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Quelques rues plus loin
Partout en Europe, les arts de la rue ont derrière eux une longue tradition, mais les saltimbanques d’hier revendiquent aujourd’hui une position de créateurs et multiplient les approches de l’espace public. Des esthétiques nouvelles contre « l’aseptisation des villes » ?
Les fêtes populaires, païennes ou religieuses, processions, carnavals, appartiennent à l’humus européen aussi sûrement que l’Histoire officielle des pouvoirs et des révolutions. Et même si les pouvoirs, religieux et politiques, ont largement instrumentalisé l’usage de la fête, celle-ci reste, en son tréfonds, un espace de transgression possible. En faisant irruption dans les années 1970, le théâtre de rue manifestait la vigueur d’une contre-culture joyeusement contestataire. « La rue est devenue un espace à prendre. Nous avons pris conscience que ce territoire nous offrait la possibilité de prendre la parole librement de manière collective et festive », se souvient ainsi Michel Crespin, fondateur de Lieux publics. En 1973, Jean Digne proclamait Aix-en-Provence « ville ouverte aux saltimbanques », montrant ainsi « comment la ville pouvait être le foyer de gens inclassables, incontrôlables, qui pouvaient créer, vivre une ville autrement et faire partager »(1). En Belgique flamande, la création du festival Zomer van Antwerpen, voici dix ans, répondait au souci de la municipalité anversoise de contrer l’extrême droite en donnant de la ville un visage convivial, où la culture contribuerait à brasser les populations. A Gand, là aussi voici dix ans, l’Internationaal Straat Theater Festival est venu se greffer aux traditionnelles Fêtes de Gand, mais le festival a son identité propre, et revendique une qualité artistique et professionnelle.
A partir des années 1980, les festivals ont poussé un peu partout en Europe. Pour Aurillac (cet été) et Chalon dans la Rue (l’an prochain), l’heure du vingtième anniversaire a sonné. Aux Pays-Bas, le festival Oerol (créé en 1982) accueille en juin 40 000 spectateurs environ sur l’île (en grande partie « réserve naturelle ») de Terschelling, au nord du pays. Le Royaume-Uni compte une vingtaine de festivals de street arts. Parmi les plus intéressants, le Stockton International Theatre Festival, dans une région (la Tees Valley) là aussi appréciée pour ses paysages naturels, annonce quelque 200 000 spectateurs chaque été. En Espagne, tandis que la Fira del teatre al carrer de Tàrrega, en Catalogne, demeure un rendez-vous important, le Festival Internacional de Teatro y Artes de Calle de Valladolid s’impose depuis peu comme un événement de qualité.
Certains pays d’Europe de l’Est ont une tradition déjà ancienne en matière d’arts de la rue, comme en Pologne, où des compagnies en marge des institutions officielles parvenaient à ruser avec les interdits. Le festival Malta, à Poznan, sans être exclusivement consacré aux arts de la rue, est aujourd’hui le lieu de rassemblement d’une nouvelle génération. En Roumanie, en revanche, seul le festival de Sibiu semble faire place à des créations cependant jugées « expérimentales ». « La rue, en Roumanie, est encore un espace symbolique qui reste à reconquérir après les années récentes de dictature », notent les auteurs d’une enquête sur les publics des arts de la rue menée au sein du réseau européen Eunetstar.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2005-06-10
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : enquête
Thème(s) : Europe, art de la rue,
Mot(s) Important(s) : arts de la rue, europe,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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