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COMPTE RENDU
Jeux de formes
La Planète des signes au Frac Ile-de-France
date de publication : 03/11/2009 // 4145 signes
Sous le titre d’« Erudition concrète », le commissaire indépendant Guillaume Désanges lance au Plateau/Frac Ile-de-France un cycle consacré aux rapports entre savoirs et art. Première étape avec La Planète des signes, qui mêle inspirations mystiques, politiques et scientifiques.
Onze paires de mains et presque autant de regards inquiets ou attentifs. Leurs petits doigts se touchent. Sur la photo noir et blanc, les yeux de la maîtresse de cérémonie, ruban noir sur le front, semblent révulsés. Séance de spiritisme du XIXe siècle ? Pas tout à fait. Au centre de la table, la boule de cristal a des airs d’œuvre de Dan Flavin. Signée Guillaume Désanges / Work Method, l’image fait la Une du journal de l’exposition La Planète des signes, présentée jusqu’au 15 novembre au Plateau, à Paris. Inspirée du Docteur Mabuse de Fritz Lang, elle illustre le propos de l’exposition : poser la question de l’érudition dans l’art.
Laboratoire d’expériences Qu'elles soient hommage ou opposition, la référence et la réinterprétation sont en effet un des principes de l'art. Mais un artiste peut-il (et doit-il) transmettre un savoir ? N'est-il pas fondamentalement un menteur, un inventeur d'univers ? La Planète des signes ne prétend pas répondre à ces questions, mais présente des œuvres qui permettent d’y réfléchir. Première de trois expositions regroupées sous le titre d’Erudition concrète, elle est une manière de percevoir comment l’art se réapproprie concepts et connaissances ou invente ses propres systèmes de savoir. Avec 19 artistes ou groupes (sans compter une installation sonore de Dominique Petitgand du 6 au 8 novembre et les interventions d’Evariste Richer et Julien Prévieux dans les vitrines de l’Antenne), la sensation de se perdre n’est jamais très loin. Qu’importe, l’impression de pénétrer dans un laboratoire d’expériences n’en est que plus forte.
Pour aborder ce vaste champ de bataille, Guillaume Désanges a choisi trois angles d’attaque : les sphères mystique, cognitive et politique. Toutes se mélangent car aucune œuvre n'est strictement catégorisable. Forêt de signes, linguistiques, mathématiques, picturaux ; plus ou moins mystiques, plus ou moins savants, toujours porteurs d'un savoir concret, La Planète des signes montre la multiplicité des interactions. Ainsi, les formes géométriques jalonnent autant l’action politique d’Act Up ou du mouvement chilien CADA que le travail conceptuel de Malévitch ou Ivan Klioune. La démarche scientifique inspire l’Argentine Irene Kopelman, tandis que Suzanne Treiter crée de savoureuses copies de dessins mystiques à partir de Unes de journaux.
L’empire des signes Comme le rappelle Le Journal de l’exposition, le signe est partout. Il « peut être naturel (comme le reflet dans un miroir désigne ce qu’il reflète) ou de convention (comme un mot, pour un groupe d’hommes, peut signifier une idée) » (p. 12). Que faire une fois la science établie ? Une fois le signe attribué à l’idée ? Brouiller les pistes. La galaxie en plastique de Jean-Luc Moulène (Mondex, Paris mars 2006) crée ainsi un décalage entre la connotation savante et la matérialité du quotidien. Les liens entre signe et savoir sont brouillés. Aucune volonté ici d’imposer des connaissances. Le doute plane. Que faire sinon rire du sérieux de la fausse conférence sur le Rombicuboctaèdre, images à l’appui, imaginée par Raphaël Zarka ?
Si la science est soumise au détournement artistique, La Planète des signes nous rappelle aussi que l’art s’en inspire souvent. Car les formes, des plus élémentaires aux plus complexes, sont dans la nature, comme le montre l’ensemble de minéraux prêté par le muséum national d’histoire naturelle. Pour preuves de cette influence, les champignons de Cy Twombly, formes géologiques de Irene Kopelman, compositions de Mike Kelley… Plutôt que l’expertise, c’est la curiosité qui prime. Un art donc, à prendre au sérieux... ou pas.
>La Planète des signes, jusqu’au 15 novembre au Plateau, Frac Ile-de-France.
Crédits photos : Une : Suzanne Treister, ALCHEMY / The New York Times, Monday 5 March 2007, 2007. Courtesy : Annely Juda Fine Art, Londres. Article : Lotty Rosenfeld, Una milla de cruces sobre el pavimento, 1979. Photo : Martin Argyroglo.
Pascaline Vallée |
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