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La grande braderie


Une politique culturelle au rabais



Les soldes d'hiver commencent-elles ? Avenir incertain pour Danse à Aix, licenciements et crise financière à Culture Commune, rejet municipal du festival NPAI à Parthenay, sont quelques-uns des signes inquiétants d'une raréfaction culturelle.


C’est en invoquant des « économies d’échelle » que Maryse Joissains, députée-maire d’Aix-en-Provence, justifie sa décision de cesser tout subventionnement du festival Danse à Aix, recommandant l’absorption de ce festival historique par le Ballet Preljocaj/Centre Chorégraphique National d’Aix-en-Provence. Devant l’émotion suscitée par l’éventuelle disparition du festival, elle a cru bon préciser dans une interview à Marseille-L’Hebdo : « Nous avons considéré que [le Ballet Preljocaj] était un excellent opérateur pour reprendre le festival Danse à Aix », ajoutant : « Nous n'arrêtons pas Danse à Aix, nous changeons d'opérateur. » Petit problème : la loi Sapin précise que les délégations de service public des personnes morales de droit public (ce qui est le cas pour Danse à Aix) « sont soumises par l'autorité délégante à une procédure de publicité permettant la présentation de plusieurs offres concurrentes, dans des conditions prévues par un décret en Conseil d'Etat. La collectivité publique dresse la liste des candidats admis à présenter une offre après examen de leurs garanties professionnelles et financières et de leur aptitude à assurer la continuité du service public et l'égalité des usagers devant le service public. » Dans sa précipitation, Madame Joissains a oublié ce « détail », et une procédure d’absorption de Danse à Aix par le Ballet Preljocaj serait, en l’état, tout à fait illégale. Madame Joissains précise pourtant, dans cette même interview à Marseille-L’Hebdo : « L'Etat a décidé de nous suivre. » Le ministère de la Culture aurait donc donné son aval à une procédure illégale ? Affaire à suivre. Dans l’immédiat, un conseil d’administration extraordinaire de l’association Danse à Aix est convoqué le 8 novembre prochain. La dissolution est à l’ordre du jour… mais les membres du conseil d’administration peuvent toujours s’y opposer…
Et puis, comme nous le disions dans une chronique précédente (« La diversité culturelle ne passe pas par Aix-en-Provence », voir ci-dessous), au-delà du seul festival Danse à Aix, d’autres structures de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pourraient être prochainement touchées par l’impératif des « économies d’échelle ». Marseille Objectif Danse convoque à ce sujet une conférence de presse, à Marseille, le 10 novembre. « Nous pensons, écrit Josette Pisani, directrice de Marseille-Objectif-Danse, qu’il est de notre responsabilité de faire front commun contre la précarisation ou l’éradication pure et simple de lieux plus que jamais indispensables à la création et à la circulation des œuvres, pour que la diversité artistique et culturelle, dont nous sommes tous le témoignage, soit un réel enjeu social et politique, un véritable enjeu de société. »
Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a pourtant annoncé qu’un soutien serait apporté en 2006 aux équipes artistiques indépendantes. S’il se réjouit de l’intention affichée, le SYNAVI (Syndicat National des Arts Vivants), déplore cependant la trop nette insuffisance des moyens envisagés pour la mettre en acte : « L’aide dévolue en priorité à un secteur de plus d’un millier de petites entreprises culturelles représente seulement un dixième des moyens supplémentaires accordés en 2006 à France Télévision. »
La précarisation des équipes artistiques et des lieux de création et de diffusion trouve un exemple édifiant à Culture Commune, scène nationale qui rayonne sur tout le bassin minier du Pas-de-Calais. Sur injonction du commissaire aux comptes de l’association, la directrice de Culture Commune a dû licencier neuf salariés de cette scène nationale pas comme les autres. « Le 13 octobre dernier, écrivent les « salariés en colère » de Culture Commune, s’est tenue une réunion avec l’ensemble de nos partenaires financiers afin d’envisager l’avenir de Culture Commune. Si la Région, le Département, deux des trois agglomérations sur lesquelles nous travaillons ont voté une subvention exceptionnelle afin de résorber une partie du déficit, l'Etat, non seulement ne fera pas un geste, même symbolique, mais n'envisage pas d'augmentation immédiate. […] Nous subissons indirectement les effets d'une décentralisation perverse : notre gouvernement transfère aux collectivités locales et territoriales des compétences qui lui étaient imparties, tout en se gardant bien d'accompagner ces nouvelles missions de tous les moyens financiers nécessaires. Il s'agit pourtant de missions de service public, pour lesquelles nous cotisons tous les jours. Or, plus que les autres, le territoire du Bassin Minier du Pas-de-Calais est aujourd'hui asphyxié et la plupart de nos élus se battent afin de maintenir à la population la plus jeune de France un niveau de vie qui relève de la simple décence. »

