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Cérémonie du fantasme
Dans un diptyque conçu avec l’écrivain Dennis Cooper, Gisèle Vienne introduit sur scène des poupées articulées, lolitas artificielles, qui sont les témoins de la reconstitution d’un crime. Liant érotisme et mort, elle réalise dans l’écriture de scène le « passage à l’acte » du fantasme.
Biographie : Après des études de philosophie et une formation à l’Ecole supérieure nationale des arts de la marionnette, Gisèle Vienne fonde la compagnie D.A.C.M. avec Etienne Bideau-Rey. Ensemble, ils créent successivement Splendid’s (2000), Showroomdummies (2001), Stéréotypie (2003) et Tranen Veinzen (2004), qui interrogent la notion de représentation entre réalité et fantasme, ainsi que les liens intimes entre l’érotisme et la mort, et utilisent marionnettes, mannequins et poupées pour questionner le rapport du vivant à l’artificiel. En 2004, à la suite d’une rencontre aux Subsistances de Lyon, Gisèle Vienne commence à travailler avec l’écrivain américain Dennis Cooper pour la création de I Apologize. Cette collaboration se poursuit avec Une belle enfant blonde/A young, beautiful blonde girl, qui intègre la présence sur scène de Catherine Robbe-Grillet. Elaboré en résidence à Lyon, Grenoble et Annecy, ce diptyque est créé au prochain Festival d’Avignon.
« J’aime appréhender la scène comme un lieu de cérémonie, celui de nos fantasmes. Je prends très au sérieux la mise en scène du jeu, du fantasme érotique, car selon moi, elle a une valeur métaphorique très forte qui permet de dépeindre nos relations au monde, aux gens, aux autres corps. » On ne peut aborder le travail scénique de Gisèle Vienne sans évoquer le rapport que celui-ci entretient aux fantasmes. Des textes de Sacher-Masoch (Vénus à la fourrure) et de Georges Bataille (L’Erotisme) accompagnent depuis le début une réflexion qui lie le travail de l’imagination, de l’érotisme et de la mort. Les ambiguïtés entre réalité et fiction, l’incertaine séparation entre animé et inanimé fondent une quête qui se heurte à l’insaisis-sabilité du corps réel qui semble se retirer à notre approche, ne laissant subsister de lui que reflets et apparences. Son artificialité semble se cristalliser à mesure qu’il est désiré, touché, dévoilé.
Showroomdummies (2000) montrait comment une culture obsessionnelle du corps, modelée par les industries du paraître, engendrait l’alliance du mort et du vivant dans l’humain ; masques en latex de visages tordus, femmes en résine artificielle et transcription chorégraphique pour les interprètes des codes kinesthésiques de la convention « être-une-femme » annonçaient un devenir-mannequin à l’horizon. La comédie des images devient le moyen de se conformer, de s’ajuster, d’attraper par contagion ou « stéréotypie » des mécaniques fantasmatiques qui font fusionner les identités au sein d’un mouvement global d’industrialisation des libidos.
Dans I Apologize et Une belle enfant blonde, l’adolescence est désignée sous forme de poupées de personnages d’écolières pubères, une vingtaine dans la première pièce et une dizaine, encore plus « lolitas », dans la seconde. Le devenir-mannequin est ici contrebalancé par l’émergence d’une subjectivité enfantine qui se voit attribuer une capacité à fantasmer à travers des scénarios porteurs d’une sexualité violente, alors même que la société dénie toute sexualité à l’enfance.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2005-06-10
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : danse contemporaine,
Mot(s) Important(s) : érotisme, mort, danse contemporaine,
Artiste(s) : Gisèle VIENNE (chorégraphe), Dennis COOPER (écrivain), Mari-Mai CORBEL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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