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A l’exclusion du visible
Entretien avec Willi Dorner
Rencontre avec le chorégraphe autrichien Willi Dorner, dont le spectacle […] Ob: scena, pour quatre danseurs, film et bande, présenté en première française, a constitué l’un des temps forts du festival Musica.
Utilisant comme environnement sonore une pièce de Georges Aperghis, c’est dans le cadre du festival Musica qu’était présenté en première française […] Ob: scena, du chorégraphe autrichien Willi Dorner, pour quatre danseurs, film et bande. Crée en 2003 et présenté à l’Impulstanz festival de Vienne, […] Ob: scena est une pièce très pertinente articulée autour de la double compréhension de l’obscène, envisagé dans sa terminologie actuelle comme dans son acception étymologique, jouant ainsi sur le double plan d’une sexualité contemporaine exposée et de l’absence/présence sur scène. La chorégraphie, portée notamment par l’interprétation remarquablement puissante de la Néo-Zélandaise Anna MacRae, explore les phénomènes de perception liés au mouvement, confrontant à notre propre piège les charges signifiantes de différentes gestuelles. Quelques explications de l’auteur.
Comment est née l’idée d’[…] Ob: scena ?
« Je l’avais déjà en tête avant de rencontrer Martin Arnold [le réalisateur du film qui accompagne le spectacle, Ndlr.]. Après avoir commencé à travailler sur cette idée, j’ai vu à Vienne une exposition dans laquelle étaient présentées plusieurs variations autour de l’idée de faire disparaître les protagonistes des films. Il m’a paru évident alors que c’était ça dont j’avais besoin pour ma nouvelle pièce : ce fut en fait l’impulsion pour […] Ob: scena. J’ai contacté Martin Arnold quelques jours après, il a été emballé par le projet et a crée ce film spécialement pour la pièce. "Créer" signifie ici que nous avons choisi un film pornographique (Martin a toujours travaillé sur des supports déjà existants, il n’a jamais réalisé un seul film !), et en avons détouré les personnages, ce qui représente un travail très long, minutieux et difficile.
Pourquoi avoir choisi, pour la bande sonore, les Récitations d’Aperghis?
« Nous avons en fait réenregistré la pièce d’Aperghis avec la soprano Donatienne Michel-Dansac. Ce qui me plaît avec les Récitations, c’est qu’il y a toujours dans cet environnement sonore quelque chose qui nous échappe. On entend un chanteur, mais quelque chose manque : on ne possède jamais l’ensemble fini – exactement comme dans le film de Martin ou dans certains moments de la chorégraphie.
Dans votre pièce, on passe par différentes émotions, certains passages sont drôles, d’autres très durs, ou encore légers. Et pourtant, de bout en bout, la chorégraphie reste très lisible...
« Oui. Avant tout, lorsque je travaille sur un projet, je garde toujours en tête le fil conducteur de la pièce, ce qui signifie que le constituant du mouvement doit être subordonné à cette idée. Par exemple, dans le projet Three seconds (2002), une pièce à propos de l’expression : "La danse est un langage", j’ai tenté de comprendre la méthode de la linguistique structurale, et de l’appliquer à la danse. J’ai suis parti de l’hypothèse de la danse envisagée comme langage, et j’ai utilisé la méthode de linguistique pour examiner le "langage de la danse" : comme, pour les linguistes, le langage est à la fois sémantique et structure, la pièce oscillait ainsi entre codes de représentation et abstraction, parce que je voulais faire comprendre au public que la linguistique, en traitant du langage, ne considérait pas seulement le sens, mais aussi la structure, et que pour la linguistique la danse n’est pas un langage. J’ai essayé de montrer que l’on peut aborder quelque chose de différents points de vue – en l’occurrence, la danse. Le traitement du mouvement est complètement différent dans […] Ob: scena : sa danse est très simple, comme les sujets en sont le regard, l’obscénité, autour de la question : dans quelle mesure puis-je exclure quelque chose de visible? La danse est effectuée sur scène, mais jamais totalement visible : il nous faut donc l’imaginer. L’idée du "regard" est la pierre angulaire de la pièce, du début à la fin, et l’on peut en voir différentes variations : c’est l’obscénité du regard qui, pour moi, est importante.
Sur quoi travaillez vous en ce moment ?
« Il y a plusieurs choses, notamment au-delà de mon travail sur scène. Par exemple, cette exposition de photographies [présentée dans différentes institutions : le Theatre Museum à Vienne, le Springdance Festival aux Pays-Bas et Tanzarchiv à Cologne, Ndlr.] que j’ai réalisées sur les pieds des chorégraphes contemporains, et la relation de ceux-ci à leurs pieds : Mathilde Monnier, Jérôme Bel, Xavier Leroy, Wim Vandekeybus, Steve Paxton, Meg Stuart, entre autres. Il y a également le projet Hängende Gärten, qui, avec des artistes d’autres disciplines, envisage le rapport entre le corps, l’espace et l’architecture, et dans lequel nous investissons les appartements encore vides de constructions récentes.
Concernant la scène, mon prochain projet m’éloigne des travaux plus conceptuels que j’ai réalisé dans le passé : il traite de la violence et de l’énergie, et réenvisage le corps d’un point de vue politique. C’est un travail sur l’agression et la violence. Il n’y a plus de corps privé, nos corps deviennent politiques, par exemple dans leur aspect et leur traitement biopolitiques. »
Propos recueillis et traduits par Léa Lescure
Plus d’informations sur le site de la compagnie de Willi Dorner.
Publié le 2005-10-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : danse contemporaine,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Willi DORNER (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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