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Ferrari en son circuit


"Circuit Luc Ferrari" au Palais de Tokyo



En hommage au compositeur récemment disparu, Motus propose, le samedi 15 octobre, une journée de concerts, projections et tables rondes.


Le 22 août dernier, le compositeur Luc Ferrari décédait à Arezzo, près de Sienne, des suites d’une pneumonie. Il avait 76 ans. On aurait aimé qu’il fût encore là pour écrire ces lignes à notre place, lui qui n’avait cessé, sa vie durant, d’inventer de brefs textes autobiographiques pour se moquer du ton sentencieux et prétentieux de la plupart des commentaires sur la musique contemporaine. Car, on aura beau dire – par exemple que, entré au G.R.M. de Pierre Schaeffer en 1957, Luc Ferrari a été l’une des figures essentielles de la musique concrète en y introduisant (avec Hétérozygote, en 1963) les sons du réel, donnant naissance à la « musique anecdotique » ; que cet élève de Messiaen et Honegger, marqué par John Cage, fut par ailleurs l’auteur d’une œuvre instrumentale (pour orchestre – Histoire du plaisir et de la désolation, 1979-81 – et pour piano notamment) passionnante, dans laquelle, comme ailleurs, l’humour et la sensualité se mêlent voluptueusement ; qu’il était également passé maître dans l’art du Hörspiel et du théâtre musical (Et si tout entière maintenant, 1986) ; que cet in(c)lassable franc-tireur avait fondé en 1981 le studio de recherches La Muse en circuit, et collaboré récemment avec des musiciens venus de la scène improvisée ou électronique –, oui, on aura beau dire, Luc Ferrari était avant tout un poète. Un poète furieux contre la barbarie, le mercantilisme et le cynisme, curieux des gens, des mots et des choses, qui se disait amoureux de la « joie de vivre ». Un poète qui, à Jacqueline Caux, se définissait comme un « hétérogène », à l’image d’un peintre comme Gerhard Richter – « J’ai toujours eu le désir de glisser sur les frontières », ajoutait-il en 1997, dans son ultime autobiographie. Avec Luc Ferrari, la musique d’aujourd’hui perd une figure singulière – de ces créateurs, rares, pour lesquels l’art est avant tout un savoir-vivre.

Moins de deux mois après sa mort, l’ensemble Motus lui rend le plus bel hommage qui soit, en proposant, dans le cadre propice du Palais de Tokyo, un « Circuit » bien à l’image de Luc Ferrari: ludique et ouvert, polysémique et pluridisciplinaire. Le 15 octobre, de midi à minuit, celui-ci est avant tout l’occasion rêvée d’entendre les œuvres rares et précieuse de cet éternellement jeunes poètes : Hétérozygote (à 14h), cette pièce par laquelle Ferrari marqua sa rupture avec le « solfège » de Pierre Schaeffer, ou encore ce Hörspiel merveilleux qu’est Et si tout entière maintenant, tous deux interprétés sur l’acousmonium de Motus ; mais aussi les encore plus rares – et toujours saisissantes sur scène – 36 Enfilades pour piano et magnétophone (1985), cycle de courtes pièces où la mélancolie le dispute à l’humour, par le pianiste Michel Maurer (qui les a enregistrées pour L’Empreinte Digitale), ainsi que différentes pièces acoustiques proposées par l’ensemble Laborintus, qui prépare actuellement un disque monographique consacré au compositeur… Mais il y aura aussi des tables rondes et des projections, avec notamment le documentaire Presque rien avec Luc Ferrari, réalisé en 2005 par Jacqueline Caux, déjà auteure d’un remarquable livre d’entretiens éponymes. Un circuit à haute tension, à ne pas rater.

David Sanson

Circuit Luc Ferrari, le 15 octobre à Paris, Palais de Tokyo, à partir de midi. Programme complet sur le site de Motus.


Publié le 2005-10-06

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Luc FERRARI (compositeur), MOTUS (ensemble musical),
Passage(s) : Palais de Tokyo Paris ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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