Le procès d’Avignon (acte 1) Mardi 28 juillet 2009, Jean-Marc Adolphe tient conférence de presse à Avignon pour annoncer que les Editions du Mouvement engagent une action judiciaire contre le Festival d’Avignon.
date de publication : 28/07/2009 // 28735 signes
Quelles sont les raisons qui poussent les Editions du Mouvement à engager une action en justice contre le Festival d’Avignon pour entraves à la liberté de création, à la liberté d’expression et à la liberté de la presse ; ainsi que pour abus de position dominante ? Le « film » des événements décrit ci-dessous par le menu permet de se faire une première idée. A la suite de ce « récit », Mouvement.net met en ligne un entretien exclusif avec le producteur Gildas Le Roux, gérant de la Compagnie des Indes, quasiment seule autorisée à tourner des images sur les différents lieux du Festival d’Avignon.
Juillet 2008 Sonia Léontieff, documentariste québécoise indépendante, décide de venir au Festival d’Avignon pour y tourner des séquences qu’elle compte intégrer à sa trilogie documentaire en préparation, La Fabrique du Monde. Elle s’adresse au service de presse du Festival d’Avignon, en la personne de M. Yannick Dufour. Celui-ci lui octroie seulement la possibilité de filmer les rencontres publiques à l’Ecole d’Art, et lui refuse le droit de filmer les débats du Théâtre des Idées. Sonia Léontieff filme par ailleurs un entretien avec Hortense Archambault, co-directrice du Festival d’Avignon ; ainsi qu’un entretien avec Nicolas Truong, coordinateur et modérateur du « Théâtre des idées ».
18 juin 2009 Sonia Léontieff adresse à Hortense Archambault un courrier de « demande d’autorisation de tournage et d’accréditation au Festival d’Avignon ». L’informant que « le projet initial a pris de l’ampleur, que de précieux collaborateurs se sont ajoutés au projet », Sonia Léontieff indique qu’elle est en relation avec l’Office national du film du Canada (ONF) pour la coproduction de son documentaire. Dans ce courrier, Sonia Léontieff formule quelques demandes précises de tournages et précise avoir « pris les dispositions nécessaires auprès des artistes et de leur agent de presse ». Elle indique que « quelques entrevues sont déjà planifiées ». Se réclamant de l’appui du Centre national des Arts d’Ottawa, dirigé par Wajdi Mouawad, et de l’Institut du Nouveau Monde à Montréal, Elle justifie de plus sa requête par le fait que « le Québec est à l’honneur cette année ».
Du 4 au 9 juillet, les débuts du festival Confiante dans « l’ouverture [de Mme Archambault] à l’égard de la vision des artistes », comme elle l’indique dans son courrier, Sonia Léontieff prend ses billets d’avion entre le Canada et la France, pour elle-même et son caméraman ; et organise son séjour à Avignon, du 5 au 30 juillet. Mais la veille de son départ pour Avignon (depuis Paris), Hortense Archambault prévient Sonia Léontieff qu’elle n’aura aucune accréditation pour « couvrir » le festival. Sonia Léontieff s’adresse directement par mail, le 4 juillet, à Wajdi Mouawad : quelques heures plus tard, Hortense Archambault répond favorablement à la possibilité de filmer la trilogie de Wouajdi Mouawad dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Le 6 juillet, Sonia Léontieff s’adresse par mail à Yannick Dufour, au service de presse du Festival d’Avignon, et lui envoie en lien le site web de sa trilogie documentaire (www.lafabriquedumonde.com) : « J’espère pouvoir compter sur votre appui pour la suite du tournage à Avignon ». Celui-ci lui répond : « Chère Madame Leontieff, Votre accréditation cette année au Festival d’Avignon concerne uniquement Littoral, Incendies, Forêts de Wajdi Mouawad dans la Cour d’honneur ». Le 9 juillet, Sonia Léontieff s’adresse à nouveau à Wajdi Mouawad en désespoir de cause, afin qu’il intervienne de nouveau auprès de Hortense Archambault ; elle lui signale que le service de presse du Festival d’Avignon ne se montre en rien coopératif.
