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De vives voix


Deux festivals, à Bordeaux et Montpellier



John Giorno inaugure les Ritournelles au Capc de Bordeaux ; et Sonorités, à Montpellier, propose de cheminer du texte au son.


La sixième édition de Ritournelles aborde, dans plusieurs lieux de Bordeaux et des alentours, la poésie contemporaine dans sa relation avec la musique, les univers sonores et multimédias. La venue exceptionnelle du poète et performer new-yorkais John Giorno au Capc inaugure ce festival, qui compte également une projection des films-poèmes de l’Ecossaise Margaret Tait, un concert Rodolphe Burger / Olivier Cadiot sur le plateau du Théâtre national Bordeaux-Aquitaine, et une création au Molière-Scène d’Aquitaine qui réunit les auteurs Liliane Giraudon, Michelle Grangaud, Josée Lapeyrère et Anne Portugal, le sampleur Benoît Delbecque et les images numériques d’Eric Vernhes.

A Montpellier, ce sont les poètes Anne-James Chaton et Kristoff K.Roll (le duo Carole Rieussec/Jean-Christophe Camps) qui sont les têtes agissantes du collectif Sonorités, initiateur du festival du même nom, dont le propos est de cheminer « du texte au son » à travers les écritures contemporaines. Joignant le geste (ou le souffle) à la parole, des performances de Philippe Beck, Bartolomé Ferrando, Thierry Madiot ou Li Ping Ting, par exemple, voisineront avec celles musiciens passés maître dans l’art de faire entendre le réel autrement. On ne ratera pas, en particulier, la venue de Francisco Lopez, dont les « concerts » s’écoutent les yeux bandés : rendant compte d’un concert donné par l’Espagnol à Montréal, en septembre 2004, Mathias Delplanque écrivait ainsi, dans le numéro 32 de Mouvement :
« Les rideaux de la scène utilisée pour les deux premières performances de la soirée se ferment et les projecteurs s’éteignent. Un responsable de la salle s’avance : “Mesdames et messieurs, pour le concert de Francisco Lopez, nous vous demanderons de bien vouloir nous aider à placer les chaises en cercles.” S’ensuit un léger remue-ménage au cours duquel le public, docile et visiblement habitué, se prête à la manœuvre et s’installe, en cercles concentriques, autour d’une table disposée au centre de la pièce. Sur celle-ci, on devine un dispositif d’appareils électroniques, mais l’ensemble est recouvert d’un grand drap noir, sous lequel clignotent quelques diodes lumineuses, et d’où s’échappe un réseau de câbles qui court se perdre dans quelque coin reculé de la salle. Quelques néophytes tournent spontanément leur siège vers l’intérieur du cercle de façon à apercevoir la table au bord de laquelle est apparu un grand personnage à casquette. Ils seront rapidement et silencieusement rappelés à l’ordre par un geste du doigt les invitant à tourner le dos au centre et à s’orienter vers les enceintes situées aux quatre coins de la salle. On distribue alors de fines pièces de tissu noir avec lesquelles l’assistance se bande les yeux sans dire un mot. Puis, comme pour encourager les derniers réfractaires, toutes les lumières s’éteignent et la salle sombre dans une pénombre épaisse et silencieuse, uniquement peuplée par le léger souffle des enceintes. Bruit de drap, puis de nouveau le silence, pendant une longue minute. Et brusquement le son.
Le son comme un plongeon dans une eau noire et tiède. Le son comme une soudaine et lente expiration. Le son comme une totale immersion dans un environnement parfaitement inconnu. Une grande béance, un espace ouvert et vide de présupposés du fond duquel tout semble pouvoir émerger. Un grand bloc de matière sonore dense et fluide, véritable
all-over musical qui emplit l’espace durant de nombreuses minutes et laisse à l’auditeur le temps de se chercher de nouveaux repères, de se trouver une place dans le son : au-dessus, en dessous, au fond, devant, au milieu ?... Telles sont les réflexions qui surgissent spontanément à l’écoute de cette trame mouvante de bruits continus. Car si les textures entendues ne font référence à aucun environnement spécifique, le sentiment d’espace est lui bien réel et l’illusion d’entrer dans un univers “autre” fonctionne à merveille. Le monde de sons dans lequel nous naviguons à l’aveugle n’est qu’un lointain écho de notre univers sonore connu. Parfois, un cliquetis métallique, un froissement ou un crissement viennent crever le voile et donner de la définition à ce sentiment de flou, mais la plupart du temps, l’auditeur ne fait qu’expérimenter ce que Lopez lui-même nomme une “belle confusion”. »
On ne ratera pas non plus le duo entre le saxophoniste Daunik Lazro et la voix de Phil Minton, ou encore la prestation probablement décapante d’Etages 34 et du chanteur/improvisateur vocal Benat Achiary. Une « belle confusion » : la poésie, dans tous les sons du terme.

Sonorités, au Centre Chorégraphique National de Montpellier, les 6, 7 et 8 octobre. Tél. 06 78 22 13 69 le site de Sonorités
Ritournelles, festival de poésie et d’art contemporain organisé par l’association Permanences de la littérature, à Bordeaux, du 14 au 22 octobre. Tél. 05 56 24 12 00


Publié le 2005-10-06

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
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Passage(s) : Centre Chorégraphique de Montpellier Montpellier 34000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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