Autre cas d’école : à Parthenay, le très réjouissant festival NPAI, organisé par l’association Jazz en Gâtine, le maire de Parthenay, Xavier Argenton, ne voit pas l’utilité d’une telle manifestation artistique (comme s’il y avait pléthore à Parthenay !) à laquelle il reproche « de ne pas toucher le public local ». L’édition 2005 de ce festival a pourtant été une belle réussite, aussi bien artistique que médiatique, en termes de fréquentation comme d’équilibre financier. Nonobstant, le maire de Parthenay a décidé de réduire la subvention municipale de 46 000 à 15 000 euros pour 2006, et il est à craindre que les autres partenaires (DRAC notamment) s’alignent mécaniquement sur une telle position. Le conseil d’administration de Jazz en Gâtine estime que, dans ces conditions, il devient impossible de continuer leur activité à Parthenay.

C’est dans ce contexte, particulièrement inquiétant, de raréfaction culturelle, que doivent s’ouvrir les négociations sur le régime d’assurance-chômage, qui touchent la question, toujours irrésolue, des intermittents.
« Avec la date butoir de fin 2006, une autre négociation s’ouvrira, portant sur la redéfinition des rapports entre salariés et employeurs du champ du spectacle, l’objectif étant la couverture de l’ensemble du secteur par un nombre restreint de conventions collectives. Dans les deux cas, les rapports de force en présence laissent présager des ajustements allant vers un durcissement des règles d’accès et de fonctionnement de ce milieu professionnel, et plus particulièrement de son régime d’emploi intermittent », écrit Philippe Henry, maître de conférences en études théâtrales à l’Université Paris 8 – Saint-Denis, auteur d’un texte qui reprend certaines des conclusions de la Coordination des Intermittents et Précaires après la lecture du Rapport Guillot. Cette coordination appelle à un rassemblement-action devant le siège du Medef (55 avenue Bosquet, M° Ecole Militaire), le mardi 8 novembre à 14 h : « Le gouvernement évoque l’"incitation au travail" pour refuser que soit assuré le droit à une continuité de revenu et éviter de payer le prix d’une production flexible que l’Unédic finance actuellement en partie (et si chichement...), dans la culture comme ailleurs : on dénombre, par exemple, 720 000 chômeurs employés en "activité à temps réduit" (mal) indemnisés, comme des centaines de milliers d’intérimaires et de saisonniers, par cette institution. Lorsqu’on nous dit que l’Unédic doit "cesser de financer la culture", faut-il en déduire que cette institution ne doit plus financer la production de logements et d’infrastructures par l’entremise du versement d’allocations à des salariés du BTP ? Faut-il que les salariés à l’emploi discontinu se voient privés de droit, à l’instar de la situation inacceptable faite aux chômeurs dont moins de la moitié perçoivent actuellement une allocation ? »

Jean-Marc Adolphe




Pour suivre actualités et réactions en ligne sur le festival Danse à Aix : www.ladanse.com
Site Internet du Syndicat National des Arts Vivants : www.synavi.info
Site Internet du festival NPAI à Parthenay : www.festival-npai.com
L’analyse du rapport Guillot ainsi que le rapport de la recherche menée conjointement par la coordination nationale des intermittents et précaires et le laboratoire Matisse Isys sont disponibles sur le site www.cip-idf.org


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2005-11-03

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito
Thème(s) : politique, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : politique culturelle, politique, subvention,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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