Jeudi 16 juillet Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication de la revue Mouvement, fait la rencontre, par l’intermédiaire de Christophe Galent, chargé des Rencontres d’Avignon Festival Off (dont la revue Mouvement est partenaire) et de Bruno Tackels, essayiste et collaborateur de Mouvement, de Sonia Léontieff. Après avoir pris connaissance de son projet de trilogie documentaire, et après avoir consulté Steven Hearn, gérant de la SARL de presse Les Editions du Mouvement, qui édite la revue Mouvement, Jean-Marc Adolphe propose à Sonia Léontieff que les Editions du Mouvement entrent en coproduction de son documentaire. Sonia Léontieff accepte la proposition, et fait alors part à Jean-Marc Adolphe des obstacles qu’elle rencontre dans la réalisation de son projet.
Vendredi 17 juillet Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication de la revue Mouvement, assiste avec sa compagne, ses enfants et quelques amis, Carrière Boulbon, à la « générale » du spectacle d’Israel Galvan, après lui en avoir demandé l’autorisation, confirmée par la chargée de production d’Israel Galvan, Catherine Serdinet. Jean-Marc Adolphe ne filme ni ne prend de notes. Cependant, à l’issue des quelques séquences accordées par Israel Galvan aux photographes et télévisions, Yannick Dufour, employé au service de presse du Festival d’Avignon, monte dans les gradins, et s’adresse sur un ton véhément à Jean-Marc Adolphe, lui demandant de sortir sur le champ : « Vous êtes journaliste, vous n’avez pas le droit d’être ici ! » Jean-Marc Adolphe précise qu’il vient voir le spectacle le lendemain ; qu’il n’assiste pas à cette générale en tant que journaliste, mais en tant qu’ami personnel d’Israel Galvan, qui y a consenti. Yannick Dufour affirme alors : « Ici, ça n’est pas possible. Vous êtes journaliste ; il vous fallait demander une autorisation spéciale au service de presse du Festival d’Avignon. » Jean-Marc Adolphe répète qu’il n’assiste pas à cette générale en tant que journaliste et qu’il ne voit pas, dans ces conditions, la nécessité de demander une « autorisation spéciale ». Sur un ton de plus en plus véhément, Yannick Dufour demande à Jean-Marc Adolphe de « sortir ». Jean-Marc Adolphe refuse et prie Yannick Dufour de faire appel aux forces de sécurité s’il veut l’obliger à sortir.
Samedi 18 juillet Dans l’après-midi, Jean-Marc Adolphe joint sur son téléphone portable Hortense Archambault. Il l’informe de ce que les Editions du Mouvement, qu’il représente en tant que Directeur de la publication de la revue Mouvement, sont désormais coproducteur du projet de trilogie documentaire « La Fabrique du Monde » de Sonia Léontieff. Il demande à Hortense Archambault quelles solutions peuvent être trouvées afin que Sonia Léontieff puisse avoir du Festival d’Avignon les autorisations nécessaires afin qu’elle puisse librement filmer les sujets qui l’intéressent. Hortense Archambault refuse d’ouvrir le moindre espace de conciliation, et termine, à l’adresse de Jean-Marc Adolphe, par cette étrange formule : « Il est beaucoup plus confortable d’être du côté des opprimés que du côté des oppresseurs. »
Dimanche 19 juillet 2009 La presse locale informe que Guy Delahaye, photographe-auteur de l’ouvrage Pina Bausch (éditions Actes Sud) expose ses photographies au restaurant Bokao’s à Avignon, et qu’il y rendra hommage à la chorégraphe récemment disparue, lundi 20 juillet à 19 h. Guy Delahaye invite Jean-Marc Adolphe à se joindre à cet « Hommage à Pina Bausch ».
Dans l’après-midi, Jean-Marc Adolphe, Sonia Léontieff et son caméraman se trouvent par hasard aux CEMEA, dans la cour du Lycée Saint-Joseph, lorsqu’arrivent Wajdi Mouawad et l’équipe d’ARTE pour la réalisation d’une interview avec Wajdi Mouawad dans le cadre de la « Journée spéciale festival 2009 » en direct sur ARTE. Jean-Marc Adolphe informe Wajdi Mouawad des difficultés rencontrées par Sonia Léontieff pour réaliser une partie de sa trilogie documentaire pendant le Festival d’Avignon. Wajdi Mouawad se dit étonné ; il affirme avoir parlé à Hortense Archambault et Vincent Baudriller du cas de Sonia Léontieff et confie : « Je pensais que tout était arrangé. » Il demande à Wajdi Mouawad s’il autorise Sonia Léontieff à le filmer pendant qu’il est aux CEMEA ; Wajdi Mouawad donne son accord. Quelques minutes plus tard arrive Yannick Dufour, qui, voyant Sonia Léontieff et son caméraman, vient leur dire qu’ils n’ont pas le droit d’être là. Jean-Marc Adolphe s’interpose et fait remarquer à Yannick Dufour qu’il commet une erreur d’appréciation dans la mesure où les CEMEA occupent un espace neutre, qui n’est pas un lieu du festival In. « Peut-être », répond alors Yannick Dufour, « mais Wajdi Mouawad est notre artiste associé et nous avons propriété sur son image ». Jean-Marc Adolphe retourne alors voir Wajdi Mouawad pour lui demander, devant Yannick Dufour, s’il accorde à Sonia Léontieff l’autorisation de le filmer dans ce cadre et à cet instant. « Bien sûr », répond posément Wajdi Mouawad ; « Sonia est mon amie. Elle est mon invitée ». Yannick Dufour se met alors à l’écart. Depuis son téléphone portable, Yannick Dufour appelle Hortense Archambault. Il revient quelques minutes plus tard pour signaler que Sonia Léontieff ne peut tourner dans la mesure où l’organisation et la réalisation de cette interview de Wajdi Mouawad ont été contractuellement conclues avec la Compagnie des Indes (pour le compte d’Arte), seule habilitée à délivrer une autorisation de tournage. Jean-Marc Adolphe se rapproche alors de Gildas Le Roux, gérant de la Compagnie des Indes, présent sur place. Gildas Le Roux accorde sans difficulté à Sonia Léontieff l’autorisation de réaliser des images, à la seule condition que Sonia Léontieff ne « pirate » pas l’interview de Charlotte Lipinska, journaliste d’Arte ; et que le caméraman de Sonia Léontieff n’entre pas dans le champ des caméras de la Compagnie des Indes.
Lundi 20 juillet 2009 La presse locale informe que le Festival d’Avignon organise son propre « Hommage à Pina Bausch » par une réunion publique au Verger, en présence de Pippo Delbono, Raimund Hoghe et Bernard Faivre d’Arcier, à 0 h 30 dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet. (Cet « hommage à Pina Bausch » est un plagiat de celui rendu par Guy Delahaye et annoncé la veille dans la presse locale. Comme le dira le soir Vincent Baudriller dans son propos introductif, cet « Hommage à Pina Bausch » a été « improvisé » : il semble que les artistes aient été prévenus le dimanche, tout comme la Compagnie des Indes, chargée par le Festival d’Avignon de mettre en forme un montage vidéo sur l’œuvre de Pina Bausch, qui demande le jour même (lundi) à Guy Delahaye de céder à titre gracieux certaines de ses photographies pour une projection publique) A 10 h 30, Jean-Marc Adolphe (bien que non invité à cet hommage ni même informé par le service de presse, alors qu’il est l’auteur du dernier « grand entretien » accordé par Pina Bausch, publié dans l’ouvrage « Pina Bausch » de Guy Delahaye) prévient Rémi Fort, responsable du service de presse du Festival d’Avignon, de son intention d’assister à cet « Hommage à Pina Bausch » et d’y venir accompagné de Sonia Léontieff et de son cameraman, afin qu’ils puissent filmer cet événement. Rémi Fort s’oppose à la venue de Sonia Léontieff : « elle n’a pas d’accréditation », et précise que l’accès lui sera refusé. Jean-Marc Adolphe précise alors à Rémi Fort qu’il fera attester ce refus par un huissier de justice. Jean-Marc Adolphe requiert l’intervention de Me Yannick Sibut, huissier de justice à Avignon. A 0 h 30, Jean-Marc Adolphe, Sonia Léontieff et son caméraman, Frédéric Di Méo, se présentent à l’entrée du Verger, accompagnés de Me Sibut. Sa présence dissuade d’intervenir Yannick Dufour, attaché de presse du Festival d’Avignon présent au pied des escaliers qui mènent au Verger. Sonia Léontieff et son caméraman peuvent filmer intégralement l’ « Hommage à Pina Bausch ». A l’issue de cette cérémonie, Jean-Marc Adolphe va au devant de Florence Archambault, lui présente Maître Sibut, et lui demande quels sont les motifs pour lesquels Sonia Léontieff ne peut filmer dans les espaces du festival d’Avignon. Devant Me Sibut, Mme Archambault promet, afin de s’expliquer, un rendez-vous pour le mardi 21 juillet. Elle n’accordera finalement pas ce rendez-vous. Sur insistance de Jean-Marc Adolphe, une conversation s’engage en présence de Me Sibut (cet échange est par ailleurs filmé par Frédéric Di Méo). A la question de savoir si Sonia Léontieff aura la liberté de filmer quelques « générales » pour le compte du site internet de la revue Mouvement, Hortense Archambault répond : « on réétudiera son projet, puisque c'est une nouvelle configuration ». Or, le temps presse. A la question de savoir si Sonia Léontieff aura la possibilité de réaliser des entretiens avec des artistes du festival, Hortense Archambault répond : « Sonia n'a qu'à faire ces entrevues dans les bars et les cafés : partout, sauf dans les lieux du festival. » A la question de savoir pourquoi Sonia Léontieff n’a pas le droit de faire ces entrevues dans des lieux du festival, Hortense Archambault répond : « Le festival autorise très peu de projets de documentariste. Si l'on voit un documentariste tourner, c'est que l'on a travaillé avec le documentariste, sinon c'est très difficile à contrôler. » S’ensuit alors ce bref dialogue : Jean-Marc Adolphe : Il n'y a pas de cinéaste indépendant au Festival d'Avignon Hortense Archambault : Si, tout a fait. Jean-Marc Adolphe : sauf si vous êtes coproducteur ? Hortense Archambault : Si je veux faire un documentaire sur toi dans ton appartement, je dois te demander ton autorisation avant. Jean-Marc Adolphe : Alors le festival est un espace privé, à l’égal de mon appartement ? (..) Hortense Archambault : Elle me fatigue cette histoire c'est hallucinant..... Jean-Marc Adolphe : Est ce que cette année Sonia aura la permission de filmer ? Hortense Archambault : Si je te dis non c'est de la censure, c'est ça ? Je n'en sais rien, je ne peux pas dire oui....
Quelques minutes plus tard, Vincent Baudriller, resté jusqu’alors à l’écart, vient mettre fin sèchement à cet entretien, et accuse Jean-Marc Adolphe, sur un ton particulièrement véhément, de ne pas « respecter » la mort de Pina Bausch et « l’hommage » qui vient de lui être rendu. Jean-Marc Adolphe répond à Vincent Baudriller que concernant Pina Bausch, il n’a aucune leçon de morale à recevoir de sa part.
Mardi 21 juillet Au nom des Editions du Mouvement, Jean-Marc Adolphe adresse par mail deux demandes d’accréditation au Festival d’Avignon pour Sonia Léontieff et ses cameramen. > Dans la première demande d’accréditation, adressée à Rémi Fort, responsable du service de presse du Festival d’Avignon, Jean-Marc Adolphe demande à ce que « MM. Frédéric Di Méo et Emmanuel Lascar, cameramen-reporters d’images, puissent accéder aux « générales » du festival d’Avignon et aux diverses rencontres publiques organisées par ledit festival. Ces images seront destinées au site internet de la revue Mouvement, ainsi qu’à toute production audiovisuelle ultérieure dont les Editions du Mouvement pourront être instigatrices ou partenaires ». > Dans la seconde demande d’accréditation, adressée à Hortense Archambault et Rémi Fort, Jean-Marc Adolphe écrit : « les Editions du Mouvement, que je représente en tant que directeur de publication de la revue Mouvement, ont décidé d’entrer en coproduction dans le projet de trilogie documentaire de Sonia Leontieff, intitulé « La Fabrique du Monde » (cf pièce jointe). A ce titre, je sollicite, pour Sonia Leontieff et les cameramen qui l’accompagneront, accréditation et libre accès aux « générales » du festival d’Avignon et aux diverses rencontres publiques organisées par ledit festival ; ainsi que la libre autorisation pour Sonia Léontieff de filmer et interviewer, avec leur consentement, les artistes et personnalités invités par le festival d’Avignon ».
