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La combustion des mots, entretien avec Valère Novarina
«L'Origine rouge»
«Acteur est un mot qu'il faut renverser. Nous assistons, non à son action mais à sa passion. L'acteur est agi.» Entretien avec Valère Novarina.
Mouvement : Revenons sur le titre de votre spectacle: «L'Origine rouge» met en avant «origine», un des mots fondamentaux de la métaphysique occidentale. . .
Valère Novarina : Je me demande parfois quel est le contraire du mot «origine». . . Il me semble qu'il n'y en a pas. Il y a un mot pour désigner la porte d'entrée, mais pas de mot pour désigner la porte de sortie! À l'origine, «L'Origine rouge» , c'était une peinture que j'avais faite et où il n'y avait pas du tout de rouge, justement. . . puis c'est devenu très rapidement le titre de la pièce, sans raison, et bien avant qu'elle se tresse.
Le titre a amené cette idée qu'il y avait quelque chose qui se passait au sol des Carmes, qu'il y avait quelque chose qui se déversait, qui se donnait : de la peinture, du sang, des paroles. . . de là est venue l'idée d'une table, d'un plateau où deux fleuves se croisent, d'un sacrifice, d'un endroit d'épanchement de l'acteur en paroles. Rien de sanglant dans tout ça. Le sang c'est l'offre ; « ça n'a aucune signification sanguine », comme le dit Michel Baudinat. L'acteur réellement se donne. C'est un art dangereux. L'acteur pourrait, emporté, devenir fou ou animal pour de bon, ne plus revenir à l'homme.
Mouvement : Vous êtes anti-platonicien: l'acteur ne fait pas dans le faux, il fait dans le vrai.
Valère Novarina : Les acteurs ne font semblant de rien du tout!
Mouvement : L'origine contient déjà son contraire puisqu'il y a là l'idée de ce dont on provient, la provenance mais aussi l'idée qu'on est séparé, la séparation.
Valère Novarina : Il me semble que le mot vient de «bouche»; en latin: os, oris. La bouche qui est l'endroit de naissance. Orient vient de là : d'où sort le soleil. On a dit aussi que le mot oraison venait de cette même bouche. . .
«L'Origine rouge» trace un voyage à l'envers, dont il est difficile de se remémorer. . . C'est d'une grande étrangeté rythmique. . .Quand on sort du spectacle, on peut en raconter précisément les épisodes (l'acte urbain-l'acte des quadrilles-l'acte pronominal-l'acte insulaire-l'acte fulgurant-la «chronomachie») mais il est presque impossible de les situer dans l'ordre. Comme dans le rêve, où on ne se souvient jamais si ceci c'était avant ou après cela. . .L'ordre est analogique et mystérieux. Et cependant dicté d'un seul tenant -ni interchangeable, ni ludique, ni réversible. Le texte a un rapport avec le rêve, avec la grammaire du rêve, avec la dramatique du rêve, avec la «grammatique» du rêve. Son ordre et son désordre tout ensemble. L'ordre du rêve est si rigoureux qu'il nous semble défait.
Mouvement : C'est un résultat qui vous est apparu ou que vous souhaitiez obtenir?
Valère Novarina : Je voulais capter quelque chose de l'énergie du langage, au plus près. Parmi les variantes, j'ai chaque fois choisi le plus brut, le plus surgissant, le plus étranger. Aller à la source, au contraste, à la séparation, à la guerre des mots. Des phrases sont venues parfois directement de la nuit; j'ai noté d'un rêve ceci: «Ceux qui retiennent la lumière, comme par exemple l'agate, ceux qui retiennent le lait, comme par exemple la mamelle». Agnès le dit tout au début de la pièce, comme pour capter quelque chose des forces du langage dans la nuit. . . Parmi les publicités que nous assènent les deux Machines à dire voici, la plus belle est réelle: BRAVO LA VIANDE! Je l'ai vue en vrai sur un camion, entre Vernon et Évreux. Il faut capter les forces du langage- où qu'elles soient: dans le rêve, dans Mallarmé et au dos des camions.
Mouvement : Vous étiez déjà très attentif auparavant à la musicalité du texte. Cette fois-ci, vous vous êtes encore davantage attaché au chant ; vous explorez le chanté, le parlé-chanté. . .
Valère Novarina : . . . le presque-chanté, les marges, l'hésitation au seuil du chant, puis la syncope, l'évanouissement qu'il y a du parlé au chanté, la chute de la parole dans le chant, le saut brusque. Le changement de nature, la transfiguration de la voix.
Mouvement : Est-ce une manière pour vous d'être au plus près de la respiration, de la pensée qui traverse la ch
Bruno TACKELS, Sabrina WELDMAN,
Publié le 2000-10-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : acteur, incarnation, mise en scène, rythme, transmission, langage,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), Sabrina WELDMAN (rédacteur), Valère NOVARINA (metteur en scène), Christian PACCOUD (musicien), Claude BUCHWALD (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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