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COMPTE RENDU
L'art et la technique
9 Evenings: Art, Theatre and Engineering, à l'IAC de Villeurbanne

date de publication : 31/03/2009 // 3945 signes

Neuf nuits, dix artistes, trente ingénieurs, tous les possibles... L'Institut d'art contemporain de Villeurbanne fait revivre la fièvre de l'avant-garde new-yorkaise des années 1960, en exposant en exposant une série de films documentant les performances qui unirent art et ingénierie au 69th Regiment Armory lors de neuf soirées mémorables.

Unir l'art et les sciences était déjà le projet de nombreux artistes de la Renaissance, Léonard de Vinci, artiste-ingénieur, en tête. Réconcilier l'exploration du visible et celle du sensible, élaborer des artefacts, ajouter au réel à partir de l'étant donné... : art et science souvent se sont rejoints comme modes de connaissance du monde.

Du 13 au 23 octobre 1966, dans l'immense halle du 69th Regiment Armory de New York, trente techniciens de Bell Telephone Laboratories mirent à contribution leurs compétences techniques pour offrir la possibilité à des artistes, compositeurs et chorégraphes de créer des performances uniques, réunissant par milliers des spectateurs ébahis. L'initiative de cette série d'événements fut celle de Billy Klüver, ingénieur proche des milieux d'avant-garde new-yorkais et superviseur technique, notamment, de l'Hommage à New York de Jean Tinguely. Collaborateur de Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Andy Warhol (il conçut notamment les Silver Clouds présentés chez Leo Castelli en 1965) ou John Cage, Billy Klüver fondera, à l'issue de 9 Evenings, l'organisation Experiments in Art and Technology (E.A.T.), avec Rauschenberg, Robert Whitman et l'ingénieur Fred Waldhauer, qui, aujourd'hui encore, soutient des projets liant artistes et ingénieurs.

Les statuts de l'E.A.T. définissent parfaitement le projet de 9 Evenings : « La collaboration entre l'artiste et l'ingénieur, sous l'égide du milieu industriel, est la manifestation contemporaine d'un processus révolutionnaire. Les artistes et les ingénieurs deviennent conscients de leur rôle critique pouvant mener à des transformations de l'environnement humain et des forces décisives formant notre société. »

La dimension utopique d'une telle démarche est ainsi essentielle. Quant au résultat, dont les captations ont été récemment restaurées et remontées grâce au soutien de Robert Rauschenberg, il est dans la plupart des œuvres fascinant à la fois par la simplicité et la portée de leur concept. Ainsi Two Holes in Water 3, de Robert Whitman, brouille la frontière entre art visuel et représentation théâtrale en mêlant objets réels et projections : le profil ingresque d'une femme se dédouble, les sons se désynchronisent, l'illusion est totale. Deborah Hay, qui n'a alors que vingt-cinq ans, décompose dans Solo la grammaire de la danse et dirige les danseurs en live, tandis que Rauschenberg donne avec Open Score une dimension mythique à une partie de tennis en amplifiant le son des balles frappées.

L'aspect bricolé, très visible, frappe dans nombre de pièces. Variations VII, de John Cage, est une performance qui s'inscrit dans le cadre des Theater Pieces du compositeur : l'installation sonore monumentale, d'où émergent des dizaines de câbles et sur laquelle s'affaire un groupe de techniciens sérieux comme dans une salle de contrôle de la NASA, laisse entendre les sons environnant l'Armory, amplifiés et diffusés à l'intérieur du bâtiment. L'œuvre fait écho à l'installation sonore Top of the Syrian Reactor Before Concrete Poured, de Michael Sailstorfer, présentée à l'IAC il y a quelques mois dans l'exposition Fabricateurs d'espaces. Ainsi est démontré comment, sur quatre décennies, perdure chez certains artistes le souci d'allier immatérialité de l'œuvre, réflexion sur l'espace et rendu des sensations, en exposant ostensiblement leurs aspects techniques. La complexité poétique qui émane des diagrammes des ingénieurs ayant participé à 9 Evenings démontre la réalité tangible de la beauté technique.

9 Evenings : Art, Theatre and Engineering (John Cage, Lucinda Childs, Oyvind Fahlström, Alex Hay, Deborah Hay, Steve Paxton, Yvonne Rainer, Robert Rauschenberg, David Tudor, Robert Whitman), à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, du 27 mars au 12 avril 2009. En collaboration avec le Centre Pompidou. Prolongation jusqu'au 17 mai

Crédits photos : Robert Rauschenberg, Open Score, 14 et 23 octobre 1966. Photo : Blaise Adilon.

Magali Lesauvage
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Site de l'IAC de Villeurbanne
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