COMPTE RENDU Pour une collection « multiverselle » Rooms, Conversations au Plateau, Frac Ile-de-France
date de publication : 08/02/2008 // 4527 signes
Avec Rooms, Conversations, Le Plateau propose jusqu’au 17 février une exposition centrée sur l’idée de démultiplication de la collection qui entend réactiver la perception des acquisitions passées, en les confrontant à des dispositifs modulaires inédits.
L'élaboration d'une collection est une réflexion permanente qui se réinvente à mesure que les regards mûrissent ; l'œuvre se doit d'être envisagée à travers le prisme des environnements qu'elle habite : telle est la démonstration proposée par le FRAC Ile-de-France au travers de Rooms, Conversations. Les commissariats conjoints de Xavier Franceschi et de Didier Trénet entendent, au travers de structures et processus modulables, démultiplier la collection par un cheminement relevant de la « Théorie du Tout », envisageant cet ensemble d’œuvres comme un « Multivers » en invitant des artistes à réaliser des dispositifs de monstration.
Il n'est pas étonnant de voir l'exposition s'ouvrir sous le regard lascif d'une Nathalie Portman malmenée par Richard Prince. C'est après avoir extrait, puis imprimé une image Internet de l'actrice, que ce dernier doubla l'autographe de sa propre signature : première présence du trouble quant à l'autorité de l'artiste − et de trouble il est ici question, quand bien même il ne constitue pas l'objet de Rooms, Conversations mais plutôt son mode opératoire. En témoigne l'ensemble sélectionné par Didier Trénet, configuré et enveloppé de son module métallique Extra Muros (réalisé à l’occasion de Sept/7). Les six châssis articulés offrent la possibilité de combinaisons multiples et d'un fort pouvoir d'adaptation dont le commissaire peut se prétendre « l’auteur ». Ledit module présente ici un ensemble d’œuvres d’une grande variété de genre, forme, âge ou même origine : une console réalisée par Diego Giacometti, les Muppets de Loïc Raguénès (dans un somptueux et « solennel » déjeuner sur l'herbe), ou une toile recto verso d'un Manuel Ocampo bourreau du quotidien à son habitude. Au même titre que le dispositif mis en place, la sélection démontre par sa pertinence cette problématique du fragmentaire, de la figure qui se réinvente sous le joug d'un environnement qui n'a rien de passif.
Le Projet 4 Brane de Laurent et Pascal Grasso, encadrant la vidéo Rooms, Conversations, réalisée par Dora García, poursuit donc cette mise à l'épreuve par la porosité de la frontière. Le film offre au regardeur une scène présentant une femme et un homme, une indicatrice face à son supérieur, dissertant sur l'environnement dans lequel ils vivent et la relation qui les unit. Alors que la première évoque un ensemble de faits en apparence anodins, le second les analyse procédant par questions et raccourcis forcenés lors d'un interrogatoire oppressant. L'installation, faite de tôles noires micro perforées engoncées dans une double paroi de verre, impose une perception mouvante entre extérieur et intérieur. Le regardeur peine de fait à fixer son regard, opérant par aller-retour entre son propre reflet, et la vidéo présentée. Ce dynamisme, produit par l'incertitude, questionne encore le jeu de frontières mis en œuvre par porosité, la paroi agissant comme une membrane se faisant intermédiaire de deux dimensions spatiales et temporelles (« brane » selon la « Théorie des cordes »).
Le troisième des modules présents n'est autre que le Kiosque électronique de Cocktail designers (Olivier Vadrot), véritable kiosque à musiques (actuelles) mobile, qui agit comme passerelle entre les concerts qu'il abrite et l'environnement qui les berce (à écouter au casque, selon l'idée originale du collectif Burö, créateur du concept du «Placard »). A noter qu'il offre dans le cadre de Rooms, Conversations de nombreuses interventions de musiciens, chaque samedi, de Cradle of Smurf à Stéphane Fransioli, en passant par Sébastien Roux et Pierre-Yves Macé. Le regardeur achèvera sa visite par l'Espace expérimental, au travers de la Vidéothèque mobile, laquelle présente sur un champ lexical militaire pas moins de 54 créations vidéo réalisées au cours des résidences organisées par la Ville de Paris à l'Espace EDF Electra (écho à l'exposition Residents).
Rooms, Conversations est une proposition qui agit comme une démarche scientifique, celle que souhaitait Einstein en conflit avec les quantitiens, une « théorie du Tout » qui unirait le macrocosme (ici la collection) au subatomique (l'œuvre). Cette exposition se propose d'être la membrane qui relie le Tout à la partie, offrant une démultiplication des univers et des possibles, porte ouverte sur l’ensemble des strates, invitation à considérer un art en constante réinvention.
>Rooms, Conversations, du 13 décembre 2007 au 17 février 2008, Le Plateau, FRAC Ile-de-France, Paris. www.fracidf-leplateau.com