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De la vie intérieure




Dans ses performances, sculptures et installations qui construisent autant d’habitacles de vie, l’Espagnol Javier Pérez démasque la beauté et son revers, questionne notre perception des formes autant que leur fragilité.


Biographie : Javier Pérez est né en 1968 à Bilbao. Il y a étudié aux Beaux-Arts avant de poursuivre sa formation à l’ENSBA de Paris. Son travail, qui aborde la sculpture, la performance, la vidéo et l’installation, est montré depuis les années 1990 en France et à l’étranger. Il a récemment exposé au Carré d’Art de Nîmes (2003) et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia à Madrid (2004), il a également représenté l’Espagne à la Biennale de Venise en 2001. Javier Pérez vit et travaille à Barcelone.

Depuis le milieu des années 1990(1), Javier Pérez a montré qu’il choisissait la voie du corps ; non pas celui de la performance, expressif ou souffrant, mais plutôt celui de la citation, sous la forme de sculptures-habitacles ou prothèses renvoyant à son absence, et pouvant être activées par une présence humaine.
Peut-être fallait-il, après les expressions du Body Art, considérer autrement le corps, sous une forme plus poétique et protectrice, et se défaire du corps-matière, malmené et violenté, au profit d’un corps-imaginé, protégé et apaisé. C’est cet aspect que retiendront dès la fin des années 1960 certaines artistes comme Rebecca Horn avec ses habits de plumes, ses robes éventails et ses gants-doigts, qui sont tout autant des protections que des extensions, et Lygia Clark avec ses masques et ses suaires conçus dans une visée thérapeutique. Il s’agissait alors de réapprendre à sentir et à appréhender avec son corps et celui des autres à travers le tangible et le tactile.
C’est dans cette perspective que se situent les premières réalisations de Javier Pérez, comme du reste celles de l’artiste américaine Ann Hamilton(2). Des objets-prothèses, inspirés de formes contraignantes (corsets, gants), enferment une partie de l’anatomie et entraînent ainsi une difficulté d’être en contact avec soi-même ou avec autrui. En 1993, dans Autoportrait, l’artiste se représentait portant des gants en caoutchouc dont chaque extrémité était soudée à celles de l’autre main, indiquant par cette attitude prisonnière une posture, une gestuelle singulière dont on retrouve la trace dans les Sacs à dos anatomiques (Homme et femme) (1994), bustiers en cuir à bretelles servant à porter l’autre dans un corps à corps impossible, proche d’un enfermement physique. De ces performances, souvent uniques, l’artiste a surtout cherché à conserver l’objet (un vêtement), devenu ensuite une sculpture à part entière. Peu d’images donc de ces situations, excepté quelques photographies de Javier Pérez portant son manteau-cocons (Hábito) ou revêtu de ses casques ou robes de crin (Rester à l’intérieur, Máscara ceremonial), et d’intervenants s’essayant à l’épreuve du corset ou à la parade en robe de cour.

1. Son travail a été montré pour la première fois en France en 1996 par la galerie Chantal Crousel à Paris lors d’une exposition-performance (Rester à l’intérieur), puis au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg en 1997 (Estancias).
2. Voir plus particulièrement certaines réalisations comme
Suitability/positioned (1984), costume hérissé de cure-dents, et Untitled (1993-94), col de chemise cousu de crin.



Valérie DA COSTA,
Publié le 2005-06-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait
Thème(s) : Espagne, installation, sculpture, performance, Corps, art visuel,
Mot(s) Important(s) : Espagne, hybride, corps, sculpture, performance,
Artiste(s) : Javier PÉREZ (plasticien), Valérie DA COSTA (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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