OKAY CONFIANCE#4, Atlantis, avec Tank Art Space et les « Collectionneurs Lumière », Marseille, 2016 OKAY CONFIANCE#4, Atlantis, avec Tank Art Space et les « Collectionneurs Lumière », Marseille, 2016 © OKAY CONFIANCE.
Entretiens Performance

C'est Okay Confiance

Pas collectif mais plutôt festival, rhizome tentaculaire, soirée performative, et attitude : depuis 2015 Okay Confiance infiltre l'institution avec dérision et bonne humeur. Entretien avec quatre de ses membres, Céline Ahond, Elise Carron, Arthur Chambry, Anne-Lise le Gac et Elie Ortis.

Par Léa Poiré publié le 5 juil. 2018

Comment est né Okay Confiance ?

« On voulait faire un peu plus qu’une soirée, inviter des potes pour faire des concerts, des performances, de la cuisine Okay Confiance est né comme ça, d’un truc festif dans l'atelier d'Elise Carron à Marseille, le 11 avril 2015, ça devenait urgent de montrer et partager ce qu'on était en train de faire, sans en faire forcément des collaborations.

La première fois que Okay Confiance est apparu sous cette forme de ‘festival’, ça s’est organisé sous l’impulsion d’Anne Lise Le Gac, Élise Carron et Poussy Draama. On a ouvert la soirée avec une conférence-pizza menée par Anne Lise et Élise : les ingrédients « génériques » qu’on trouve dans les pizzas étaient préparés par Élise et remasterisés en sept variations « pizza attitude » qu’on a baptisées librement : la « yin yang », la « hors sujet », la « croûte fourrée »… Pendant ce temps là, Anne Lise présentait un Power Point autour du livre de William-T. Jr. Lhamon sur le blackface dans lequel il parle du marché comme zone de tolérance. Poussy préparait des cocktails au gingembre et des brochettes de fruits. Une vidéo de l’artiste Benjamin Blaquart fut projetée, puis une performance de Lou Masduraud, et enfin un live du groupe Société Étrange.

Okay Confiance est un espace dans lequel peuvent entrer beaucoup de façons de faire et de penser, le lien c’est la confiance qu’on a dans les gens qui font des choses et fabriquent des situations.

 

Le nom « Okay Confiance » est apparu dès l’origine ?

« Anne Lise et son ami Aymeric Hainaux, un artiste performeur, s’amusaient à faire des associations de mots, des trios comme « Bitume-Kiwi-Confiance », sans trop y réfléchir. Le nom est arrivé en tchattant, spontanément. La confiance c’est la base. À Marseille ou dans le Sud en général, il y a cette attitude, tu deals une affaire, tu marchandes. Pour rassembler des gens sans être dans un système de collectif, la base, c’est cette confiance. Dire « Okay confiance » ça peut sembler un peu débile ou un peu naïf, mais c’est une vraie question. La relation de confiance n’est pas une évidence, elle est remise en doute, c’est un mot beaucoup utilisé par les politiciens… et par Darty.

 

Dans votre manifesto vous vous définissez comme plein de choses – un événement, un barbecue, une performance – mais aussi en négatif : vous ne souhaitez pas être labélisé comme collectif. Pourquoi ?

« Pour ne pas figer une bande. Les équipes sont à la fois éphémères et très constitutives, ça permet d’être reconfigurable à chaque fois, dans une grande liberté de mouvement. Il est difficile d’arriver à situer qui est qui, et les gens à la fin sont un peu labellisés Okay Confiance, c’est des « confianceurs ». On est un caméléon, une greffe, tentaculaire et vernaculaire à la fois.

 

Vous organisez Okay Confiance #7 à la Ferme du Buisson. Quel est votre rapport à l’institution ?

« Notre logique pourrait être plus alternative, squat, mais dans le cadre de la Ferme du Buisson, c’est calibré. La question c’est : comment rentrer dans le cadre sans le transformer, mais en le révélant ? C’est une infiltration douce, comme des herbes qui poussent entre les pavés. Pour l'instant, on ne perd pas le désir de rencontre.

