PORTRAIT Elevage de poussière Le label Staubgold fête ses dix ans STAUBGOLD
date de publication : 27/03/2008 // 4259 signes
En adoptant « Music Out Of Place » comme devise pour son label peu de temps après sa création, l’Allemand Markus Detmer n’avait que trop conscience de la pluralité des sentiers musicaux déjà foulés par Staubgold, des musiques expérimentales au post-rock. Staubgold fête aujourd’hui ses dix ans d’existence, avec notamment une soirée à la Bellevilloise le 5 avril.
S’il y a une cohérence artistique chez Staubgold, c’est dans ses choix éclectiques qu’il faut la chercher ou plutôt dans les goûts, les idées et les envies de son patron, le musicien et journaliste Markus Detmer. Ces dernières années, Detmer a initié des projets aussi variés qu’une compilation de musiques pour enfants (Childish Music), une collection de morceaux réalisés avec des « Buddha machines » (Buddha Jukebox), ou encore le récent Dinner Music For Clubbers, qui convie le DJ techno Peter Grummich à piocher dans le vaste catalogue du label pour construire un mix apéritif non dansant. Si ces trois compilations sont autant de points d’entrée décalés dans l’univers musical complexe du label, les débuts de cette sérieuse maison ont été un peu plus introspectifs. Staubgold voit le jour à Cologne en 1998 sous l’influence de l’institution locale a-musik et de ses quelques labels satellites ; les premières sorties surfent ainsi sur la vague ambient expérimentale de cette fin des années 90. Klangwart, le projet de Detmer et de son ami Timo Reuber n’échappe pas à cette esthétique. Le duo a sorti deux albums à la fin des années 90 tandis qu’en solo Reuber est un des plus vieux pensionnaires de Staubgold où il a déjà produit quatre disques de constructions lo-fi souvent rythmiques conciliant accroches pop et expérimentations. Cette dichotomie pop/expérimentale est d’ailleurs un angle de lecture pertinent lorsqu’il s’agit d’envisager le cheminement du label et de citer quelques uns des nombreux projets publiés par Staubgold. Une pop ou plutôt un post-rock électroniquement lissé – Mapstation (photo), To Rococo Rot –, flirtant avec la rigueur de l’électronique et les silences de la musique expérimentale (Dean Roberts, Autistic Daughters) ou bien renouant vicieusement avec le format et les tics de la chanson (Sun, Sack & Blumm). Des expérimentations allant de l’improvisation (Joseph Suchy, Rowe/Ambarchi, Minit) au génie conceptuel (Ekkehard Ehlers pour la série Plays) en passant par les bidouillages éclairés (Rafael Toral, Paul Wirkus, Andrew Pekler, Thilges, Institut Für Feinmotorik) et les mythes toujours actifs (Hans-Joachim Irmler du groupe Faust). Mettant vraisemblablement un point d’orgue à gérer les personnalités autant que les artistes, Detmer a su opérer des rapprochements entre des entités musicales issus d’esthétiques et de générations musicales différentes. En 2006, Embryonnck résulte de la rencontre des improvisateurs folk américains de No-Neck Blues Band avec les prog rockeurs teutons d’Embryo. Deux ans plus tôt, Staubgold avait réuni Faust, le mythique groupe de Krautrock et Dälek, poids lourd américain du hip hop abrasif, pour l’album Derbe Respect, Alder. Installé à Berlin depuis 2002, Staubgold s’est doté en 2004 d’une sous-division un brin plus minimal, Quecksilber, sur laquelle Detmer a notamment publié des albums de Paul Wirkus et d’AGF. C’est avec de nombreux projets à paraître que Staubgold passe cette année le cap des dix ans d’existence : deux nouvelles signatures, Pedal et Jasmina Maschina explorant respectivement la composition contemporaine et la pop électronique vocale ; une collaboration entre Mapstation et Paul Wirkus, et enfin un nouvel album de Klangwart, le projet de Detmer et Reuber.
Dix ans de Staubgold en dix disques : To Rococo Rot : Kölner Brett (2001) Harald Sack Ziegler : Kopf Zahl Bauch (2002) Ekkehard Ehlers : Plays (2002) Sun : Sun (2003) Joseph Suchy : Calabi.Yau (2003) Faust & Dälek : Derbe Respect, Alder (2004) Dean Roberts : And The Black Moth Plays The Grand Cinema (2004) Paul Wirkus : Intelleto d’Amore (2004/Quecksilber) Autistic Daughters : Uneasy Flowers (2008) Klangwart : Stadtlandfluss (2008, à paraître)
> Soirée Staubogold/Mouvement/Qwartz, le samedi 5 avril à la Bellevilloise, Paris : avec des concerts de Mapstation, Rafael Toral, Klangwart et Reuber, et des DJ sets de Jasmine Guffond, Markus Detmer et Stefan Schneider. Entrée sur invitations (disponibles sur simple demande à a.gasso@mouvement, dans la limite des « stocks » disponibles) ou au tarif public de 15 euros. Tél. 01 53 27 35 77