 50 www.amicentre.biz
> 19e festival NPAI, du 21 au 24 juillet à Parthenay. Tél. 05 49 64 24 24 www.festival-npai.com
> 4e Siestes Electroniques, du 1er au 10 juillet à Toulouse. www.les-siestes-electroniques.com
Date de publication : 30/06/2005
Inséré le : 30/06/2005 00:00
Thèmes : musique,