 

Infiltration et non destitution alors ?

« Être contre l'institution c’est encore être avec, c’est une définition en creux. On cherche plutôt à décaler. Dans L'âge du faire - Hacking, travail, anarchie Michel Lallement raconte qu’au lieu de détruire un système, il s’agit de le démonter. C’est différent car cela demande beaucoup de temps et de soin. On n’a pas de lieu, pas d’argent, alors on doit être à l’écoute d’un contexte. Il faut se nourrir de ce qu’il y a, et la nourriture est partout. Il y a des choses hyper comestibles alors que ça n’avait pas l’air très bon au premier abord.

 

Okay Confiance capte de très nombreuses pratiques et savoir-faire. Où situez-vous, la dedans, la frontière de l’art ?

« La logique d’Okay Confiance va au delà. Faire de la confiture, par exemple, c’est cool et c’est possible de le faire sans forcément prétendre que c’est de l’art. Si on prend l’exemple de la nourriture, sa conception, sa mise en scène et sa consommation sont rapidement devenus un projet et une performance à part entière dans la programmation des soirées Okay Confiance. Lors du OKC #4 Élise faisait cuire des pintades en croûte d’argile au barbecue que l’on a ensuite brisées et servies dans la piscine de l’ancien centre de thalasso qu’on investissait.  Lors du dernier OKC #7 à La Ferme du Buisson, Nyamnyam (duo d’artistes cuisiniers basé à Barcelone) a préparé du Kimchi et de la Chicha, un condiment et une boisson élaborés selon des techniques de fermentation, servis avec des Migas, sorte de pain perdu sud américain, qu’une partie du public à confectionné avec Nyamnyam en début de soirée. On tente de reculer ou d’ignorer certaines frontières… Et on se pose finalement peu la question de savoir si c’est de l’art ou pas. Tout peut exister.

 

Comment se prennent les décisions dans votre organisation tentaculaire ?

« Cela part toujours d’un désir de faire une chose, qu’elle soit nouvelle ou déjà en travail. Ensuite, des connections opèrent entre les façons de faire de chacun et les contenus que cela génère. Les confianceurs ont généralement carte blanche, et on laisse à chacun l'espace-temps de construire et se mettre en relation avec l'équipe et le contexte du moment. Des questions se posent en permanence, et les réponses apparaissent dans des consensus ou dissensus, mais jamais en votant. Et évidemment, on fait à partir de ce que le lieu de l’évènement peut nous offrir ou pas.

 

Ça vous est déjà arrivé que le lien de confiance ne fonctionne pas ?

« Une fois seulement. Sinon les collaborations se font d’elles-mêmes et c’est la preuve qu’il y a du désir. Si on reste dans une volonté empirique de créer des situations, une situation de base en créé au minimum quatre ou cinq autres.

 

Vous dites que « tout peut exister ». Quel est le truc le plus dingue qui s’est passé dans le cadre d’Okay Confiance ?

« Lors de Okay Confiance #7, il était impossible de passer toute la nuit à la Ferme du Buisson à Noisiel, alors on s’est dit qu’on retournerait sur Paris avec une partie du public resté jusqu’à la fin. Une navette gratuite était mise à disposition et on a décidé de l’ambiancer en lançant une tombola composée de lots provenant de notre stock de choses restantes (nourriture, danses dédicacées, objets manufacturés, récits de rêves, tatouages éphémères, blagues nulles, cannettes de bières…). En montant dans le bus, on a prévenu le chauffeur devenu instantanément Confianceur, on lui a emprunté son micro et Arthur Chambry s’est chargé de chauffer le public jusqu’à la quasi hystérie générale à l’annonce de certains lots (par exemple la pastèque de 8kg). Le bus fonçait sur l’autoroute pendant que des gens gagnaient des paquets de verveine, ou un solo breakdance de Loto Retina. Il nous a laissé à Bastille et on a fini la nuit là, ensemble, sur le bitume. »

 

> Okay Confiance #7 a eu lieu le 2 juin à la Ferme du Buisson dans le cadre de Performance Day