Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Théâtre en découverte
Mettre en scène, à Rennes
A l’initiative du TNB de Rennes, la nouvelle édition de Mettre en scène s’ouvre le 8 novembre avec un spectacle de Bruno Meyssat. Créations, rencontres et « impromptus » offrent un panorama hybride qui dépasse les oppositions réductrices.
La 9e édition du festival Mettre en scène, qui se déroule dans la région rennaise du 8 au 19 novembre, réunit à l’échelle internationale metteurs en scènes, chorégraphes, musiciens, philosophes… même principe donc, que les années précédentes ; et pourtant ce n’est que pour engager différences et innovations, tant en ce qui concerne les formes artistiques que leurs modalités de réception et de diffusion. A Rennes on pense le théâtre dans la force et la cohérence d’une démarche totale, et cela dans la logique du dialogue véritable et non de l’imposition de dichotomies réductrices telles qu’on les voit se multiplier dans les manifestations artistiques actuelles et dans les discours qui leur sont liés. Ainsi, par une transdisciplinarité des plus intégrales, on dépasse la vaine opposition texte-image, ou encore théorique-pratique, dans des projets originaux qui n’hésitent pas à mettre en relation ces « opposés » apparents.
Le festival s’ouvre sur une création de Bruno Meyssat réalisée d’après les enquêtes de Camille Flammarion, astronome renommé du début du XXème siècle, qui, avide d’inconnu et d’étrangeté, pense trouver des réponses en observant le ciel et se trouve finalement ramené vers le mystère le plus grand: celui de notre vie quotidienne. Et c’est bien cette démarche qui semble s’illustrer dans ce festival : chercher des voies nouvelles, inexplorées, mais pouvant procéder, par leur réunion et la conjonction de divers points de vue aux échelles infiniment variables, à l’exploration exhaustive de cet objet polymorphe et toujours insaisissable, inclassable, infini : nous-même. « L’homme est le résultat de l’addition d’un nombre infini de surfaces qui protège un nombre aussi infini d’autres surfaces, jusqu’à l’infinité minuscules des neurones contenant eux-mêmes des composants encore plus minuscules » (Nicolas Schöffer, cité dans la présentation de Collection particulière, création de l’italienne Maria Donata D’Urso).
Considérant l’ampleur de l’objet, il n’est pas étonnant que toutes les propositions qu’il réunit se différencient, elles, exploitant chacune un angle de vue spécifique mais conservant en commun cette volonté de questionner par des voies nouvelles et inattendues: propre de la découverte tant scientifique qu’artistique. Ainsi, en plus de démarches dont le degré d’innovation a déjà pu être évalué et n‘est plus à prouver, comme celle d’un Rodrigo Garcia en théâtre, d’un Découflé en danse ou d’un Romeo Castellucci, le festival propose divers « moments insolites » dont les « impromptus » donnent un parfait exemple, tout en rendant bien compte du projet commun grâce à la liberté qui est la leur et la part grande qu’ils font aux possibilités de la création improvisée, de la rencontre, réelle donc, parce que pas préparée et se déroulant entièrement au présent avec ce même danger, cette même précarité que peut avoir, dans la vie, l’amorce de toute relation interpersonnelle.
Et c’est bien cela qui peut se nouer ici entre la scène et ses spectateurs, débarrassés, pour un temps, des conditions et des normes de réception habituellement prônées dans les salles de spectacle où tout est prévu, organisé, convenu, entendu et sous-entendu. Face à l’inconnu de ces créations, le spectateur retrouve un statut actif, de participant réel, statut que, finalement, il n’a plus que bien rarement, tant dans la sphère artistique que dans celle politique où, encore plus qu’ailleurs, les messages et leur sens tendent à être imposés de façon uniforme. L’acte de mettre en scène, en cherchant à explorer de nouvelles modalités de diffuser ou de proposer du sens, devient-il le seul capable de lutter contre la passivité imposée au peuple, d’en ranimer la passion? En tout cas la question est posée par ces diverses pratiques et leur revers théorique que semble constituer l’intervention du philosophe Bernard Stiegler le samedi 12 novembre autour du thème « Le Théâtre, le peuple et la passion »: il y aura beaucoup à dire, beaucoup à voir, à entendre, à danser…
Camille Louis
Mettre en scène, à Rennes, Quimper et Lorient, du 8 au 19 novembre. Tél. 02 99 31 12 31 www.t-n-b.fr
Publié le 2005-11-03
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : brève
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : mise en scène, théâtre,
Artiste(s) : Bruno MEYSSAT (metteur en scène),
Passage(s) : Rennes 35000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :