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Festivités funéraires
Retour sur la dernière édition de l'Electrobolochoc

source : Les éditions du mouvement // date de publication : 28/05/2009 // 11390 signes

Philosophes, chercheurs, musiciens et artistes en tout genre étaient réunis pendant 10 jours au château de Paray-le-Frésil pour la cinquième et ultime édition d’Electrobolochoc, autour, cette année, du thème de la sépulture. Compte rendu d’une journée passée en leur compagnie...
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A l’heure où les enseignants chercheurs se rebellent contre les propos stigmatisants d’un président de la république, mettant en doute l’existence même du temps de la recherche, Electrobolochoc est une aventure qui milite pour la création d’espaces où la pensée, la recherche, l’intelligence, peuvent se déployer sans le couperet de l’utilité ou de la visibilité de l’objet produit. Qu’est -ce que la création artistique ? Le plus souvent c’est le spectacle, l’objet fini, visible, exposable, montrable. Sans la chose montrée, il n’y a pas d’action. La biographie passionnée que Bruno Tackels vient de consacrer à Walter Benjamin révèle, entre autres choses, la difficile existence de la pensée qui n’est rémunérée qu’à travers l’objet vendable, publiable alors même que le temps nécessaire pour aboutir à cet objet, temps souterrain, non mesurable reste ignoré donc non pris en charge économiquement. L’allusion à Walter Benjamin n’est pas fortuite tant son esprit « pense-à-tout » semble être l’un des moteurs de Electrobolochoc.

Recherche et « être ensemble »
Qu’est ce donc qu’Electrobolochoc ? Il y a quelques années, deux universitaires, Paul Victor Duquaire et Alessio Moretti, ont eu l’intuition qu’hors de l’institution le « statut » de chercheur n’existait pas et que dans l’institution il s’inscrivait dans des étiquettes et des champs dûment balisés. Ils définissent alors et mettent en œuvre Electrobolochoc, un atelier de recherches pluridisciplinaires où sont rassemblés des artistes et des penseurs qui pendant dix journées à temps plein (donc à temps libre) peuvent s’exercer à leur art sans contrainte ni limite. La communauté aléatoire ainsi formée s’enferme dans un château, lieu clos où il faudra aussi trouver un modus vivendi. Dans cette expérience, une autre vérité est inscrite de fait : l’étroite connivence entre l’art et l’être ensemble qui évoque un autre grand intellectuel, Maurice Blanchot pour qui l’art (pour lui la littérature) est « le rapport d’adresse par lequel il y a seulement un moi et un toi, un un et un autre et par lequel seulement il peut y avoir une solitude et un dehors de la solitude, une expression, ou pour reprendre le mot de Bataille une extase ». Dans sa conception et son fonctionnement même, Electrobolochoc est une vaste performance en temps réel qui réunit une cinquantaine de personnes pour vivre ensemble au quotidien pendant dix jours et se frotter, se confronter, s’affronter, et manifestement se laisser ou non tenter par l’autre.
Pour cette cinquième édition et la dernière du moins sous cette forme, Electrobolochoc s’est déroulé du 1er au 10 mai au Château de Paray-le-Frésil près de Moulins, dans l’Allier, appartenant à la famille de Tracy et où, si l’on en croit les mémoires, fut inventé le terme « idéologie ». Demeure hantée donc et qui donne d’autant plus de poids à la curieuse collusion qui s’est produite pendant dix jours entre le passé sédimenté sous les portraits d’ancêtres muséifiés et le présent, voire la prospective de la pensée à l’œuvre.

Angelina BERFORINI
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