Argentique d'Olivia Grandville © David Gallard
Entretiens Danse festivals

Dance-Park

Au premier étage du Lieu Unique à Nantes, une grande structure aux allures de skatepark en bois clair empli l’espace. Imaginé par la chorégraphe Olivia Grandville, ce Dance-Park accueillera pendant trois mois une vingtaine de propositions chorégraphiques, toutes taillées sur mesure. Un geste curatorial autant qu’un terrain qui immerge spectateurs et performeurs dans le même paysage.

Par Léa Poiré publié le 28 janv. 2019

Qu’emprunte le Dance-Park au skatepark ?

« À l’origine, il n’y avait pas de référence à cet espace urbain, le nom est arrivé quand la structure en bois travaillée avec Yves Godin a pris sa forme. Le skatepark renvoie à une culture qui n’est pas la mienne et je ne vais pas faire semblant qu’elle l’est. L’idée de ce Dance-Park était de construire un espace à la fois très contraignant et très ouvert : il n’y a pas de gradins, deux pentes dont une qui monte quasiment jusqu’au plafond. Et le tout est moulé sur la salle du Lieu Unique qui fait 22 mètres de long sur à peine 10 de large, avec 4 colonnes au milieu. Notre enjeu était de construire un site dédié au corps dans tous ses états. Il faut savoir que le Lieu Unique est une friche industrielle de fer et de béton assez hostile au corps au départ. Il manquait aussi un espace pour ce qu’on appelle parfois des « petites formes ». Je n’aime pas beaucoup ce terme, je trouve que ça minore les projets, disons que ce sont des formes qui nécessitent un autre mode d’échange, un autre regard.

 

Ce lieu et les besoins que vous décrivez rappelle des expériences de programmation comme Fous de danse de Boris Charmatz, ou La cité (éphémère) de la danse de la chorégraphe Tatiana Julien que vous invitez d’ailleurs dans le Dance-Park. La danse a-t-elle besoin de nouveaux espaces d’expérimentation ?

« Depuis vingt ans, le champ chorégraphique s’est vraiment élargi. Les contraintes économiques auxquelles sont confrontées les compagnies indépendantes ont poussé les artistes à inventer d’autres modes d’occupation artistique : projets en appartement, investir les musées, s’immerger dans des lieux de patrimoine. La danse a toujours agi de la sorte, mais ça s’est généralisé car les théâtres ne sont pas les lieux optimaux pour la réception et la perception de certaines formes. Je ne suis pas totalement d’accord avec l’idée de "laboratoire d’expérimentation", cela donne l’impression qu’on cherche quelque chose sans forcément trouver et je pense que ce mot "expérimental" a beaucoup pesé sur un certain nombre d’écritures contemporaines. La notion d’expérience est plus intéressante.

 

p. David Gallard

 

Quelles expériences proposent donc le Dance-Park ?

« C’était important pour moi de créer un espace ou acteurs et spectateurs sont confondus dans un même paysage. Il faut trouver sa place, s’installer, chercher son rapport à la gravité. En parallèle des spectacles, les week-ends permettent de visiter le lieu, l’expérimenter, dégringoler les pentes. Le samedi matin, l’Open-studio pour une auto-pédagogie est ouvert à tous. Et les dimanches sont des temps très ouverts autour de l’histoire. Je pense que pour que les spectateurs aient accès à l’art contemporain il faut une filiation dans les deux sens : découvrir de nouvelles formes mais aussi comprendre les anciennes pour mieux pouvoir lire celles d’aujourd’hui.

 

Le Dance-Park semble créer une communauté, comment avez-vous réuni les artistes invités à performer dans ce même espace ?

« Le paysage chorégraphique s’est multiplié, transformé, hybridé, développé. C’est super mais ça crée un phénomène d’atomisation et un individualisme grandissant. En tant que chorégraphe on se retrouve souvent isolé, il est donc essentiel de se fédérer, de trouver des espaces de croisement, d'entraide, et c’est déjà le cas parmi les plus jeunes générations.

Tous les artistes que j’ai invités ont en commun d’être des performeurs tout-terrain, ce sont des gens très autonomes, ils ne font pas seulement des spectacles, ils sont eux-même des spectacles. C’est une communauté mais pas une famille, car les formes créées seront très différentes.

 

Vous nommez ce Dance-Park : « Théâtre d’opérations chorégraphiques »

« Théâtre d'opération, c’est un terme militaire. Sans que ce soit militaire il y a quelque chose de militant dans le Dance-Park et je trouvais ça important de ramener le mot théâtre parce que justement ça n’en est pas un. Ce n’est pas un festival de performances, c’est un objet artistique, un geste, une stratégie créative.

 

> Dance-Park d'Olivia Grandville jusqu’au 28 avril au Lieu Unique à Nantes