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portrait
Un Tribun familier
Un magnifique Tribun, de Mauricio Kagel, à Nancy
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 26/05/2009 // 4990 signes
Au Théâtre de la Manufacture de Nancy, l’Opéra de Lorraine présentait début mai le rare Tribun, pièce de théâtre musical composée en 1977 par Mauricio Kagel. A travers la figure d’un dictateur répétant son discours (campé par un extraordinaire Dominique Pinon), le compositeur germano-argentin y démonte la mécanique totalitaire avec un brio tragi-comique qui éblouit… et glace le sang. |
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A qui pense Mauricio Kagel lorsqu’il compose Le Tribun en 1977 ? Aux militaires de la junte qui a violemment pris le pouvoir dans son Argentine natale ? Sans doute. A ces grands orateurs qu’ont été les trop nombreux dictateurs fascistes du XXe siècle ? Probable-ment. Mais son propos a sans nul doute une portée bien plus large et la pièce prend, dans no-tre monde de domination des médias, d’« images-chocs » et de formules toutes faites, des ré-sonances terrifiantes. Résonances que Charles Tordjman, qui mettait en scène l’ouvrage au Théâtre de la Manufacture de Nancy dans le cadre de la programmation de l’Opéra de Lor-raine, pointe du doigt sans toutefois y réduire le propos. Ecrit comme la répétition d’un discours, l’½uvre nous présente le politique dans la nudité, seul devant un miroir, seul devant une foule asservie (et préenregistrée) qu’il commande d’ordres secs, « Hop ! », « Stop ! » Le texte (ici présenté dans une nouvelle traduction) a quelque chose d’obsessionnel. Incantatoire, le tribun tourne autour des mots, s’amuse des détours de la langue, jongle avec les formules toutes faites et les idées consa-crées d’un populisme sanglant, sans souci aucun des contradictions. Au bout de quelques mi-nutes de tâtonnements et d’échauffements, le texte se détache soudain de la réalité des mots : ce n’est plus simplement la répétition d’un discours, c’est la répétition de l’Histoire (avec un grand H), la répétition des mêmes erreurs, des mêmes dominations, des mêmes massacres. Dit par c½ur (et non lu comme c’est le cas la plupart du temps) par un extraordinaire Domi-nique Pinon – qui semble avoir étudié de manière extensive les manières et les tics des plus grands tribuns –, cet enchaînement absurde d’idées grossières et d’incohérences prend dans la performance un aspect à la fois fou et d’autant plus menaçant qu’il n’est pas si loin de nos réalités.
Jérémie SZPIRGLAS |
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Le site de l’Opéra national de Lorraine
Le site du Théâtre de la Manufacture
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ENTRETIEN « Vive l’improvisation dans la pensée ! »
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 23/09/2008 // 29646 signes
Le compositeur argentin Mauricio Kagel est mort le 18 septembre dernier, à 76 ans, des suites d’une longue maladie. Avec lui disparaît, moins d’un an après Stockhausen, l’un des grands francs-tireurs de la musique du XXe siècle. A l’été 2007, il nous avait accordé chez lui, à Cologne, un entretien en partie publié dans le numéro 45 de Mouvement. Nous en redonnons ici la version intégrale.
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PORTRAIT La libre ambiguïté
Mauricio KAGEL
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 24/09/2007 // 17630 signes
A 76 ans, Mauricio Kagel continue de poursuivre un chemin à l’écart des modes, des us et coutumes de la musique contemporaine occidentale, toujours avec le sourire et la même détermination. Son ½uvre brillante s’apparente à un labyrinthe borgésien qui encourage à s’aventurer sur les sentiers étrangement mélancoliques de la mémoire, et de l’habitude.
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