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chronique du 24/06/2009
We Gave a Party for the Gods and the Gods all Came
CLAIR OBSCUR
Label/distributeur : Optical Sound/Season Of Mist

A l’heure où la scène musicale n’en finit pas de voir resurgir de partout les piteux revenants des années 1980, Clair Obscur, fer de lance de la scène expérimentale française et européenne du début de cette décennie exsangue, publie un nouvel album. We Gave a Party for the Gods and the Gods all Came taillade au couteau les archétypes et les recettes – aigres et douces – des eighties.

La musique est un grand cimetière et la mode est aux zombies des années 1980 : ils surgissent de partout – quels que soient les genres, les tribus ou les courants, mauvais ou très mauvais. Hélas, ils ne font plus peur à personne. Pour survivre aujourd’hui, encore fallait-il ne pas mourir… C’est le cas de Clair Obscur, groupe français à dimension européenne – fer de lance d’un rock expérimental – entre performance et énergie punk, cold-wave et cabaret électronique. Les frères Demarthe ont eu beau creuser leur tombe en saccageant avec férocité et plaisir ce qu’ils construisaient, rien n’y a fait : passant d’un rock abrasif à des sonorités électroniques, de la musique de chambre au post-jazz , le fil du rasoir n’a pas saigné, toujours du bon côté. Fiers et cinglants, ils ont imaginé se consumer sur place et entrer de plain-pied dans la Légende… L’Histoire en a décidé autrement : en France, le rock n’a pas de Légende, rien que des histoires, courtes et mal écrites – celle de Clair Obscur sera alors longue et ciselée. Deux décennies et une poignée d’albums plus tard, voilà une invitation à une « party »… Mais nous n’y sommes pas invités, seuls les dieux, eux, le sont. Et ils vont être heureux… Car derrière ce visage grave et sombre se bricole une piste de danse, dalle après dalle, néon après néon, pierre à pierre – certaines fausses, d’autres mal taillées, mais toujours bien agencées. Les boules disco du spectacle mondial ont explosé sur le sol, quelques spots, deux-trois bouteilles, un gros son, un vieil ampli, une batterie, un laptop… Terminé la mousse et les hurlements. Les dieux mûrissent et deviennent exigeant – tant mieux pour nous. On danse, on écoute, on fredonne, on s’énerve, on s’apaise… la voix se tend et s’étend, devient corde sensible sur une reprise de Joy Division (Decades) en guise d’after, passe de l’allemand à l’anglais avant de retourner au français : non pas par souci d’opportunisme – le groupe participait déjà à la constitution de l’Europe musicale il y a vingt ans –, mais par besoin de sonorités et de matières… Un cruel mélange de genres… qui en déstabilisera plus d’un : fan de la première heure qui ne pourra résister à l’appel d’une dark disco ravageur et se trouvera désarmé face à la ritournelle conceptuelle Mon ami mon frère, fan de la nouvelle heure qui croquera à pleines dents la trop belle madeleine new-wave Es war ou croira au retour vers le passé du définitif The Last Encounter… On invente un présent aspiré par le futur. De la provocation : on taillade au couteau les archétypes et les recettes – aigres et douces – des années 1980. Pour en finir définitivement ? Dans l’attente d’un impossible dépassement de l’art ? Sans doute, mais alors les yeux dans les yeux, avec une fausse mélancolie et un doigt bien pointé vers les responsables de cette scène coulée dans un béton qui n’a jamais pris : eux ?… nous ?… coupables mais pas responsables… It’ ll be allright !

Juliette NOIRCEUIL
à visiter
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Le site d'Optical Sound
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