Parallèlement, Jean-Marc Adolphe appelle à plusieurs reprises Rémi Fort pour obtenir le rendez-vous promis la veille par Hortense Archambault devant Me Sibut. Ce rendez-vous avec Hortense Archambault est finalement refusé. Rémi Fort accepte finalement de recevoir, seul, Sonia Léontieff et Jean-Marc Adolphe. Ce rendez-vous a lieu à 17 h, au bar du Cloître Saint-Louis.
D’autre part, la revue Mouvement est officiellement partenaire du festival Avignon Off et notamment des « rencontres critiques » qui y sont organisées par Christophe Galent. Ce même 21 juillet à 17 h, Pippo Delbono doit intervenir dans une rencontre-débat animée par Bruno Tackels, collaborateur de Mouvement, sur le thème « L’hôte et l’intrus : la scène de la reconnaissance ? ». Pippo Delbono y manifestera une étonnante « mauvaise humeur » et confiera, à l’issue de cette rencontre-débat : « J’aurais mieux fait de ne pas venir, conformément à ce que m’avait dit Vincent Baudriller, qui me l’avait fortement déconseillé en disant que j’allais être instrumentalisé ». On comprend mieux, dès lors, alors que l’intention de Christophe Galent et de Mouvement était que puissent se croiser, dans ces rencontres-débats thématiques, « artistes du in » et « artistes du off », qu’aucun « artiste du in » (hormis Pippo Delbono) n’ait répondu à l’invitation adressée.
A l’issue de cette rencontre-débat, Sonia Léontieff devait retrouver à 18 h Pippo Delbono, pour un entretien filmé auquel celui-ci avait donné son accord (par l’entremise de Bruno Tackels). A 16 h 45, ce rendez-vous est annulé. Jean-Marc Adolphe appelle Christian Leblanc, producteur délégué de Pippo Delbono, pour lui demander une explication. La réponse reprend curieusement l’expression utilisée par Vincent Baudriller : « Pippo Delbono ne veut pas être instrumentalisé ».
Mercredi 22 juillet Rémi Fort, responsable du service de presse du Festival d’Avignon, répond à Jean-Marc Adolphe par mail, à 17 h 27, à la première demande d’accréditation adressée la veille : « Je fais suite à ta demande d'accréditation concernant le site Internet de la revue Mouvement. Nous n'accréditons pas les sites Internet aux séances télé et/ou photos. Si vous le souhaitez, nous pouvons fournir au site Internet de la revue Mouvement les images tournées par la Compagnie des Indes disponibles via le site de theatre-contemporain.tv qui héberge ces vidéos. L'extrait du spectacle ne peut être utilisé que dans le cadre de la promotion du Festival. » Dans le même mail, Rémi Fort écrit, au sujet de la seconde demande d’accréditation : « Hortense va répondre à ton mail dans la journée concernant la demande d'accréditation de Sonia Léontieff ». Hortense Archambault ne répondra jamais à cette demande d’accréditation.
Vendredi 24 juillet Rémi Fort rappelle Jean-Marc Adolphe à 17 h 09 et lui indique qu’il y a « un petit souci avec la Compagnie des Indes ». Il fait part d’un précédent avec « L’Expresss » qui justifie une nouvelle consultation entre la Compagnie des Indes et le service de communication du festival afin « qu’on puisse effectivement communiquer les vidéos qui ne sont pour l’instant disponibles que sur le site du festival via www.theatre-contemporain.net ».
