27/09 > 12/10/2008 - THÉÂTRE PARIS-VILLETTE L’espace-temps retrouvé Le Baiser de la matrice (Proust lu sur Internet) de Véronique Aubouy à la Villette
Braquant vers les arts en réseau et mettant à disposition de réels outils de développement, le Théâtre Paris-Villette prend un virage large en découverte avec le projet x-réseau. La saison parallèle s’ouvre samedi 27 septembre sur la création de Véronique Aubouy Le Baiser de la matrice.
Proust participe à une mise en réseau. La recherche, en tout cas, en sera l’objet, via l’ambitieux projet x-réseau, scène artistique et technologique initiée par le Théâtre Paris Villette. Au cabinet de lecture succède la toile béante, à l’artiste, la fonction-concepteur, et aux lecteurs, les « connectés » ? Exit la chaîne traditionnelle de création ? A la diachronie succède la synchronie : place à la « transparence » et au « temps réel » ? Que les rétifs aux arts multimédia se modèrent et examinent, samedi 27 septembre, de quelle façon la lecture peut se conjuguer aux arts en réseau. Point de jeu vidéo mettant en scène un Proust-avatar à la quête de sa simili madeleine dans un Combray pixellisé. Sur le paysage de la net-culture, on s’efforce d’ouvrir des espaces inédits pour que la poésie fasse plier le processeur. Le Baiser de la matrice, première création de saison conçue par Veronique Aubouy n’a donc rien d’une veuve noire.
De part et d’autre du monde, près de 4000 connectés se filmeront, via leurs webcams, en lisant simultanément des fragments de A la recherche du temps perdu. Projet en veille depuis 1993, ce baiser tendu entre la page de papier et la page web est selon sa conceptrice un regard original posé sur l’œuvre de Proust. Page après page, le chef-d’œuvre littéraire se rend sûrement disponible au destin polyphonique qui sommeille entre ses lignes. Le concept n’aurait peut-être pas déplu à l’auteur qui, lui-même, écoutait les concerts qu’il aimait par téléphone. Paroxysme du live, de la simultanéité, le projet est un bel exemple des nouveaux visages que prend l’art performatif. Il raconte également une belle histoire de transmission et de création collective, preuve qu’un media contemporain peut se conjuguer de manière inventive à la valorisation du patrimoine. Les spectateurs réunis dans les murs du Théâtre Paris Villette assistent en direct au montage d’un film d’environ 170 mn. La coprésence des spectateurs et des lecteurs (dans le même « espace » ?) est le fait d’une fusion entre la scène matérielle de la Villette et de la scène virtuelle du web. Le patrimoine culturel est mémoire collective. Le numérique est un outil supplémentaire pour qu’une mémoire vive.
Dans les caves du bâtiment parisien, sous la scène de théâtre traditionnelle, une autre s’en bâtit dans l’ombre où fourmillent les « studios de développement et de créations ». Les galeries creusées sont infinies. En marge – en parallèle – de la saison théâtrale habituelle, une autre saison artistique qui, chaque année depuis 2006, convie des artistes à « émettre un geste » en faveur des écritures dramatiques spécifiques à cette nouvelle scène. Les artistes Lucille Calmel, Hauke Lanz, Stanislas Nordey, et Jean-Paul Delore sont également « programmés » pour y tisser leur toile.
> Le Baiser de la matrice (Proust lu sur Internet), conception Véronique Aubouy le samedi 27/09, dans le cadre du projet x-réseau du 27/09 au 12/10 au Théâtre Paris Villette. Tél. 01 40 03 72 23.
Le projet se poursuivra à l'Hôtel d'Albret dans le cadre de la Nuit Blanche, du 4 au 5 octobre, et à Kawenga (Montpellier), du 11 au 15 octobre à 17 heures.
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.