source : Les éditions du mouvement // date de publication : 12/07/2002 // 6219 signes
D'Avignon, où il séjourne, notre agitateur clandestin Tzotzil Trema nous envoie un «opéra guignolesque en six milliards d'euros», dont lecture a été donnée le 11 juillet au Carré de Minuit, qu'anime l'équipe de Mouvement à la Chartreuse de Villleneuve-lez-Avignon.
Mes chers amis, compatriotes ou non, concitoyens ou non, contents ou mé-, je suis heureux de m'adresser à vous en ce jour de saint-Benoît, patron de l'Europe, patriarche des moines de l'Occident et instigateur de règles monacales, dont je vous rappelle à toutes fins utiles le XIIIe précepte : « Courez pendant que vous avez la lumière de la vie. Alors la nuit de la mort ne vous surprendra pas ». Mes chers amis, moines et moineaux ; je suis heureux de vous voir ici réunis pour cette assemblée générale du Parti du Carré de Minuit, qui vient de fusionner avec le cercle des chartreux disparus, afin de faire le tour de la question. Il me plaît de faire résonner ici le formidable cri d'espérance que vient de lancer notre saint-Patron du budget et de la réforme budgétaire, le bienheureux Alain Lambert : « Après le gâchis l'espoir ». Je cite ses propos si réconfortants, en ces temps de banqueroutes frauduleuses, de vivendi-titanic dans un même bateau, de repli sur les économies de tout un chacun qui n'en a pas beaucoup : « Notre capacité d'action et, au-delà, le crédit de la politique entendue comme possibilité d'inventer ensemble notre destin, passe par la reconquête de marges de manœuvre budgétaires. Ne nous trompons pas de diagnostic. Notre pays continue de créer des richesses. Nous sommes chaque jour les témoins émerveillés de ce que la France recèle de cœur, d'ardeur, d'invention, de génie parfois et de l'admirable capacité de rebond de ses habitants ». (je marque une pause pour vous inviter ici à manifester notre admirable capacité de rebond. 1, 2, 3...) « C'est pourquoi nous n'avons pas le droit de décourager tant de talent et d'alourdir, si peu que ce soit, le fardeau que nos enfants devront porter. (...) Je suis déterminé à travailler avec ardeur à ce vaste projet. Je suis persuadé que les Français comprendront que c'est un des moyens les plus sûrs de les réconcilier avec la politique, de leur redonner le goût de l'action collective et de leur rendre le pouvoir budgétaire, premier attribut du peuple souverain » (Le Monde, 11 juillet 2002. AMEN).
le pouvoir budgétaire, premier attribut du peuple souverain...
J'entends d'ici les contestaires-à-terre du bien fondé, tel ce Jean-Charles Massera d'extrême roublardise que je me dois, hélas, de citer : « Le vrai problème, ce n'est pas celui de l'argent, c'est celui du management de types comme Gérard ou comme Francis et plus encore, des gens comme ceux qu'on a vus dans l'reportage d'hier soir, qui travaillent quinze heures par jour pour un salaire qui leur permet même pas d'nourrir leur famille, mais qu'i-z-acceptent parce qu'i-z-ont rien d'autre ». (Jean-Charles Massera, United emmerdements of New Order, Editions P.O.L.).
Non. Je vous le dis une fois pour toutes. Ne craignez rien. Car comme vient le déclarer avec fermeté notre saint Patron des affaires sociales, du travail et de la solidarité : « Le dialogue social ne doit pas nous paralyser ». (Le Monde, 11 juillet 2002). Chacun peut en effet aisément comprendre que le dialogue social ne peut être qu'une entrave à la dynamique du rebond dont nous avons su magistralement faire la preuve à l'instant.
Mais j'en viens à la bonne nouvelle qu'ici tous vous attendez, en tant que peuple souverain et cultivé soucieux de son pouvoir budgétaire. Il est convenu, comme l'a signalé avec une infinie lucidité notre saint Patron Alain Lambert, que «notre destin passe par la reconquête de marges de manœuvre ». Mais la question qui se posait jusqu'alors, trop rarement formulée, était la suivante : pour entrer dans une telle reconquête, faut-il étendre les marges, ou bien faut-il étendre la manœuvre ? Notre Saint-Patron Nicolas Sarkozy vient de trancher avec le sens de l'à-propos qu'on lui reconnaît à Neuilly-sur-Seine : il faut amplifier la manœuvre, renforcer les troupes, blinder la sécurité, démocratiser la vidéo-surveillance, etc. 5 milliards et 600 millions d'euros seront déployés entre 2003 et 2007 pour réaliser cet ambitieux programme d'ordre public, que seuls les mauvais coucheurs du syndicat de la magistrature osent dénigrer en évoquant « une approche répressive sur des populations ciblées, sans aucun traitement social en direction des zones sensibles qui génèrent de la délinquance ». Je sais bien, m'exprimant ici devant un parterre d'amateurs d'art (d'artmateurs, si vous me permettez ce presque néologisme) que certains d'entre vous aviez souhaité, voici peu, voir doubler le budget de la culture. Sachant que le dit budget est actuellement de 2,59 milliards d'euros, vous déduirez en sortant vos calculettes que si la petite enveloppe confiée à notre Saint Patron Nicolas Sarkozy pour engager gendarmes et policiers, pour acheter flash-balls et tonfas, protections nucléaires et biologiques, avait été confiée à votre pouvoir budgétaire, les moyens du ministère de la Culture auraient non pas doublé mais triplé. Mais très franchement, qu'auriez-vous fait de tout cet argent, avec vos spectacles et expositions qui inquiètent trop souvent les gens et ne sont donc pas favorables au rétablissement du climat de confiance préalable à une bonne préparation physique et mentale à la gymnastique du rebond ? Mais rassurez-vous : la création artistique n'est pas menacée. Nous espérons ainsi monter un Sarkozy fan tutte au prochain festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence. La mise en scène en sera assurée par Jean-Marie Meissier qui a tant fait pour ce festival et à qui l'on doit retrouver un petit job. Et sous réserve de l'accord des actionnaires, la direction musicale de l'ouvrage sera confiée au chef d'orchestre Edouard Seillère del Medef. Enfin, dans un souci de coopération entre le service public et les opérateurs privés, vous pourrez réserver sur www.divento.com une escorte de sécurité personnalisée pour vous accompagner sur les trajets entre votre domicile et les lieux du spectacle. Naturellement, tout ceci a un coût, mais les pauvres qui ne pourraient s'offrir ces services auront accès à une retransmission télévisée sur TF1. La culture pour tous reste en effet notre mot d'ordre. A condition de ne pas mélanger le bon grain de l'ivraie. La force publique y veillera.
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.