source : Les éditions du mouvement // date de publication : 25/09/2002 // 3127 signes
Croisant les arts visuels et la performance, Claude Wampler a répondu à l'invitation de la Ménagerie de Verre en (s')exposant pendant trois jours. Avec denislavant, elle apporte une proposition déceptive, refusant l'évènement et le spectaculaire.
Juin 2000, le public de la galerie new-yorkaise Postmaster découvre Painting, the movie: cinq petites boîtes placées sur des socles devant une peinture minimaliste. Si on se dirige vers une boîte, elle devient opaque et empêche de distinguer nettement son contenu. Si on recule, le verre redevient transparent. Pour la peinture-écran, c'est l'inverse: à distance surface blanche et opaque, elle devient, si on met le nez dessus, fenêtre claire donnant sur une installation-performance. Claude Wampler commente avec détachement: «les gens n'ont pas conscience que je suis là. Ils pensent qu'ils regardent une vidéo.» Eclectique et allergique aux cloisonnements, l'artiste explore la voie du solo en l'émaillant d'expressions artistiques protéiformes, bousculant les frontières de la performance et des arts visuels. Septembre 2002 à la Ménagerie de Verre, denislavant, première exposition de Claude Wampler à Paris met en jeu des procédés beaucoup plus rudimentaires. C'est d'abord l'intitulé qui intrigue, d'autant que le document qui accompagne l'événement indique en exergue: «la visibilité est surfaite, tout comme la gloire». Sur place, différents espaces sont ouverts et le public circule librement. Dans une première pièce, l'éclairage donne plein feux sur le mur blanc, insistant, comme s'il y avait quelque chose à voir. Mais rapidement, l'intensité lumineuse diminue, et après quelques secondes le portrait de Denis Lavant apparaît dans le noir, révélé à la faveur d'une lumière noire. Salle après salle, le même dispositif est répété: entre lumière et obscurité, les apparitions se succèdent, si bien que le procédé est dévoilé rapidement. Claude Wampler questionne l'absence, la disparition, le passage d'un état à un autre mais la proposition faite à la Ménagerie de Verre a ceci de particulier qu'elle n'a jamais recours à l'artifice, encore moins au spectaculaire. Du rez-de-chaussée à l'étage, la figure de Denis Lavant interroge le visiteur, sous la forme d'une empreinte fluorescente, démultipliée et obsédante. «L'espace est peut-être mieux sans art ou la scène meilleure sans acteur», précise-t-elle. C'est exactement ce qu'elle met en œuvre pour la courte performance qui clôture la soirée-exposition-performance, reproduisant la scène finale du film Beau travail, s'appropriant la danse physique et convulsive de... Denis Lavant pour enfin clore son intervention en claquant la porte de manière précipitée, sans remerciement ni salut. Si Wampler frise le paradoxe en mettant en jeu sa volonté de ne pas être vue, elle réussit le pari de montrer un projet dénué de tout artifice, détaché de toute idée de perfection, et qui n'en reste pas moins étonnamment troublant. «L'exposition denislavant vise à peindre des peintures, à danser des danses mais en programmant dans l'œuvre une amnésie qui inverse les effets dangereux de l'accumulation et monte une expérience sans montage, mis à part le subtil résidu d'une obsession qui passe rapidement.»
Claude Wampler présentera Song and dance (and a good movie) à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne dans le cadre du festival CAPITALS, les 27 et 28 septembre 2002.
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