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COMPTE RENDU
Art et littéralité à la Biennale de Lyon
Dixième édition de la Biennale de Lyon
date de publication : 14/10/2009 // 5750 signes
Dans un contexte de crise où la vie humaine est rapportée à ses aspects matériels et sociaux, la Xe Biennale de Lyon célèbre le « spectacle du quotidien », plaquant un discours gorgé de bons sentiments sur des œuvres qui décollent peu du réel. Rendez-vous 09, exposition de jeunes artistes internationaux , échappe quant à elle aux discours moralisateurs pour se concentrer sur les œuvres.
Dans un contexte de crise où la vie humaine est rapportée à ses aspects matériels et sociaux, la Xe Biennale de Lyon célèbre le « spectacle du quotidien », plaquant un discours gorgé de bons sentiments sur des œuvres qui décollent peu du réel. Rendez-vous 09, exposition de jeunes artistes internationaux à l'IAC de Villeurbanne, échappe quant à elle aux discours moralisateurs pour se concentrer sur les œuvres.
En 2007, Hans Ulrich Obrist et Stéphanie Moisdon avaient conçu la Biennale de Lyon comme un jeu, invitant 50 commissaires à définir l'art de leur temps. A défaut de faire des choix, ils laissaient ouverte à l'exégèse cette « histoire d'une décennie qui n'est pas encore nommée ». Le spectateur s'y perd. À l'opposé de cette vision plurielle de l'art, Hou Hanru, auteur de multiples biennales dans le monde entier (notamment Istanbul en 2007), réduit la manifestation à un discours univoque sur des œuvres assignées à décrire le réel, pudiquement nommé « quotidien ».
Pourtant, le propos tenu est ambivalent. Critiquant la « société du spectacle », Hou Hanru appelle à s'émerveiller devant le « spectacle du quotidien », mettant en avant une contradiction flagrante. Les artistes auraient ainsi la faculté quasi divine de métamorphoser le réel, par définition banal et sordide, grâce à leur « inventivité » et leur « imagination ». Cet excès de naïveté jalonne les parcours de la Sucrière et du musée d'art contemporain de Lyon, où les œuvres sont classées par sous-thèmes tels que « La magie des choses ou la réinvention du quotidien », « Un autre monde est possible » ou « Vivons ensemble », aux accents de programme politique démagogique.
Empêchant ainsi les œuvres de s'exprimer par elles-mêmes, le thème général plombe cette Biennale. Les propositions trop littérales sont nombreuses. Ainsi l'épicerie chinoise reconstituée par Michael Lin (What a Difference a Day Made, 2008) se limite au constat. L'installation Skyline (2007) de Mounir Fatmi, reconstituant un horizon urbain grâce à des cassettes VHS dévidées de leurs bandes, pèche par sa grandiloquence, tandis que la série de vidéos What is democracy? (2007-2009) d'Oliver Ressler serait plutôt de l'ordre du documentaire. Les ossements en porcelaine chinoise de Yang Jiechang, à emporter contre une participation à une œuvre caritative (Underground Flowers, 1989-2009), ou les fleurs à offrir à un inconnu de Lee Mingwei (The Moving Garden, 2009), témoignent d'une naïveté confondante.
Quelques œuvres parviennent à se détacher de ce monotone constat du monde, grâce notamment à une stratégie de décalage par rapport au réel, et de mise à distance d'un discours pseudo-politique. Bien que datés, les Chair Events (1960-1972) de George Brecht, qui ponctuent les espaces de la Biennale, apportent un vent de fraîcheur : ces assemblages incongrus (une chaise et une feuille d'arbre, une chaise et une pierre...) entretiennent une relation poétique au monde, non pas sur le mode de la démonstration mais sur celui de l'ouverture aux éventualités. Ian Kiaer propose avec son Endless House Project (2008) des « modèles d'observation » à partir de l'expérience de convalescents : une bulle en plastique, des maquettes en carton, une projection de lumière au mur procèdent d'un retrait par rapport au réel, par le biais de sa modélisation.
La vidéo, très présente dans cette Biennale, fait souvent la part belle à l'aspect documentaire. Si le statique et silencieux Portrait de groupe des contrôleurs de la SNCF (2008) de Robert Milin, et le plan fixe sur un trottoir occupé par un SDF (Cold Morning, 2009) de Mark Lewis, adhèrent effectivement au réel, ils épargnent au spectateur, par leur économie de moyens, toute tentative de discours plaqué sur des images.
A l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, point de discours ni de thématiques empesées qui tenteraient de vains appariements entre des esthétiques étrangères les unes aux autres. Le choix des œuvres est ici collégial : dans les espaces labyrinthiques de l'IAC sont déployées les œuvres de vingt artistes, « proposées » par dix personnalités de l'art internationales (comme Bige Örer, directeur de la Biennale d'Istanbul, ou l'artiste camerounais Barthélémy Toguo), et choisies par quatre commissaires (Isabelle Bertolotti et Thierry Raspail du MAC, Yves Robert, directeur de l'école des beaux-arts de Lyon, et Nathalie Ergino, directrice de l'IAC).
Parmi celles-ci, plusieurs prennent le lieu comme référent. Le duo d'artistes italiens Botto e Bruno plaque sur la façade de l'Institut la reproduction d'un paysage urbain désolé, La Ville ouverte (2009), qui prolonge l'espace réel tout en procurant une sorte de seconde peau au bâtiment. Ludovic Paquelier se fait historien des lieux en convoquant le souvenir des expositions précédentes dans sa grande fresque, Poltergeist (2009), et Verónica Gómez nous convie dans l'intimité de la chambre d'une jeune fille, nous projetant brusquement dans un ailleurs borgésien (The Impossible Appointment, 2009). The Shortcut to the Systematic Life: City Spirit (2005), série de vidéos humoristiques où l'on voit Kuang-Yu Tsui sautant par-dessus des scooters ou descendant en rappel un tas d'ordures, célèbre ce que l'artiste nomme « le triomphe de la vie contemporaine », réjouissant clin d'œil à un « spectacle du quotidien » ici sublimé.
Xe Biennale de Lyon. Le Spectacle du quotidien, dans divers lieux de Lyon, jusqu'au 3 janvier 2010.
Rendez-vous 09, à l'Institut d'Art contemporain de Villeurbanne, jusqu'au 29 novembre 2009.
Légendes des images : . Mark Lewis, Cold Morning, 2009. Courtesy de l'artiste et de la galerie Monte Clark, Vancouver, Clark & Faria, galerie serge le borgne, Paris. Photo : Blaise Adilon . Ludovic Paquelier, Poltergeist, 2009. Photo de l'auteur.
Magali Lesauvage |
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