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Entretiens politique Audio

Salle défaite

Emmanuelle Bibard

L'amphithéâtre de Pont-de-Claix, scène labellisée Rhône-Alpes, perd son indépendance de programmation artistique avec la reprise en main par la ville socialiste. Un pique-nique de désobéissance le 3 avril soutenait l'équipe des 8 salariés dont le travail accompli est rayé d'un trait de plume.

Par Christiane Dampne publié le 6 avr. 2015

La mairie de Pont-de-Claix va reprendre en gestion directe (1) l'Amphithéâtre, axé sur les esthétiques contemporaines. Cette reprise municipale met fin à l'indépendance d’une programmation et au projet exigeant de sa directrice, Emmanuelle Bibard.

Quel avenir ? Ce théâtre devrait être dédié aux pratiques amateurs, musicales et théâtrales, et à des conférences (en préfiguration du planétarium aux Moulins de Villancourt, futur centre d'art et de culture scientifique en 2019). Mort donc d'un théâtre qui accueillait jusqu'alors des compagnies professionnelles. Une salle défaite. L'artistique à la trappe. Rideau.

Cette décision s'avère brutale pour un théâtre en pleine finalisation de la saison prochaine, augmentant la fragilisation des artistes décommandés. Elle s'inscrit dans un contexte national et local qui met à mal le grand mouvement de décentralisation culturelle des années 1980. Elle allonge ainsi la liste des théâtres fermés, des théâtres contraints à une programmation réduite – quantitativement et qualitativement, et des festivals purement abandonnés, faute d'un engagement des édiles de tous bords politiques. Un immense gâchis.

Le pique-nique de désobéissance vendredi 3 avril a résonné de nombreux discours de soutien d'artistes, d'habitants, de responsables de structures de quartiers et de syndicalistes. Pour le clore, la directrice de l'Amphithéâtre Emmanuelle Bibard a invité les participants à s'asseoir devant le théâtre : « j'ai envie de symboliser le fait que si les théâtres ne sont plus financés pour faire de l'art, et bien nous ferons de l'art sur le pavé et nous continuerons quoi qu'il arrive ! »

 

Rencontre avec Emmanuelle Bibard, une femme de conviction.

 

1. Quelles sont les caractéristiques de la ville de Pont-de-Claix et celles de l'Amphithéâtre que vous avez dirigé cinq années ?

 

2. Quel était votre projet artistique ?

 

3. Y a-t-il eu des signes avant-coureurs de l'arrêt de la convention mettant fin à votre projet et à l'indépendance d'une programmation ?

 

4. Les gestionnaires ont-ils exercé sur le maire Christophe Ferrari une influence importante ainsi que la nouvelle adjointe à la culture ?

 

5. Vous n'avez pas été conviée à une réflexion globale pour repenser une nouvelle réorientation culturelle et artistique ?

 

6. L'arrêt brutal de la vocation artistique de l’Amphithéâtre allonge la liste des atteintes répétées contre la culture. Quel regard portez-vous ?

 

 

1. La Ville de Pont de Claix a décidé de ne pas renouveler la convention qui la lie au projet d’Amphipédia (1e septembre 2010 – 31 août 2015), association gérant l’Amphithéâtre (situé en périphérie de l’agglomération grenobloise). L'association est composée de membres de la société civile de tous horizons veillant à une gouvernance éthique, respectueuse de la bonne gestion de l'argent public et facilitant l'expérimentation. La qualité du projet artistique a valu à l’Amphithéâtre d'être soutenu par l'État (DRAC Rhône-Alpes), la région Rhône-Alpes et le département de l'Isère.