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COMPTE RENDU
Circuit alternatif
Le réseau NORD à Paris et Saint-Ouen
date de publication : 25/09/2008 // 3820 signes
Des galeries Chappe et Paul Frèches à Mains d’Œuvres, en passant par la Fondation Kadist, le réseau NORD propose un nouveau parcours d’art contemporain en Ile-de-France. Un aperçu de la création varié qui dresse un pont entre la capitale et sa banlieue nord.
Montmartre abandonné aux caricaturistes, Montparnasse laissé aux compagnies d’assurance, le Marais colonisé par les bobos… Où est passée l’effervescence de la création parisienne ? Hausse des loyers ou recherche de nouveaux territoires, il faut désormais la chercher près, voire au-delà, du symbolique boulevard périphérique, loin des traditionnels quartiers d’art. Pour mettre en lumière la création dans le XVIIIe arrondissement et en banlieue au nord de Paris, la Fondation Kadist, les galeries Chappe et Paul Frèches à Montmartre et Mains d’Œuvres à Saint-Ouen ont donc lancé le réseau NORD. Un programme, des événements et des vernissages communs pour, comme le dit Isabelle Le Normand de Mains d’Œuvres, « casser la barrière du périphérique » et ouvrir un autre circuit d’art contemporain en Ile-de-France.
A Saint-Ouen, Mains d’Œuvres est l’épicentre de ce petit séisme. Ce lieu de création, diffuseur de théâtre, danse, musique et arts visuels, inaugure en effet une galerie permanente et son espace librairie. Première invitation à passer la frontière psychologique de la petite couronne, Mieux vaut être un virus que tomber malade propose un florilège d’œuvres politiques et drôles. Parasites d’un système inégalitaire, les artistes présentés ici transgressent les usages. De Wim Delvoye à Matthieu Laurette, l’ironie et la dérision sont omniprésentes : dans les Documents de grève de Jean-Luc Moulène, la Free Party organisée par Matthieu Clainchard et Anaïs Donati, les lettres de non-motivation de Julien Prévieux… Anthony Peskine quant à lui, détourne affiches publicitaires et politique avec des « ou pas » bien placés (« Ensemble, tout devient possible… ou pas »), tandis que Julien Berthier réalise Para Site (photo), voiture sans moteur dont il avait montré la maquette à La Force de l’art. Fonctionnant en s’agrippant à des voitures, elle sera testée à Saint-Ouen. On déguste la franchise et la pertinence. Pieds de nez au système, les œuvres de Mieux vaut être un virus que tomber malade ne risquent pas de se laisser contaminer par la pression du marché de l’art.
Tous jeunes, les quatre lieux du réseau NORD partagent ce dynamisme et cette indépendance, en présentant des formes de création différentes, parfois peu reconnues. Ainsi, la programmation de la galerie Chappe fait la part belle au graff et la musique. On peut pour l’heure y découvrir jusqu’au 30 septembre les photos peintes de Marion Ducamp, la scène punk-rock vue des coulisses par Katia Devidas, ou encore Paris subtilement photographié par Jérémy Charbaut. Diversité toujours, à la galerie Paul Frèches, Antoine Petitprez expose ses photos de Familiarités, détails animaliers, tandis qu’à la Fondation Kadist, Sofia Hernàndez Chong Cuy dresse une Archéologie de la Chine intimiste, avec de nombreux invités.
Art politique ou esthétique, nouveaux horizons et nouveaux dialogues, le réseau NORD renoue avec un art de l’expression et de l’expérience plutôt que de la rentabilité. Un circuit pour l’instant très petit, mais qui ne demande qu’à s’agrandir.
Crédits photos : Une : Anthony Peskine, Ou pas, projet en cours depuis 2007, collection de l'artiste. Article : Julien Berthier, Para Site, 2004. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris, Courtesy Galerie Michael Wiesehöfer, Cologne.
> Réseau NORD, expositions inaugurales : Sofia Hernàndez Chong Cuy, Archéologie de la Chine, jusqu’au 9 novembre à la Kadist Art Foundation. Mieux vaut être un virus que tomber malade, jusqu’au 26 octobre à Mains d’ Œuvres. Antoine Petitprez,Familiarités, jusqu’au 30 octobre à la galerie Paul Frèches. ParisTreat&MusicHoleOrgy, jusqu’au 30 septembre à la galerie Chappe.
Pascaline Vallée |
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