Samedi 25 juillet Dans le cadre du Théâtre des Idées, au Gymnase du Lycée Saint-Joseph, le sociologue et philosophe Edgar Morin intervient à 15 h sur le thème « Qu’est-ce que la pensée méditerranéenne ? ». Edgar Morin a préalablement donné, par mail, son autorisation à Sonia Léontieff pour qu’elle puisse filmer sa conférence. Mais Sonia Léontieff n’a toujours pas d’accréditation pour pénétrer avec son caméraman dans les lieux du festival, et la Compagnie des Indes est, aux dires de Rémi Fort, seule habilitée à réaliser des images pendant les rencontres publiques du festival. Jean-Marc Adolphe, rentré à Paris, joint Rémi Fort pour lui demander où en est la demande d’accréditation. Celui-ci précise que le service de communication du festival doit revoir les accords sur les prêts d’images pour les sites internet. Il dit que cette situation est « en cours de déblocage » et que Gildas Le Roux, gérant de la Compagnie des Indes, « attend des éclaircissements de la part de la direction du festival ». Jean-Marc Adolphe demande à Rémi Fort que, sans attendre le résultat de ces négociations, Sonia Léontieff puisse filmer la conférence d’Edgar Morin, dont elle a reçu l’autorisation personnelle, au Théâtre des Idées.
Jean-Marc Adolphe joint ensuite au téléphone Gildas Le Roux. Celui-ci accorde son autorisation. (voir en annexe détails sur le partenariat entre le Festival d’Avignon et la Compagnie des Indes)
A 14 h 10, Rémi Fort appelle Jean-Marc Adolphe pour lui signaler que Hortense Archambault accorde finalement son autorisation pour que Sonia Léontieff puisse filmer la conférence d’Edgar Morin au Théâtre des Idées. Jean-Marc Adolphe donne le feu vert à Sonia Léontieff et à son caméraman (engagé par les Editions du Mouvement), Emmanuel Lascar. Sonia Léontieff appelle aussitôt Nicolas Truong, concepteur et modérateur des débats du Théâtre des Idées, afin qu’il ne soit pas surpris de la voir tourner la conférence d’Edgar Morin. Nicolas Truong interrompt le message que Sonia Léontieff est en train de laisser sur son répondeur, et lui dit « Je veux vous dire que si vous tournez ce sera à des fins de visionnement personnel, mais que je vous retire mes permissions de diffusion, et Edgard Morin vous les retire aussi maintenant ». S’ensuivent une série de menaces personnelles à l’encontre de Sonia Léontieff, et Nicolas Truong lui annonce qu’il ne signera aucune autorisation de diffusion des images précédemment tournées par Sonia Léontieff et qu’il préviendra tous les intervenants contactés par Sonia Léontieff afin qu’ils retirent, de même, leurs permissions de diffusion.
Dimanche 26 juillet A 13 h, Jean-Marc Adolphe joint Edgar Morin sur son téléphone portable pour lui demander dans quelles conditions il a été amené à retirer l’autorisation de filmer qu’il avait préalablement accordée à Sonia Léontieff. Edgar Morin affirme, contrairement à ce que Nicolas Truong a indiqué à Sonia Léontieff, qu’il n’a « pas retiré son autorisation. J’ai dit clairement à Nicolas Truong que je maintenais mon accord. C’est l’organisation du festival d’Avignon, en la personne de Nicolas Truong, qui a pris cette décision, parce que le festival souhaitait garder l’exclusivité de cet enregistrement ».
A 17 h 05, Hortense Archambault rappelle enfin Jean-Marc Adolphe. Jean-Marc Adolphe tente avec Hortense Archambault une ultime démarche de conciliation. Hortense Archambault : Le projet de Sonia Léontieff n’est pas un projet journalistique, c’est un projet artistique. Pour moi un projet artistique, ça se coproduit, ça s’accepte, ça se programme, ça se réfléchit ensemble. Cela veut dire alors que le Festival d’Avignon cautionne et accompagne un projet artistique, c’est ce qu’on fait tout le temps. Il y a très peu de gens de l’audiovisuel que l’on accepte ; beaucoup nous sollicitent, et pour les mêmes raisons que celles qu’on programme, on a envie de défendre les projets artistiques qu’on accompagne. Sonia Léontieff, ce n’est pas une chaîne de télévision, on ne peut pas la traiter comme une chaîne de télé, parce que ça n’a aucun intérêt. Je préfère dire non à un projet auquel je ne crois pas et que je n’ai pas envie de défendre et qu’on ne va pas pouvoir accompagner plutôt que de dire