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06/07 > 12/10/2008 - CENTRE D'ART CONTEMPORAIN DE MEYMAC
Racines imaginaires
Lieux de vie. Mémoires et fantasmes de l'enracinement.au centre d'art contemporain de Meymac
Lieux rêvés, effacés, désirés… Au centre d’art contemporain de l’abbaye de Saint-André, à Meymac, les artistes imaginent nouveaux paysages, architectures et utopies. Des œuvres d’Adam Adach à celles de Benoît Broisat, une vision multiple de l’enracinement.
L'Abbaye Saint-André de Meymac, en Corrèze, accueille depuis bientôt trente ans un centre d'art contemporain dont la vocation est de sensibiliser le public de cette région rurale à la découverte des œuvres, et de soutenir la jeune création. L'exposition collective « Lieux de vie. Mémoires et fantasmes de l'enracinement » rassemble une vingtaine d'artistes qui, d'Absalon à Jean-Luc Vilmouth, mènent une réflexion sur la manière dont les lieux façonnent en retour les individus qui les ont créés, et marquent de leur empreinte les mythologies personnelles.
A travers une centaine d'œuvres, l'exposition de l'Abbaye Saint-André montre comment l'enracinement de l'homme dans une géographie donnée peut se traduire de mille manières et donner prise aux artistes pour une réinvention du réel, que ce soit par la persistance des images dans la mémoire collective, sensible dans les toiles d'Adam Adach, comme Banc parisien n° 4 (1998), qui jouent sur l'effacement de la mémoire, ou dans celles d'Yves Bélorgey, qui réinvente la peinture d'architecture, à l'instar de Martin Kasper, auteur de monumentaux portraits d'architectures (Charing Cross, 2008).
Inventer une nouvelle géographie provoque l'ironie de l'homme sédentarisé : par son Sleeping Bag (Silver Bag) pailleté (2001), Neal Beggs exprime le désir de l'homme de retrouver son nomadisme originel. Seul dans un monde dénaturé, le type d'individu imaginé par Absalon dans les années 1990 habite une Cellule (1991) destinée à lui seul, et transportable dans le contexte urbain des grandes villes. En parallèle, l'angoisse de la ville tentaculaire et de la solitude urbaine est illustrée par les photomontages This is a love song et This is not a love song (2005) des artistes italiens Botto e Bruno.
Les « lieux de vie » sont sujets aux transformations urbaines et architecturales opérées par l'homme, et au fantasme du lieu idéal, de l'u-topie, « non-lieu » qui n'existe que dans son imaginaire. Dans ses Already made (2003-2005), Simon Boudvin imagine de nouveaux objets architecturaux à partir d'archétypes connus, tandis que Laurent Sfar réalise des maquettes de Modèle Ile de France pour créer des situations architecturales inédites. Benoît Broisat reconstitue de mémoire sa ville natale de Bonneville, par des centaines de dessins, afin de « restituer un rapport sensible aux souvenirs des espaces et des lieux » (Bonneville, 2004). Dans la vidéo Rebelacao do suburbio (2007), le Brésilien Dionisio Gonzalez s'intéresse aux mutations incontrôlables de l'urbanisme des favelas, dont les habitants sont leurs propres architectes et urbanistes.
Pierre Ardouvin imagine quant à lui de nouveaux paysages, clichés d'une nature devenue artificielle, comme ce Soleil couchant (2005) en altuglas. Pour Jean-Luc Vilmouth, il s'agit de prendre les habits d'un propriétaire et de poser devant sa maison pour une image, par exemple Myself as J.D., Los Angeles (2000), qui fabrique une fausse identité dès lors que celle-ci se rattache à un lieu : l'homme d'aujourd'hui se définit plus encore qu'hier par le lieu qu'il habite, malgré les flux de populations toujours plus denses et rapides. Au déracinement de l'homme contemporain répond un enracinement accru dans la mémoire des lieux et le fantasme d'un ailleurs possible.
> Lieux de vie, mémoires et fantasmes de l’enracinement, jusqu’au 12 octobre à l’abbaye Saint-André, Centre d'art contemporain, à Meymac. Tél. : 05 55 95 23 30
Crédits photos : en Une : Johan Bérard, Night city, 2006. Une production du Fresnoy, Studio national des arts contemporains, Tourcoing. Article : Simon Boudvin, Matthew Miller et Martin Kasper, vue de l’exposition. © Eric Tabuchi-Abbaye Saint-André.
Magali Lesauvage |
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