03/06 > 08/06/2008 - ISSY-LES-MOULINEAUX La ville digitale mise en cube 3e Cube Festival à Issy-Les-Moulineaux
Pour sa troisième édition, le Cube Festival trace les contours d'une ville numérique et investit l'espace public d'Issy-Les-Moulineaux autour d'une notion du « vivre ensemble » plus que jamais d'actualité, qu’il revisite sous ses aspects technologiques et interactifs.
On peut le constater chaque année davantage, les festivals d'art numérique aiment désormais à s'impliquer plus visiblement dans des considérations sociétales et des réflexions citoyennes qui permettent autant de décloisonner leur approche plastique parfois perçue comme élitiste que de souligner leur imbrication de fait avec le champ public et l'espace démocratique. Suivant en cela l'un des principes forts, et parfois un peu éludé, d'un festival référence comme Ars Electronica – qui délivre, ne l'oublions pas, un prix dans la catégorie « interactive art » jugeant de la pertinence sociale de l'½uvre primée –, de nombreux festivals s'inscrivent dans ce processus. Dans l'Hexagone notamment, un festival comme Emergences a ouvert un véritable chantier artistique autour du principe de ville intelligente avec la thématique « Smart City ». Le rendez-vous annuel Mal au Pixel poursuit lui cette année sa réflexion participative autour de l'idée d'espace public et de la notion « d'être ensemble ». Pas étonnant dès lors qu'une structure aussi impliquée dans sa ville que le Cube d'Issy-Les-Moulineaux ne participe, pour la troisième édition de son festival, à ce qui est présenté comme une projection dans un « vivre ensemble futuriste où la création numérique redessine l'environnement, suscite de nouvelles interactions, et imagine les contours de la ville du XXIe siècle ». Après les épisodes 2002 et 2005 dédiés à l'art numérique à ciel ouvert, un nouveau palier est incontestablement franchi.
Une visualisation ludique des nouvelles formes de connexions sociales
Du 3 au 8 juin prochain, le Cube Festival s'appuiera sur les grandes nouveautés technologiques de ces dernières années (l'Internet, les mobiles et les réseaux sans fil) pour tisser une visualisation ludique des nouvelles formes de connexions sociales qui régissent notre environnement urbain et, à travers l'altération de nos perceptions de l'espace et du temps, créent de nouvelles formes de relations entre les individus. Fidèle à sa géospatialisation citadine, le festival s'organisera autour du Village, forum central de la manifestation, et proposera un parcours d'½uvres interactives, des performances et des projections multimédia à un public large – les enfants, dans le cadre de l'espace kids et les personnes handicapées, qui bénéficieront d'un accompagnement spécifique, ne seront pas oubliées. Un certain nombre d'installations seront ainsi dispatchées dans la ville et visibles, voire utilisables, en permanence. Il en sera ainsi de la vidéo installation A+ de Thierry Fournier, qui déguisera un écran plasma en panneau de signalisation urbaine et s'évertuera à perturber le passant en diffusant simplement l'image de ce qui se trouve derrière ce panneau mais saisie 24 heures au préalable. Plus interactive, l'installation Vibrations de Vadim Bernard n'enclenchera son processus narratif entre deux séquences qu'en présence du mouvement du spectateur. Une douzaine d'autres installations séviront à l'intérieur de différents lieux de la ville ou au sein du Village. On notera ainsi la plongée immersive dans la Paranoïd Architecture d'Emmanuel Vantillard, long couloir de huit mètres de long qui confrontera le spectateur avec des corps fantomatiques réagissant à son comportement et baigné de la musique électronique minimale d'Erik Minkkinen de Sister Iodine. Et on appréhende avec curiosité l'environnement du Dead Man Box de Grégory Hervelin qui permettra, depuis une cabine spatialisée, de se balader dans Issy-Les-Moulineaux sans bouger.
Déambulation cardiaque
Plus informels et itinérants, des paysages sonores fonctionnant en réseau sur téléphone portable seront mis à disposition. Il en sera ainsi de l'étonnant Meet Your Heartbeat Win, où chaque participant déambulera à la recherche d'un autre joueur ayant point par point le même battement cardiaque ! Au rayon performances, et aux côtés des concerts d'Ezekiel et de Gong Gong, les Soirées Hybrides mettront en valeur habillages visuels et sonores, avec Utopia, patchwork truculent de Véronique Hubert, ou Mexican Standoff, relecture de la culture populaire de ces 50 dernières années symbolisant le passage de l'analogique au numérique, proposée par Cécile Babiole et Laurent Dailleau. Et pour mieux cerner les problématiques induites par cette immixtion collective dans cette nouvelle perception urbaine, un certain nombre de rencontres, en partenariat avec le magazine Technology Review, viendront animer des journées qui promettent d'être bien remplies. De quoi en tout cas se faire une idée plus intéressante des perspectives nouvelles permises par l'apport technologique et adaptables à notre environnement et notre vie quotidienne. Une idée au final bien plus drôle et universaliste que la traçabilité digitale et biométrique de l'individu qui se met progressivement en place.
Laurent Catala
Crédits photos : Une : Vadim Bernard, Vibrations. Article : C. Babiole & L. Dailleau, Mexican Standoff. D. R.
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