oui. C’est notre manière d’être, y compris dans notre programmation. Nicolas Truong ne croit pas ce projet. Et Nicolas Truong est libre, je ne lui ai pas mis un pistolet sur la tempe. Edgar Morin avait donné son avis sans bien comprendre de quoi il s’agissait. J’ai parlé à Edgar Morin. Je lui ai donné la position du festival. Je lui ai dit que c’était un projet dont on ne connaissait pas le contenu. Il m’a dit qu’il maintenait son autorisation mais qu’il voulait le contrôle des images, quand elle va couper, quel extrait elle va prendre, dans quel contexte serait sa parole. Pour ma part, j’ai lu le projet de Sonia Léontieff que tu m’as renvoyé. Je ne sais quoi dire d’autre que ce projet ne m’intéresse pas. Et il n’y a aucune raison pour qu’elle ait une accréditation. Ce n’est pas quelqu’un qui vient filmer pour la télévision québécoise. Elle fait un projet dont le sujet est, semblerait-il, le festival d’Avignon. Jean-Marc Adolphe : Non. Son sujet n’est pas le Festival d’Avignon. Hortense Archambault : Ce n’est pas clair. Jean-Marc Adolphe : Si, c’est clair ! C’est écrit noir sur blanc. « La Fabrique du monde » est une trilogie documentaire dont la note d’intention est la suivante : « Autour de nous s’articule un immense mouvement planétaire qui ne nous laisse d’autre possibilité que de nous soustraire. Ce monde qui nous entoure est devenu l’usine où l’on fabrique à la chaîne des humains qui doivent y consentir ». Dans le cadre de ce projet, il y aura un volet sur « les lieux qui humanisent notre monde », et qui prévoyait d’inclure le Festival d’Avignon, notamment le Théâtre des Idées. Hortense Archambault : Mais on n’est pas dans une position où on peut vraiment réfléchir sur ce qu’elle veut vraiment avoir, ce qu’elle peut avoir comme images… Jean-Marc Adolphe : A partir du moment où j’ai décidé, en plein accord avec le gérant de la SARL de presse Editions du Mouvement, que Mouvement entrait en coproduction de ce projet de documentaire ; j’apporte à ce projet une caution de sérieux et d’intégrité. Quand je t’ai appelé, tu as fermé la porte à toute possibilité de conciliation. Hortense Archambault : Ce n’est pas parce que Mouvement intervient dans ce projet que l’on va revenir sur notre refus. Ça veut dire quoi ? ça veut dire qu’au Festival d’Avignon si tu veux faire un projet, il faut être cautionné par quelqu’un ? Jean-Marc Adolphe : Cautionné uniquement par vous, en quelque sorte. Hortense Archambault : Ce n’est pas un projet d’actualité, c’est un projet artistique qui nécessite, si on veut le faire correctement, une implication forte du Festival d’Avignon. Jean-Marc Adolphe : Mais enfin, quand le Festival d’Avignon m’accorde une invitation pour aller voir un spectacle, tu n’es pas là pour contrôler comment je regarde et ce que je vais écrire ! Hortense Archambault : Mais ça n’a rien à voir. Le droit à l’image, c’est beaucoup plus compliqué. Cela exige que le projet de Sonia Léontieff soit porté par nous, qu’on le mette dans nos contrats… Jean-Marc Adolphe : Mouvement a fait, ces dernières années, un travail particulier autour du festival d’Avignon. A titre personnel, j’ai un certain type d’engagement et de relation avec des artistes importants, que vous accueillez au Festival d’Avignon, je me porte garant que rien ne soit fait par Sonia Léontieff sans l’autorisation et l’accord des artistes. Hortense Archambault : Il faut que j’intervienne dans un débat, je ne peux poursuivre cette conversation.
Mardi 28 juillet Jean-Marc Adolphe organise une conférence de presse à 11 h à l’Hôtel La Mirande, et lance « le procès d’Avignon ». Au regard de ce qu’il considère comme entrave à la liberté de création, entrave à la liberté d’expression, entrave à la liberté de la presse, et abus de position dominante ; et au regard du préjudice professionnel et moral subi par les Editions du Mouvement et les Sonia Léontieff, il annonce que les Editions du Mouvement engagent une action judiciaire contre le Festival d’Avignon. Les Editions du Mouvement confient la défense de leurs intérêts à Maître Patrick Gontard, avocat au barreau d’Avignon, et à Maître Alessandra Blache, avocate au barreau d’Aix-en-Provence.
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